Constance Bassouls

Consultante climat senior

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Les ressources crées par Constance Bassouls

La double matérialité est aujourd’hui devenue le point de départ incontournable pour structurer une démarche de durabilité.

Elle permet d’identifier les enjeux ESG réellement stratégiques pour l’entreprise, à la fois en analysant ses impacts (avéré ou potentiels) sur l’environnement et la société, mais aussi les risques et opportunités financiers liés aux transformations climatiques. Elle a été largement popularisée et rendue obligatoire par la directive européenne CSRD, qui en fait un élément central du reporting de durabilité.

Dans cet article, nous explorerons plus en détail ce qu’est la double matérialité et comment l’utiliser de manière efficace pour votre feuille de route et votre reporting extra-financier.

Qu’est-ce que le principe de double matérialité ?

La notion de double matérialité est au cœur du rapport extra-financier car elle définit les sujets ESG sur lesquels l’entreprise doit travailler.

Emprunté au domaine comptable, une information matérielle est une information dont l’omission, l’inexactitude ou son obscurcissement influence la décision des utilisateurs du rapport de durabilité. 

La double-matérialité transforme la manière dont l’entreprise prend en compte les impacts sociaux, environnementaux et sociétaux. On parle de “double” matérialité car les organisations doivent regarder l’impact sous un double prisme : externe (l’environnement et la société) et interne (les performances financières).

 

La double matérialité met en lumière l’interdépendance entre les impacts de l’entreprise et leurs conséquences sur ses performances financières. Cette analyse se fait notamment selon une matrice d'impacts, de risques et d’opportunités.

Comprendre la double matérialité, source : wecount.io

La matérialité financière concerne les risques et les opportunités financières générés par l’environnement et la société sur l’entreprise. Elle concerne directement les performances financières de l’entreprise, c’est-à-dire tout ce qui relève de ses finances et investissements.

☝️Par exemple : une entreprise agroalimentaire peut voir sa production diminuer à cause d’inondations à répétition ou de vagues de chaleur affectant ses cultures ou ses sites industriels. Ces aléas climatiques peuvent entraîner une baisse de revenus, une hausse des coûts d’assurance ou des investissements supplémentaires pour adapter ses infrastructures. À l’inverse, la transition écologique peut aussi représenter une opportunité financière, par exemple via des investissements dans les énergies renouvelables, la rénovation énergétique des bâtiments ou la mise en place d’une politique d’achats durables permettant de réduire les coûts à long terme.

La matérialité d’impact correspond aux impacts positifs et négatifs causés par l’entreprise sur l’environnement et la société, c’est-à-dire tous les impacts sociaux, environnementaux et de gouvernance de l’entreprise. L’entreprise doit évaluer à la fois ses impacts avérés, mais aussi ceux potentiellement générés par son activité.

☝️Par exemple : une entreprise agroalimentaire peut contribuer au changement climatique par ses émissions de gaz à effet de serre ou accentuer les tensions sur la ressource en eau dans des zones en stress hydrique. À l’inverse, elle peut aussi générer des impacts positifs, en créant des emplois locaux ou en contribuant à la restauration de la biodiversité grâce au développement de pratiques agricoles plus durables.

Pourquoi faire une analyse de matérialité ?

Réaliser une analyse de double matérialité permet avant tout d’identifier les enjeux ESG réellement stratégiques pour l’entreprise et ses parties prenantes

Dans un contexte où les demandes d’informations de durabilité se multiplient (clients grands comptes, investisseurs, banques, assureurs…), elle aide à structurer un discours clair et crédible sur les priorités de l’organisation.

En pratique, cette analyse permet de répondre à plusieurs objectifs clés.

Anticiper les attentes des partenaires économiques

De plus en plus d’entreprises sont sollicitées par leurs donneurs d’ordre ou leurs financeurs pour démontrer leur maîtrise des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance. 

Disposer d’une analyse de matérialité permet de prioriser les sujets à documenter et d’apporter des réponses cohérentes aux questionnaires ESG ou aux appels d’offres.

Évaluer la robustesse de la stratégie d’entreprise

Chiffrer les risques et opportunités financiers liés aux enjeux ESG (hausse du coût de l’énergie, tensions sur les ressources, évolution réglementaire, nouvelles attentes clients…) aide à mieux comprendre les vulnérabilités du modèle économique. 

Cette lecture permet aussi d’identifier des leviers de création de valeur, par exemple via l’innovation, l’efficacité énergétique ou la transformation de la chaîne de valeur.

Prioriser sa feuille de route ESG

Tous les enjeux de durabilité n’ont pas le même poids. 

L’analyse de double matérialité permet de hiérarchiser les impacts, les risques et les opportunités afin de concentrer les ressources sur les actions les plus pertinentes. 

Elle constitue ainsi un socle pour construire une stratégie ESG crédible et opérationnelle.

Enfin, cette démarche favorise le dialogue interne et externe : elle implique les parties prenantes clés (direction, équipes métiers, fournisseurs, clients…) et contribue à aligner la vision stratégique avec les réalités terrain.

Comment faire une analyse de double matérialité ?

L’analyse de double-matérialité est la première étape et la plus importante de votre rapport extra-financier.

L’objectif est d’identifier les sujets environnementaux, sociaux et de gouvernance les plus significatifs pour l’entreprise en termes d’impacts, de risques et d’opportunités. C’est cette analyse qui vous permettra de définir et de hiérarchiser les sujets de durabilité pour établir votre feuille de route ESG.

La première étape est d’examiner l’ensemble de sa chaîne de valeur, d’analyser  pour chaque maillon, quelles sont vos dépendances, les sujets émergents, et les impacts environnementaux, sociétaux et sociaux de ces activités.

En cas de besoin, vous pouvez consulter le guide de l’EFRAG sur l’analyse de la double matérialité.

Voici un plan d’action en 3 étapes principales :

Etape 1 : Comprendre sa chaîne de valeur

Lors de cette première étape, vous allez identifier les maillons et acteurs de votre chaîne de valeur. L’objectif est d'appréhender le contexte de votre entreprise avant d’identifier vos potentielles dépendances et répercussions. 

Voici des exemples de questions à vous poser lors de cet exercice

Où se situent vos opérations ? Quelles sont les relations commerciales commerciales dont vous dépendez ? Quels sont vos processus de production ? De quelles ressources dépendez-vous pour fonctionner ? Où sont-elles produites ? Quelles sont les parties prenantes liées à l’activité de votre entreprise ? 

Si vous n’avez pas la réponse à toutes ces questions, vous pouvez vous baser sur sur des chaînes de valeur standard dans votre industrie. Par exemple, vous êtes une entreprise de services numériques, et vous n’avez pas d’informations sur vos fournisseurs de matériels informatiques, au-delà de vos fournisseurs directs. Vous pouvez alors considérer que vos fournisseurs sont situés 

📝A noter : A la fin de cette étape, vous avez identifié votre chaîne de valeur et vos principales parties prenantes. Si vous faites un rapport CSRD, ces informations sont utiles pour la rédaction de la norme ESRS 2 - Informations générales sur l’entreprise. Gardez les à portée de main !

Etape 2 : identifier les enjeux potentiels

L’objectif de cette étape est de définir la liste des enjeux qui seront évalués dans l’analyse. Il s’agit des enjeux qui sont susceptibles d’être matériels vu votre modèle d’affaires. On se base sur le contexte de l’entreprise pour identifier les enjeux de durabilité potentiels associés aux étapes et parties prenantes de votre chaîne de valeur. Pour vous guider normes ESRS proposent une liste de sujets de durabilité. C’est une liste pour tous les secteurs confondus qui peut être adaptée à votre secteur et à votre entreprise.

Deux approches sont possibles et complémentaires pour cette identification : 

L'approche descendante (top-down) :


A partir de l’analyse de son contexte faite à l’étape 1, vous pouvez identifier directement si des sujets de durabilité matériels ou non. Vous pouvez utiliser cette approche lorsque l’évaluation de la matérialité, ou de l’absence de matérialité est évidente.

Exemple : pour une entreprise de service numérique, n’ayant pas recours à des produits polluants pour produire ses services, l’enjeu de pollution (E2) ne sera pas matériel.

A l’inverse, cette ESN reposant fortement sur son capital humain, l’enjeu de main d'œuvre de l’entreprise (S1) sera matériel.

L'approche ascendante (bottom-up) : Pour les enjeux dont l’évaluation est moins évidente, et en cas de doute, l’identification s'effectue de manière granulaire. Cette étape consiste à détailler chacun de ces enjeux en risques / opportunités financières, impacts négatifs ou positifs. Tous sont évalués individuellement à l’étape 3. 

Les impacts sont les répercussions de l’entreprise sur son environnement. Ils peuvent être positifs ou négatifs, avérés ou potentiels. Ils sont la base de la matérialité d’impact.

Les risques et opportunités sont les répercussions financières sur l’entreprise, provenant d’enjeux de durabilité. Ils sont la base de la matérialité financière

📝A noter : lors de cette étape, on identifie l’ensemble des sujets susceptibles d’être importants pour les parties prenantes. Il ne s’agit pas d’une évaluation de la performance de l’entreprise. Par exemple : pour une entreprise du textile, la question des droits humains est à considérer, et ce, quelque soit ce que l’entreprise à mis en place pour éviter des impacts au sein de sa chaîne de valeur. Cela vient du fait que l’industrie est sujet à de nombreux scandales et manquements dans les dernières années. Les utilisateurs du rapport de durabilité voudront donc savoir comment l’entreprise gère ses potentiels impacts et risques.

Etape 3 : Analyser les enjeux de durabilité

L’objectif de cette étape est d’évaluer quels sont les enjeux significatifs pour l'entreprise. Il s’agit des enjeuxsur lesquels elle devra reporter, mais aussi ceux sur lesquels prioriser ses efforts afin de minimiser ses risques et impacts négatifs, et optimiser ses opportunités et impacts positifs. 

On se base ici sur la liste des Impacts, Risques et Opportunités (IROs) faite avec l’approche ascendante de de l’étape 2. Pour chacun, on évalue la probabilité d’occurrence, ainsi que la gravité de l’IRO. Pour les impacts, la gravité rassemble à la fois l’ampleur, l’étendue de l’impact, et la remédiabilité de celui-ci en cas d’impact négatif.

La première étape pour l'entreprise est d’établir une échelle de gravité financière et d’impact qui lui est propre. Chaque IROs pourra ensuite être évalué selon cette échelle.

👉 Veillez à nourrir la cotation de vos analyses et de sources multiples et expertes : publications, études, cartographies, interviews d’experts. Ce travail d’investigation facilite la cotation et prépare déjà les feuilles de route.

Le dialogue avec les parties prenantes affectées, leurs représentants légitimes (tels que les syndicats ou le CSE) et d’autres experts constitue une contribution propice à l'identification des risques, opportunités, impacts réels et potentiels. Ce dialogue contribue également à l’embarquement des parties prenantes dans la démarche.

📝A noter : Si l'entreprise dialogue déjà de manière continue avec eux dans le cadre de sa vigilance raisonnable, les résultats sont directement intégrés, lui évitant ainsi d'avoir à lancer des consultations spécifiques distinctes pour l'évaluation de matérialité.

Etape 4 : Etablir un seuil de matérialité et consolider la liste des enjeux matériels

L’objectif de cette étape est de consolider la liste de vos enjeux matériels. Vous allez rassembler dans cette étape la liste des enjeux matériels issus des étapes 2 et 3 :

Étape 2 : La liste des enjeux matériels, définie à travers l’approche descendant.

Étape 3 : A l'issue de l’étape 3, vous avez une notation associée à chaque impact, et opportunité. La dernière étape consiste à fixer un “seuil de matérialité”. Les IROs avec une note ou au-dessus de ce seuil seront matériels.

Evolution de l’analyse de double matérialité  - Un outil pour la stratégie de durabilité

Ce plan d’action est un exemple, nous sommes curieux de lire vos retours d’expériences et de connaître votre méthodologie !

La double matérialité est une approche clé dans l'analyse des impacts des entreprises. Elle prend en compte à la fois les aspects financiers et les impacts sociaux, environnementaux et sociétaux.

Cette nouvelle approche oblige les organisations à évaluer comment ces impacts affectent leurs performances financières. Cette analyse permet d'identifier les sujets ESG les plus importants, d'établir une feuille de route ESG et surtout d’adapter votre stratégie d’entreprise.

Comment WeCount aide les entreprises dans leur analyse de double matérialité ?

Chez WeCount, nous proposons un accompagnement sur mesure de 4 mois, pour guider les entreprises dans la réalisation de leur analyse de double matérialité, étape fondatrice pour évaluer l'impact de vos activités sur l’environnement et la société et les effets des enjeux de durabilité sur votre performance financière.

Notre approche combine l'accompagnement par un expert, des temps de formation et notre plateforme ESG dédiée, afin de vous permettre de structurer un reporting ESG conforme et de l'utiliser comme un véritable levier stratégique.

Concrètement, notre accompagnement vous permet de :

  • Cadrer votre démarche et mobiliser vos parties prenantes (direction, RH, finance, etc.) autour des exigences réglementaires ;

  • Identifier et évaluer vos Impacts, Risques et Opportunités (IRO) sur l’ensemble de votre chaîne de valeur ;

  • Construire une matrice de double matérialité robuste, représentative et conforme aux attentes de l'EFRAG ;

  • Réaliser une analyse de l'existant (gap analysis), définir votre feuille de route ESG et structurer la collecte de vos données ;

  • Piloter l'intégralité de votre démarche dans la durée grâce à la plateforme WeCount, de la cotation des enjeux jusqu'à la préparation de votre rapport final.

Tout au long de ce projet, nos équipes vous accompagnent pour renforcer vos compétences internes, faciliter le travail de l'auditeur et pérenniser votre démarche.

Parce que chaque entreprise a des obligations et des niveaux de maturité différents, notre méthodologie s'adapte à votre situation :

👉 Vous souhaitez évaluer vos enjeux ESG et structurer votre analyse de double matérialité ? Échangez avec un.e expert.e WeCount pour en savoir plus et définir le format le plus adapté à votre entreprise.

📚 Sources

Article
Double matérialité CSRD : définition et comment réussir son analyse ?

Tout sur la double matérialité pour réussir votre reporting CSRD grâce à notre méthode d'analyse en 3 étapes !

Lucas SAINT JEAN
Temps de lecture
0
17/8/26

La directive CSRD, en vigueur depuis janvier 2024, impose aux entreprises européennes un nouveau cadre de reporting extra-financier, structuré autour de la durabilité (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, ESG).

Initialement présenté début 2025, la réglementation a été simplifée via une directive “Omnibus” au cours de l’année 2025. La directive a été officiellement publiée au Journal officiel de l'Union européenne (JOUE) le 26 février 2026, actant son entrée en vigueur pour le 18 mars 2026. 

Son objectif : simplifier le cadre CSRD en allégeant drastiquement la charge administrative pour les entreprises et en resserrant les seuils d'assujettissement. Même si la directive Omnibus est un véritable chamboule-tout qui fait sortir de nombreuses sociétés du périmètre légal, elle ne change pas la direction à suivre.

Derrière les ajustements techniques, les exigences contractuelles de vos donneurs d'ordre et de vos investisseurs en matière de durabilité ne disparaissent pas avec l'allègement réglementaire

Pour les entreprises qui ne sont plus soumises à la CSRD, l'engagement devient volontaire mais reste hautement stratégique. Il pourra notamment s'appuyer sur la norme volontaire VS (ex VSME - Voluntary Standard for SMEs), un standard de reporting allégé qui deviendra la référence officielle d'ici juillet 2026 pour encadrer les demandes au sein de la chaîne de valeur. 

Le bon moment pour avancer, c’est maintenant. Vous voulez comprendre la CSRD, savoir si vous êtes toujours concerné et, si vous ne l'êtes plus, comment continuer à avancer efficacement grâce à la VSME ? ‍

Découvrez l’essentiel du reporting de durabilité, les impacts définitifs de la loi Omnibus et nos conseils pour agir, que vous soyez soumis aux obligations de la directive ou engagé dans une démarche volontaire.

CSRD et loi Omnibus : où en est-on ?

Après l'adoption de la proposition “Stop-the-Clock” en avril 2025 actant de premiers reports, le cadre réglementaire est désormais définitivement fixé.

Suite au vote du Parlement européen du 16 décembre 2025, le texte final de la directive « Omnibus I » a été adopté par le Conseil européen le 24 février 2026 et publié au Journal officiel de l’Union européenne (JOUE) le 26 février 2026. Cette réforme majeure entre officiellement en vigueur le 18 mars 2026.

Tant que ces changements ne sont pas transposés en droit national, le cadre actuel reste applicable. Les derniers éléments à retenir :

  • Nouveaux calendriers validés : Le mécanisme "Stop the Clock" reporte les obligations de 2 ans. Pour la CSRD, la publication est donc attendue en 2028 (portant sur l'exercice 2027) pour les entreprises de la vague 2 (grandes entreprises non cotées atteignant les nouveaux seuils), et en 2029 (portant sur l'exercice 2028) pour la vague 4 (sociétés non-européennes). Pour la directive CS3D, les entreprises concernées ont jusqu'au 26 juillet 2029 pour mettre en œuvre le dispositif.

  • Simplification des normes ESRS : L'EFRAG a officiellement adopté son avis technique fin novembre 2025, proposant de réduire de 70 % les points de données à reporter. La Commission européenne a adopté le 3 juillet 2026 l’acte délégué concernant les ESRS révisés, après consultation supplémentaire. 

  • Transposition par la France : Le parcours législatif européen étant achevé, les États membres doivent maintenant transposer la directive. La France a d'ici mars 2027 pour transposer la CSRD (et jusqu'au 26 juillet 2028 pour la CS3D). Le législateur français va devoir « détricoter » son dispositif actuel. D’ici la publication de cette nouvelle loi nationale, c’est le cadre actuel qui continue de s’appliquer.

Tableau récapitulatif des principales modifications proposées dans le paquet Omnibus. Pour un état des lieux complet des mesures en débat et leurs impacts, consultez notre article dédié à la CSRD et la loi Omnibus.

SujetCadre avant omnibusModifications proposées (Omnibus)
Seuil d'applicationApplication aux grandes entreprises européennes (+250 salariés, 40M€ CA, 20M€ bilan) et aux entreprises non européennes (+150M€ CA UE) avec une succursale ou filiale importante.Seuils drastiquement relevés et cumulatifs : + de 1 000 salariés ET + de 450 M€ de CA. Le critère du bilan est supprimé. PME cotées définitivement exclues. Entreprises non-européennes : 450 M€ de CA dans l'UE (avec une filiale/succursale générant au moins 200 M€).
Normes ESRSApplication des normes européennes de reporting de durabilité (ESRS) telles que définies par l'EFRAG.Réduction de près de 70 % des données : suppression de 60 % des points obligatoires et 100 % des facultatifs. Suppression définitive des normes sectorielles. Droit d'omission : possibilité de ne pas divulguer certaines informations confidentielles (secrets d'affaires, propriété intellectuelle, etc.)
Double matérialitéObligation d'analyse de double matérialité : impact sur l'environnement et impact financier.Approche simplifiée : passage à une méthode "top-down" basée sur le modèle d'affaires.Exemption : introduction de la notion d'« efforts démesurés » permettant d'éviter des collectes de données trop complexes.
AuditObligation d'audit limité des informations extra-financières dès l'entrée en application de la CSRD.Report du référentiel : la Commission a jusqu'au 1er juillet 2027 pour publier le standard de certification.Présentation fidèle : l'audit visera un objectif de présentation fidèle réduisant le risque de surcharge lié à un simple exercice de conformité.
Implication dans la chaîne de valeurObligation de collecter et de publier des données issues de la chaîne de valeur.Mécanisme du "Value Chain Cap" : interdiction formelle d'exiger des fournisseurs de moins de 1 000 salariés des informations allant au-delà du standard volontaire VSME. Flexibilité : le recours aux estimations pour la chaîne de valeur est autorisé et facilité par la clause d'effort démesuré
Taxonomie vertePublication des informations sur les activités alignées à la taxonomie verte obligatoire pour toutes les entreprises concernées par la CSRD.Allègement des obligations de publication pour certaines entreprises non européennes en lien avec la taxonomie verte.

Directive CSRD, définition et grands principes

Qu'est-ce que la CSRD ?

La CSRD (ou Corporate Sustainability Reporting Directive) est une nouvelle directive européenne entrée en vigueur en janvier 2024. L’objectif est de rendre l’information sur la durabilité plus transparente et plus accessible pour les investisseurs.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre du Green Deal européen, le pacte vert pour l’Europe, qui ambitionne de faire de l’Union européenne le premier continent climatiquement neutre d’ici 2050.

📝A noter : La durabilité concerne les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Elle implique une utilisation responsable des ressources terrestres et la construction d’une société viable et juste.

Cette directive standardise les pratiques en matière de rapport ESG. Elle améliore aussi la fiabilité des informations publiées. La CSRD hisse le reporting de durabilité au même niveau d’importance que le reporting financier pour en faire un des piliers de performance de l’entreprise.

CSRD, qui est concerné et quand ?

Calendrier d’application (après adoption de la directive “Stop the Clock” du 3 avril 2025)

Types d'entreprisesCalendrier avant OmnibusCalendrier adopté
Vague 1 : EIP / Grandes entreprises cotées (>500 salarié·es)Publication en 2025 sur l'exercice 2024Dates maintenues (Publication en 2025 sur 2024)
Vague 2 : Grandes entreprises non cotéesPublication en 2026 sur l'exercice 2025Report de 2 ans : Publication en 2028 sur l'exercice 2027. Application des nouveaux seuils cumulatifs : plus de 1 000 salariés ET plus de 450 M€ de CA
Vague 3 : PME cotéesPublication en 2027 sur l'exercice 2026Définitivement exclues du périmètre de la CSRD
Vague 4 : Entreprises non européennes (>150 M€ CA UE)Publication en 2029 sur l'exercice 2028Publication en 2029 sur l'exercice 2028. Les seuils sont drastiquement relevés : > 450 M€ de CA généré dans l'UE (et disposer d'une filiale/succursale y générant au moins 200 M€)

Et pour les entreprises non assujetties ? Les entreprises en dehors du périmètre obligatoire peuvent s’appuyer sur la norme VSME, un référentiel simplifié de reporting ESG, conçu pour accompagner leur démarche volontaire.

📚 Ressource : WeCount met à disposition une feuille de route opérationnelle pour comprendre les 6 étapes clés d’un premier reporting volontaire et identifier rapidement les priorités d’action. Télécharger la feuille de route VSME.

CSRD : qu'est-ce que ça change ?

Le rapport extra-financier analyse l’impact de l’entreprise et la prise en compte des enjeux de durabilité dans sa stratégie. La CSRD structure les informations à analyser pour mieux mesurer l’impact de l’entreprise et de ses investissements.

Depuis janvier 2025, le rapport doit aussi analyser les conséquences des enjeux de durabilité sur la performance financière de l’entreprise. Il met en relation l’impact et les finances.

Le rapport est directement intégré dans une section du rapport de gestion. Les données doivent être numérisées et publiées en accès libre. Le contenu est structuré selon les normes ESRS (European Sustainability  Reporting Standards). Nous y reviendrons plus bas.

Enfin, les rapports doivent être audités par un organisme tiers agréé ou un commissaire aux comptes au même titre que les rapports financiers. Parmi ces organismes, on compte notamment les avocats ou les experts-comptables.

📝A noter : vous pouvez vous adresser aux organismes tiers indépendants dotés de l’accréditation COFRAC ou à tout commissaire aux comptes ayant suivi une formation de 90h homologué H2A.

Nouveauté : Double matérialité, de quoi parle-t-on ?

La directive CSRD introduit pour la première fois le concept de double matérialité.

La double matérialité correspond à la matérialité financière et la matérialité d’impact. La matérialité financière concerne l’incidence des enjeux ESG sur sa performance financière et son organisation (vision “Outside-In”). La matérialité d’impact se rapporte à la répercussion globale de l’entreprise sur l’environnement et la société  (vision “Inside-Out”).

La double matérialité dans la CSRD

En d'autres termes, la double matérialité s'intéresse à l'interaction entre l'entreprise et son environnement, c'est-à-dire comment l'environnement impacte l'entreprise et comment l'entreprise impacte l'environnement. L’entreprise doit prendre ces deux paramètres en compte lors de son analyse.

CSRD : tout comprendre sur les normes ESRS et la double matérialité

Vous savez maintenant que vous devez rédiger votre rapport. Comment faire pour assurer sa conformité ? Comment bien le rédiger ? Pour établir correctement votre rapport extra-financier, il faudra vous appuyer sur les normes ESRS. Ce sont les informations auxquelles le reporting doit obligatoirement répondre.

ESRS, ce qu’il faut savoir

Les normes ESRS déterminent le contenu et le format de l’information. Elles ont un but d’exhaustivité, de transparence et de comparabilité. ‍

Les normes sont classées en quatre catégories et en 12 thématiques qui recoupent les enjeux de durabilité :

  • ESRS 1 et ESRS 2 : Normes transversales (Cross-Cutting Standards)

    • ESRS 1 : Principes généraux pour la préparation et la présentation des rapports. - Il n’y a rien à reporter dans cette norme
    • ESRS 2 : Divulgations générales sur la gouvernance, la stratégie, l’impact, les risques et les opportunités
  • ESRS thématiques :

    • Environnement (E) :

      • ESRS E1 : Changement climatique.
      • ESRS E2 : Pollution.
      • ESRS E3 : Ressources en eau et marine.
      • ESRS E4 : Biodiversité et écosystèmes.
      • ESRS E5 : Utilisation des ressources et économie circulaire.
  • Social (S) :

    • ESRS S1 : Conditions de travail (internes).
    • ESRS S2 : Travail dans la chaîne de valeur.
    • ESRS S3 : Communautés affectées.
    • ESRS S4 : Consommateurs et utilisateurs finaux.
  • Gouvernance (G) :

    • ESRS G1 : Gouvernance d’entreprise.

Ce que propose la loi Omnibus

L’EFRAG (European Financial Reporting Advisory Group), l’organisme en charge des normes, a rempli son mandat. Son avis technique proposant une refonte majeure du socle initial des ESRS a été officiellement adopté le 28 novembre 2025 et transmis à la Commission européenne le 4 décembre. Le 3 juillet, après consultations supplémentaires, la Commission européenne a adopté l’acte délégué concernant les ESRS révisés. Les mesures de simplification  incluent :

  • Une réduction massive des données : Suppression de 60 % des points de données obligatoires et de 100 % des points facultatifs, soit une diminution globale de près de 70 % des données à reporter, avec une priorisation donnée aux informations quantitatives.

  • La suppression des normes sectorielles : Les normes contraignantes spécifiques à chaque secteur sont définitivement abandonnées.

  • Une analyse de matérialité assouplie : Passage à une approche « top-down » (basée sur le modèle d'affaires) pour sélectionner les enjeux pertinents, lorsqu’une analyse exhaustive n’est pas nécessaire.

  • De nouvelles flexibilités : Introduction de la notion d'« efforts démesurés » pour exempter les entreprises de certaines collectes de données trop complexes, et d'un droit d'omission pour protéger les informations sensibles (secrets d'affaires, propriété intellectuelle).

  • L'objectif de « présentation fidèle » : S'inspirant des standards internationaux, ce principe vise à réduire la surcharge d'informations liée à un simple exercice de conformité.

La Commission européenne a adopté le 3 juillet 2026 l’acte délégué concernant les ESRS révisés, après consultation supplémentaire. Il a été transmis au Parlement européen et au Conseil de l'UE pour examen. Ces mesures s'appliqueront à l'issue de la période d'examen de deux mois, qui peut être prolongée de deux mois supplémentaires. Les entreprises peuvent commencer à publier selon les normes révisées, sans attendre la fin de ce processus. De son côté, l'EFRAG doit maintenant publier sur son centre de connaissance la liste définitive de ces points de données.  L’EFRAG a déjà mis à disposition plusieurs guides (en anglais) ainsi qu'un portail dédié pour mieux comprendre le périmètre d’application et faciliter la mise en œuvre du rapport.

Pour vous faciliter la compréhension des normes ESRS, consultez notre article rédigé par les consultants de WeCount !

📝A noter : pour être conforme, le rapport doit être publié au format xHTML. Il s’agit du format électronique européen. Les balises à insérer seront définies dans une taxonomie digitale à venir.

‍Comment faire son analyse de double matérialité ?

Comme vu précédemment, l’analyse de double matérialité est une étape centrale de la CSRD. Bien que le contexte réglementaire évolue avec l'Omnibus, les fondements et les principes de cette analyse sont conservés. 

Elle impose aux entreprises d’évaluer à la fois l’impact de leurs activités sur l’environnement et la société (matérialité d’impact) et l’impact des facteurs ESG sur la performance financière de votre entreprise, positivement (opportunité) ou négativement (risque). 

On peut identifier 5 grandes étapes pour mener cette analyse :

  • Identification des IRO : repérez les différents impacts, risques, et opportunités qui s’appliquent à vos activités ou à votre chaîne de valeur, qu’ils soient généraux, spécifiques à votre secteur ou à votre entreprise. Pour les identifier, le plus simple est de parcourir la liste des ESRS 1 (indicateurs de reporting CSRD) et de vous questionner sur la dépendance de l’entreprise face à cet indicateur.

  • Interrogation de vos parties prenantes (conseillé) : questionnez vos clients, fournisseurs, collaborateurs pour identifier leurs attentes sur chacun des IRO, leur niveau de maturité et les priorités à intégrer. Même si la directive CSRD ne l’impose pas explicitement, cette démarche est fortement recommandée.

  • Définition d’un score pour chaque IRO : définissez un système de notation des Impacts et des Risques et Opportunités, en fonction de différents critères (intensité de l’IRO, étendue, probabilité…). À partir d’un certain seuil, l’enjeu est considéré comme matériel du point de vue de son impact.

  • Formalisation d’une matrice visuelle (non obligatoire) : synthétisez les résultats en croisant matérialité d’impact et matérialité financière.

  • Mise à jour régulière de l’analyse : en cas de changement d’activité, d’environnement ou d’organisation, l’analyse doit évoluer.
💡 Bon à savoir : l’entreprise peut utiliser une approche “descendante” pour pour certaines thématiques de durabilité. Au regard de son modèle d’affaires, les thématiques de durabilités pour lesquelles la matérialité ou l’absence de matérialité est évidente peuvent être évaluées de cette manière. Cela contribue à alléger l’exercice approfondi.

Pour récupérer plus de conseils et obtenir l’exemple d’une matrice de double matérialité, veuillez consulter notre article dédié “Double matérialité et CSRD”.

Quel plan d’action mettre en place ?

Qui dit nouvelles obligations dit évolution de l’entreprise. Comment adapter son organisation à la réglementation ? Quelles actions mettre en place pour assurer une gestion efficace du reporting ?

Etape 1 : Comprendre les exigences de la CSRD

Prenez le temps d’analyser la directive pour comprendre en détail ce qui est attendu. Cela vous aidera à identifier les informations à chercher, l’articulation du rapport et les exigences de publication. L’Autorité des Marchés Financiers peut être un bon point de départ. Cela vous permettra aussi d’estimer la charge de travail et de la planifier.

Essayer de comprendre les enjeux derrière chacun des sujets définis par les normes ESRS. Par exemple, pour adresser le changement climatique, il est utile de connaître les enjeux climatiques, ses impacts et ses facteurs de risque

Etape 2 : Analyse de la double matérialité

L’analyse vous permet d’identifier les sujets ESG qui constituent les principaux impacts, risques et opportunités climatiques pour l’entreprise.

Nous vous conseillons de commencer par la matérialité d’impact avant la matérialité financière. En effet, les impacts de la chaîne de valeur ont souvent des incidences sur la performance financière. Pour faciliter cette étape, l’EFRAG a publié un guide dédiée à l’analyse de matérialité.

Etape 3 : Analyser les écarts

Une fois les sujets de reporting identifiés, il faut conduire une analyse des écarts (ou “gap analysis”). Le but est d’identifier les données manquantes et celles à disposition. Vous pourrez ensuite prioriser les actions pour collecter les informations nécessaires.

Etape 4 : Identifier les ressources à mobiliser

Pour définir votre plan d’actions, commencez par évaluer les ressources à mobiliser. Ensuite, faites un état des lieux des ressources mobilisables en interne et de celles qu’il vous manque.

Vous pouvez déjà identifier les outils et les rôles dont vous aurez besoin. Vous pouvez également déterminer qui sera contributeur du rapport. Veillez à informer vos collaborateurs et votre direction des actions à venir.

Etape 5 : Etablir sa feuille de route

Pour finir, il vous faudra définir votre feuille de route. Pour vous aider, voici les étapes recommandées : 

  1. Réalisation de l’analyse de double matérialité ;
  2. Analyse des écarts ;
  3. Construction des feuilles de route ESG et de reporting ;
  4. Renforcement des politiques, actions ; 
  5. Cadrage de l’audit externe, OTI.

Nous vous conseillons d’envisager le reporting extra-financier comme un projet avec en grandes étapes la construction de votre outil de reporting, vos indicateurs, votre méthode de calcul et votre équipe. N’oubliez pas que c’est un processus itératif et que la mise en place sera progressive !

Vous voilà fin prêt à lancer votre campagne de reporting CSRD !

Nos conseils bonus

Peut-être qu’à ce stade vous vous demandez comment vous allez accomplir tout ce travail. Ou bien peut-être que vous vous sentez perplexe face à la quantité d’informations à digérer. Nous avons une liste de conseils (non exhaustive) pour vous faciliter le travail.

1. La double matérialité

Pour l’analyse de la double matérialité, garder en tête l’objectif final. L’analyse de double matérialité est itérative et sera à revoir tous les ans alors ne mettez pas la barre trop haut la première année.

Faites d’une pierre de coup en l’utilisant pour établir votre feuille de route de durabilité et de stratégie d’entreprise, l’exercice n’en sera que plus facile les années suivantes.

2. Organisation générale

Commencez dès que possible pour anticiper les risques et les éventuelles difficultés. Cela évitera la surcharge de travail à votre équipe. Plus vous commencez tôt, plus vous pourrez repérer et anticiper les éventuels besoins en formation.

Pensez transversal. La CSRD mobilise l’ensemble de votre entreprise. Assurez-vous que votre équipe projet puisse solliciter toutes les fonctions de l’entreprise, même la direction !

3. Se faire accompagner

Comprendre les exigences de la CSRD, mobiliser les équipes internes, structurer la collecte de données ou encore fiabiliser le reporting dans un calendrier contraint… Ces étapes représentent souvent une charge importante pour les responsables RSE.

Dans ce contexte, un accompagnement méthodologique peut permettre de sécuriser la démarche.

Pour répondre à ces enjeux, WeCount propose un programme ESG de 4 mois dédié à la mise en œuvre du reporting CSRD ou VSME, qui combine formation, accompagnement méthodologique et utilisation d’une plateforme de pilotage ESG.

Concrètement, ce programme permet de :

  • cadrer le projet et mobiliser les parties prenantes internes ;

  • identifier les enjeux prioritaires grâce à une analyse de double matérialité adaptée ;

  • faire un état des lieux des données disponibles, identifier les écarts et collecter les données manquantes ;

  • produire et exporter un reporting ESG conforme aux exigences CSRD ou VSME.

Tout au long de la démarche, les équipes bénéficient d’un accès à la plateforme ESG WeCount qui permet de piloter de manière opérationnelle l’ensemble du projet. 

L’outil facilite notamment la réalisation de la matrice de double matérialité (identification des enjeux, analyse des impacts, risques et opportunités (IRO) et cotation), la consolidation des données ESG grâce à des fonctionnalités d’IA générative, ainsi que l’analyse et la production d’un reporting personnalisable. 

Les restitutions peuvent être exportées aux formats attendus, notamment Word ou XBRL pour le dépôt sur le site de l’EFRAG. La plateforme permet également de structurer et suivre un plan d’actions RSE dans la durée.

L’objectif est de permettre aux équipes internes de gagner en autonomie, tout en construisant un reporting utile pour le pilotage stratégique de l’entreprise.

🎙️ Envie d’un retour d’expérience concret ? Lors de notre webinar « À l’heure des incertitudes autour de la CSRD, comment piloter sa stratégie de décarbonation ? », les responsables RSE d’IKKS et d’Akeneo partagent leurs bonnes pratiques pour avancer dans ce contexte mouvant. Regarder le replay du webinaire.

Et pour les entreprises non assujetties ?

Sortir du périmètre réglementaire ne signifie pas que les enjeux ESG disparaissent. Dans la pratique, de nombreuses organisations continuent d’être sollicitées par leurs clients grands comptes, leurs partenaires financiers ou leurs donneurs d’ordre pour partager des informations sur leurs impacts environnementaux et sociaux.

Structurer une démarche volontaire permet alors d’anticiper ces attentes, de sécuriser son accès à certains marchés et de mieux piloter les risques et opportunités liés à la transition.

Dans ce contexte, la norme VSME constitue un cadre pertinent pour engager une première structuration du reporting ESG. Son module de base repose sur un socle d’indicateurs clés permettant de prioriser progressivement les enjeux et de poser les fondations d’un pilotage durable.

Comme expliqué ci-dessus, le programme ESG proposé par WeCount permet d’accompagner les organisations dans cette démarche, en combinant cadrage méthodologique, accès à une plateforme de pilotage et montée en compétence des équipes internes.

Vous avez des questions sur le reporting CSRD ou sur le standard VSME ? Contactez-nous !

Article
Directive CSRD, définition et plan d'actions

Vous avez sûrement entendu parler de la CSRD, cette directive qui agite le monde de l’entreprise. Qui est concerné ? Quelles sont les conséquences pour votre entreprise ? Voici ce qu'il faut retenir.

Marine Fouquet
Temps de lecture
0
17/8/26

La norme ESRS E1 fait partie de la directive CSRD. Elle standardise le reporting climatique des entreprises européennes en exigeant, entre autres, une stratégie de décarbonation (aussi appelée plan de transition climatique).

Au-delà de l’aspect réglementaire, vous pouvez transformer cette obligation en une opportunité stratégique pour votre entreprise. Dans cet article, nous vous expliquons comment réussir votre reporting ESRS E1 avec un plan d’action à la clé.

Ce que vous devez retenir

L’ESRS E1 s'inscrit dans le cadre de la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive). Voici les 5 points à retenir :

  1. Réaliser un bilan des émissions de gaz à effet de serre (GES) de vos activités ;
  2. Fixer des objectifs de réduction de ces émissions alignés avec les accords de Paris ;
  3. Disposer d'un plan d'action avec une dimension stratégique pour atteindre ces objectifs ;
  4. Suivre l'efficacité de ce plan et des actions menées ;
  5. Évaluer les risques et opportunités liés au changement climatique sur la performance économique de l'entreprise ;

ESRS E1, est-ce obligatoire pour mon entreprise ?

Votre entreprise est soumise à la CSRD ? Alors vous êtes concerné par le reporting climatique.

Pourquoi ? A moins qu’une entreprise prouve qu’elle n’a pas d’impact sur le climat et que le changement climatique n’a pas d’impact sur ses performances financières, toutes les entreprises doivent reporter sur ce sujet.

Ainsi, la charge de la preuve est inversée et le reporting est obligatoire par défaut contrairement aux autres ESRS.

Pour vous y soustraire, vous devez prouver l’absence d’impact grâce à votre analyse de double-matérialité. Vous devez aussi effectuer une analyse prospective des conditions qui vous amèneront à considérer le changement climatique comme significatif pour votre entreprise.

💡 Bon à savoir : dans la pratique, toute entreprise génère des émissions de GES car toutes les activités humaines relâchent des gaz à effet de serre.

Quelles informations doivent figurer dans votre rapport ? Votre reporting porte sur onzeexigences de divulgation. C’est ce que nous allons voir.

Quelles sont les 11 exigences de divulgation (disclosure requirements) ?

La norme ESRS E1 introduit 11 types d’informations à fournir, ce sont les exigences de divulgation (ou disclosure requirements).

Pour répondre à ces exigences, vous devez :

  • Mentionner si elle a un plan de transition aligné avec les Accords de Paris ;
  • Effectuer un état des lieux de ses émissions de GES ;
  • Analyser l’impact de ses activités sur le climat ;
  • Évaluer l’impact du changement climatique sur ses activités ;
  • Spécifier les actions prises en interne pour réduire ou atténuer son impact négatif sur le climat ;
  • Fixer des objectifs de réduction alignés avec les objectifs de l’Accord de Paris ;
  • Définir un plan d’action pour atteindre ces objectifs.

Les disclosure requirements (DR) garantissent la transparence, la cohérence, et la comparabilité des données disponibles. Chaque exigence de divulgation détaille les informations à consigner dans votre rapport.

E1-1 : Plan de transition pour l'atténuation du changement climatique

Le socle de la norme ESRS E1 est le plan de transition climatique. Il s’agit d’une feuille de route stratégique dont le but est la décarbonation de l’entreprise. Ce plan d’action doit être compatible avec un scénario de limitation du réchauffement climatique à 1,5°C selon l’Accord de Paris. Si ça n’est pas le cas, l’entreprise doit le préciser.

Votre plan de transition contient votre plan d’action, mais aussi vos ambitions climatiques avec votre stratégie d’entreprise.

Pour définir ce plan de transition, il faut vous appuyer sur la méthode Science Based Targets Initiative (SBTi), c’est-à-dire adopter une approche de décarbonation sectorielle ou, à défaut, une réduction en valeur absolue.

💡 Bon à savoir : l’approche de décarbonation sectorielle consiste à suivre la trajectoire de décarbonation de votre secteur d'activité tandis qu’une réduction en valeur absolue est une réduction nette des émissions de GES de votre entreprise.

Votre plan de transition climatique comprend nécessairement les éléments suivants :

  • Le degré d'avancement de votre plan d'action ;
  • Les coûts associés à ce plan ;
  • L’intégration du plan de décarbonation à votre stratégie d'entreprise ;
  • La dépendance aux énergies fossiles et émissions potentiellement "verrouillées"

💡 Bon à savoir : les émissions verrouillées sont les estimations des émissions futures de gaz à effet de serre susceptibles d’être causées par les principaux actifs, ou produits de l’entreprise vendus au cours de leur durée de vie opérationnelle.

E1-2 Identification des risques liés au climat, et analyse de scénario

Cette norme est une nouveauté de la dernière version des ESRS. L’objectif est de tester et décrire les répercussions potentielles des changements climatiques sur les activités de l'entreprise, en suivant plusieurs scénarios de réchauffement. Ces risques doivent être répartis entre risques physiques et risques de transition.

💡 Bon à savoir : Les risques physiques sont les répercussions concrètes générées par le climat sur l’entreprise, qu'elles soient soudaines et extrêmes (inondations, tempêtes, feux de forêt) ou progressive à long terme (sécheresse, raréfaction de l'eau, hausse du niveau de la mer). Les risques de transition liés au climat sont les potentielles répercussions financières liées au passage vers une économie bas carbone. Il s'agit des coûts ou contraintes liés aux nouvelles lois, aux taxes, aux changements de technologies ou aux préférences des clients qui délaissent les activités de l’entreprises

E1-3 Résilience face au changement climatique

Cette norme est également un ajout par rapport à la première version des ESRS. Une fois les risques cartographiés, l’entreprise doit prouver qu'elle peut y faire face. Cette norme évalue sa résilience climatique.

L'entreprise doit expliquer si sa stratégie actuelle est assez solide pour surmonter les chocs et comment elle prévoit d'adapter son modèle économique à court, moyen et long terme. Elle doit par exemple détailler si elle dispose des ressources financières nécessaires pour pivoter, si elle peut facilement transformer ou moderniser ses équipements, et si ses investissements actuels l’aident à se protéger.

E1-4 : Politiques en matière de changement climatique

L’E1-4 comprend les politiques d’atténuation (réduction des émissions) et d’adaptation (risques et opportunités climatiques) au changement climatique.

L’objectif est de décrire les mesures climatiques mises en place pour atténuer les impacts du changement climatique et rendre votre entreprise résiliente.

E1-5 : Actions en matière de changement climatique

Ici, les entreprises décrivent les actions opérationnelles mises en œuvre dans le cadre de leur plan de transition et de leur politique climatique.

Pour cela, vous devez détailler toutes les actions mises en place avec :

  • Les ressources allouées en matière de CapEx et d’OpEx ;
  • Les résultats obtenus ou attendus.

💡 Bon à savoir : Le plan de transition climat mentionné dans l’E1-1 et l’E1-4 concerne la stratégie d’entreprise tandis que le plan d’action climat de l’E1-5 relève de l’opérationnel.

L’E1-5 illustre concrètement votre plan de transition climatique et démontre que votre stratégie est transformée en actions mesurables.

E1-6 : Objectif d’atténuation et d’adaptation au changement climatique

Vous devez définir des objectifs de réduction de vos émissions de gaz à effet de serre précis et quantifiables. Nous l’avons dit dans l'ESRS E1-1, vos cibles doivent être exprimées en valeur absolue et - au besoin - complétée par des objectifs en intensité (par unité de production ou de revenu par exemple).

Cette exigence justifie votre stratégie, vos actions et démontre la compatibilité avec les objectifs de l’Accord de Paris.

E1-7 : Consommation d’énergie et mix énergétique

Ici, il faut communiquer les informations relatives à votre consommation d'énergie totale ainsi qu’à votre mix énergétique.

💡 Bon à savoir : Le mix énergétique désigne l'ensemble des sources d'énergies primaires (gaz naturel, nucléaire, pétrole, hydraulique, solaire, etc.).

E1-8 : Émissions brutes de GES sur les scopes 1, 2 et 3 et total des émissions

Cette exigence de divulgation détaille l’ensemble des émissions brutes de gaz à effet de serre.

Pour y répondre, vous devez réaliser votre bilan carbone afin de calculer vos émissions de GES en tonnes de CO2 équivalent (tCO2e) par site et par activité.

Vous devez impérativement prendre en compte les trois scopes :

  • Scope 1 : Émissions directes provenant des sources détenues ou contrôlées par votre entreprise.
  • Scope 2 : Émissions indirectes résultant de la consommation d'énergie achetée.
  • Scope 3 : Autres émissions indirectes survenant tout au long de la chaîne de valeur, y compris celles des fournisseurs et des produits en fin de vie.

💡 Bon à savoir : dans le cadre de la CSRD, la méthode de calcul des émissions de GES est le GHG Protocol.

L’objectif est de fournir un état des lieux de vos principaux postes d’émissions et leurs sources.

(E1-9) Projets d’absorption de GES et d'atténuation des GES grâce aux crédits carbones

Si votre entreprise est concernée, il s’agit d’expliquer les initiatives mises en place pour absorber ou atténuer les gaz à effet de serre (GES). Vous devez différencier les projets au sein de votre chaîne de valeur et en dehors de celle-ci.

La norme ESRS E1 distingue les objectifs de réduction d’émissions et la déclaration de neutralité carbone.

💡 Bon à savoir : La neutralité carbone est le résultat d’un travail collectif dont l’objectif final est le zéro émission nette mondiale. Pour cela, les entreprises doivent agir sur trois leviers : la réduction des émissions de GES (E1-6), l’augmentation des puits de carbone pour compenser les émissions résiduelles (E1-9) et la décarbonation de la société grâce aux émissions évitées (non couvert par les ESRS).

Il faut impérativement prouver que votre entreprise n’utilise pas les crédits carbone comme moyen de réduire fictivement ses émissions de GES.

Absorption des gaz à effet de serre

L'absorption de GES se réfère aux processus naturels ou artificiels qui retirent les gaz à effet de serre de l'atmosphère.

Cela peut inclure des projets de reforestation, l'agroforesterie ou l’intégration de nouvelles technologies au sein de l’environnement pour la capture artificielle du carbone.

C’est le cas de ClimeWork dont l’usine en Islande aspire l'air, filtre le CO2 puis le dissout dans de l'eau et l'injecte sous terre pour le transformer en roche.

Projets d'Atténuation des GES

Ce sont les projets de diminution des gaz à effet de serre en dehors de la chaîne de valeur de l’entreprise et financés par l’achat de crédit carbone. Ils comprennent des projets variés : l'efficacité énergétique, le développement des énergies renouvelables.

Pour ces projets d’atténuation, vous devez communiquer sur la quantité totale de crédits carbone en dehors de la chaîne de valeur de l'entreprise.

E1-10 : Tarification interne du carbone

La tarification interne du carbone consiste à attribuer un prix aux émissions de CO2 de l'entreprise. Cela peut être une tarification fictive utilisée pour évaluer les projets internes ou une taxe carbone appliquée aux différentes unités de l'entreprise.

Si votre entreprise est concernée, il faut expliquer comment cette tarification est utilisée dans votre plan de transition.

E1-11 : Impact financier des risques physiques et opportunités potentielles climatiques

Pour finir, la dernière exigence concerne à la fois les risques physiques matériels dus aux impacts climatiques et les risques de transition associés aux évolutions de réglementation ou de marché.

Les risques physiques incluent les tempêtes, inondations, vagues de chaleur et la montée du niveau de la mer, tandis que les risques de transition concernent les risques financiers et opérationnels tels que les évolutions réglementaires, de marché ou technologiques.

Votre entreprise doit effectuer une analyse financière à court, moyen et long-terme de ces risques et opportunités.

Comment réussir son reporting ESRS-E1 ?

Vous êtes concerné par la norme changement climatique ? Pour garantir le bon déroulé de votre rapport, nous vous proposons un plan d’action en 4 étapes.

Etape 1 : Analyse de la double matérialité et gap analysis

La première étape consiste à réaliser une analyse de la double matérialité. Il s’agit d’évaluer les impacts de votre entreprise sur l’environnement (matérialité d’impact) mais aussi l’ impact du changement climatique sur vos activités (matérialité financière).

Grâce à cette analyse, vous identifierez les sujets matériels, c’est-à-dire les sujets de votre rapport.

Ensuite, complétez votre première analyse avec un gap analysis (ou analyse des écarts) pour comparer les données disponibles avec les exigences de l’ESRS E1. À partir de votre analyse, prenez le temps d'identifier les informations requises et les données à collecter. Cela peut inclure des données fournisseurs, des éléments comptables, un nombre de kilomètres parcourus, etc.

Vous pourrez ainsi repérer les écarts et planifier le processus à mettre en place.

Etape 2 : Mettre en place un processus de collecte des données

La deuxième étape est la mise en place votre processus de collecte des données pour faciliter votre reporting.

Pour cela, identifiez les outils et les rôles dont vous aurez besoin. Vous pouvez également déterminer qui sera contributeur du rapport.

Vous pouvez par exemple, vous dotez d’une plateforme de comptabilité carbone pour gérer les flux de données relatives aux émissions de GES.

Etape 3 : Faire son bilan carbone et définir sa trajectoire de décarbonation

Réalisez votre bilan carbone pour calculer vos émissions de gaz à effet de serre. Il vous servira d’année de référence pour déterminer votre stratégie de décarbonation et votre plan d’action.

Si vous avez déjà réalisé un bilan carbone, l’année de référence doit être l’une des trois dernières années à partir de laquelle votre entreprise a mis en place des actions de décarbonation.

💡 Le conseil WeCount : Nous vous conseillons de mettre à jour votre plan d’action tous les ans pour atteindre votre objectif final.

Etape 4 : Établir son plan d'action et les estimations financières

La quatrième étape est la définition d’un plan d'action détaillé pour atteindre vos objectifs de décarbonation. Ce plan sera votre feuille de route. Il doit inclure vos actions, vos KPIs, les résultats attendus et votre calendrier de mise en œuvre.

Quantifiez aussi les impacts financiers de chaque action pour évaluer leur rentabilité et prioriser les projets. Cela vous permettra de justifier vos décisions lors du reporting.

Etape 5 : Mesurer les performances de son plan de transition

Pour finir, suivre les évolutions de vos indicateurs de performance est primordial. Cela vous permettra d’ajuster votre plan d’action. Vous pourrez également vous appuyer sur ces données lors de la rédaction de votre rapport.

La mise en place du rapport ESRS E1 peut paraître complexe. Mais c’est en fait la norme avec les données les plus accessibles. Aujourd’hui, les méthodes de calcul des émissions de GES sont éprouvées ce qui facilite l’évaluation de votre impact carbone.

Vous pouvez aussi vous faire accompagner la première année. Cela vous aidera à comprendre les exigences réglementaires, à mettre en place une stratégie de décarbonation efficace et à améliorer vos performances ESG.

Et pour finir : l’ESRS E1 et la réglementation européenne

La norme ESRS E1 se trouve au carrefour des principales régulations européennes en matière de durabilité, à savoir la SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation) et la Taxonomie de l'UE (Taxonomie “verte”).

La SFDR oblige les acteurs du marché financier à communiquer sur la manière dont les risques de durabilité sont intégrés aux processus d'investissement. Les données de votre reporting extra-financier servent aussi la SFDR. Cela garantit la cohérence et la comparabilité des informations fournies par les entreprises et par les acteurs financiers.

La Taxonomie verte, quant à elle, fournit des critères scientifiques pour identifier les activités économiques considérées comme durables. Le reporting ESRS E1 s’aligne à cette classification.

L’objectif de ces réglementations est d’orienter les entreprises vers l'adaptation au changement climatique et la réduction des émissions de gaz à effet serre en intégrant les enjeux climatiques à la stratégie d’entreprise.

Vous voulez être accompagné dans votre rapport CSRD ?

Chez WeCount, nous sommes des expert-es du bilan carbone et du reporting ESG. Depuis 2020, nous avons accompagné plus de 750 entreprises de secteurs variés (agroalimentaire, cosmétique, numérique, textile, sociétés de conseils, etc.).

Pour plus d’informations, contactez-nous !

Sources :

Déployer les ESRS : Un outil de pilotage au service de la transition

Platform Response to the Call for feedback on draft ESRS delegated act

A Compendium of Market Practices (Commission Européenne)

RÈGLEMENT DÉLÉGUÉ (UE) 2023/2772 DE LA COMMISSION du 31 juillet 2023

Article
ESRS E1 (CSRD) : tout comprendre en 8 min

Découvrez comment réussir votre reporting ESRS E1 en suivant un plan d'action structuré.

Marine Fouquet
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17/8/26
Charlotte SZYLIT
Marine Fouquet
Lucas SAINT JEAN

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