La Science Based Targets initiative (SBTi) guide les entreprises dans la définition d’une trajectoire de décarbonation alignée avec l'Accord de Paris.
À qui s’adresse-t-elle ? Pourquoi et comment fixer sa trajectoire ? On vous explique.
Aujourd'hui, la SBTi s'impose comme la référence internationale pour aligner sa stratégie climat sur la science. L'initiative vient d'ailleurs de franchir un cap historique : plus de 10 000 entreprises dans le monde ont déjà fait valider leurs objectifs. En France, la dynamique est forte avec 431 entreprises validées, dont 85 % du CAC 40. Et contrairement aux idées reçues, la démarche n'est pas réservée aux grands groupes : 130 PME françaises ont également franchi le pas.
Vous envisagez d'engager votre entreprise dans une stratégie de décarbonation ? Cet article vous explique pourquoi il est stratégique de s’appuyer sur les recommandations de la SBTi, comment construire une trajectoire crédible
A retenir
La SBTi (Science Based Targets initiative) accompagne les entreprises dans la définition d’objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) alignés sur les données scientifiques ;
Elle est complémentaire à l’empreinte carbone : là où le bilan carbone mesure les émissions de GES, la SBTi aide à fixer des objectifs de réduction alignés sur une trajectoire de décarbonation ;
Il est possible de s’appuyer sur les recommandations de la SBTi pour définir une trajectoire volontaire, même sans engagement officiel ;
Une refonte majeure est en cours (Corporate Net Zero Standard V2) : la publication est attendue courant 2026. Les entreprises engagées dans la démarche devront suivre de près ces évolutions ;
Le processus de validation SBTi se décompose en 5 étapes : engagement, définition des objectifs, validation, communication et pilotage de la trajectoire.
SBTi, définition et rôle pour les entreprises
Pour comprendre ce qu’est la Science Based Targets initiative (SBTi), il faut d’abord revenir au cadre global fixé par l’Accord de Paris.
Signé en 2015 par près de 200 États, cet accord international vise à limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, et si possible à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle.
Atteindre cet objectif suppose de réduire rapidement les émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Mais une question se pose alors pour les entreprises : comment transformer cet objectif global en trajectoire concrète, applicable à leur activité ?
C’est précisément le rôle de la SBTi.
Une initiative pour convertir la science climatique en trajectoires opérationnelles
Créée en 2015 par le CDP (Carbon Disclosure Project), le Pacte mondial des Nations Unies, le World Resources Institute et le WWF, la Science Based Targets initiative a pour mission d’aider les entreprises à définir des objectifs de réduction compatibles avec les scénarios climatiques scientifiques.
Concrètement, la SBTi traduit les conclusions du GIEC en cadres méthodologiques directement utilisables par les organisations. Elle permet ainsi de transformer un objectif mondial, rester sous +1,5 °C, en cibles chiffrées et mesurables adaptées à chaque secteur et à chaque entreprise.
Cette approche repose sur la notion de budget carbone mondial, c’est-à-dire la quantité maximale d’émissions encore possible pour limiter le réchauffement climatique.
La SBTi propose ensuite des méthodes pour répartir cet effort entre les acteurs économiques et entreprises.
Des outils pour agir concrètement
Pour accompagner cette démarche, la SBTi met à disposition des guides et référentiels pratiques basés sur le Greenhouse Gas Protocol (GHG Protocol).
Ces ressources permettent aux entreprises de définir des objectifs robustes et mesurables, puis de bâtir une trajectoire de réduction crédible.
📝A noter : Lorsqu’un objectif est qualifié de “science-based”, cela signifie qu’il repose sur des données scientifiques reconnues et qu’il contribue réellement à l’effort collectif de réduction des émissions.
Pour qui ?
La démarche SBT s’adresse à toutes les entreprises désireuses de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, tous secteurs d’activité et toutes tailles confondus. En effet, elle encourage toutes les organisations à démontrer leur leadership en définissant des objectifs de réduction ambitieux.
L’initiative est pensée pour accompagner les acteurs privés dans la définition d’objectifs de réduction alignés avec la science.
Les organisations publiques, les collectivités locales, les établissements éducatifs ou encore les associations ne sont pas directement éligibles à la validation des objectifs par la SBTi, mais peuvent s’en inspirer pour structurer leur propre démarche climat.
Les objectifs du SBTi
L’Accord de Paris fixe un cap mondial : limiter le réchauffement climatique bien en dessous de +2 °C, et poursuivre les efforts pour le contenir à +1,5 °C.
Ce cap s’appuie sur les travaux scientifiques du GIEC, qui montrent que le niveau de réchauffement dépend directement du volume d’émissions de gaz à effet de serre encore rejeté dans l’atmosphère.
Pour transformer cet objectif global en trajectoires concrètes pour les entreprises, la SBTi s’appuie sur ces références scientifiques et propose des cadres méthodologiques adaptés au monde économique.
Deux niveaux d’ambition peuvent ainsi être retenus :
une trajectoire alignée avec +1,5 °C, aujourd’hui considérée comme la plus ambitieuse ;
une trajectoire dite WB2°C (“well below 2 °C”), un peu moins exigeante mais toujours cohérente avec l’Accord de Paris.
Une fois la trajectoire choisie, la SBTi définit différents types d’objectifs qui permettent aux entreprises de planifier leur action dans le temps.
Trois grandes catégories structurent ce cadre :
Des objectifs de réduction à court terme, couvrant une période de 5 à 10 ans. Ils permettent d’amorcer rapidement une trajectoire climat, avec des cibles chiffrées sur les scopes 1, 2 et, si nécessaire, 3. Le scope 3 devient obligatoire dès lors qu’il représente plus de 40 % des émissions totales. Ces objectifs peuvent également porter sur certains leviers spécifiques, comme l’augmentation de la part d’électricité renouvelable (scope 2) ou l’engagement des fournisseurs dans une démarche bas carbone (scope 3). Ces dimensions viennent compléter les cibles globales et traduisent concrètement la trajectoire climat de l’entreprise.
Un objectif de réduction à long terme, qui s’inscrit dans une vision de neutralité carbone à horizon 2050 (au plus tard). Il implique une réduction quasi complète des émissions sur l’ensemble des scopes. Pour être conforme au standard SBTi, cet objectif doit couvrir au moins 95 % des émissions des scopes 1 et 2, et 90 % de celles du scope 3.
Un objectif Net Zero, qui combine des objectifs de réduction à court et long terme avec une étape finale de neutralisation des émissions résiduelles. Celles-ci doivent être éliminées par des projets de séquestration permanente du carbone, comme la reforestation.
Au-delà de ces objectifs obligatoires, la SBTi encourage aussi les entreprises à aller plus loin. Elles peuvent soutenir des actions complémentaires, appelées BVCM (Beyond Value Chain Mitigation), qui renforcent leur contribution à l’effort mondial de réduction des émissions.
Évitement : financer un projet qui empêche des émissions ailleurs, comme la protection d’une forêt menacée de déforestation.
Séquestration : financer un projet qui retire du CO₂ au-delà de ses propres émissions, comme la restauration d’une mangrove qui stocke durablement du carbone.
Une fois le ou les types d’objectifs choisis, l’entreprise doit définir son niveau d’ambition.
Des objectifs différenciés selon le périmètre d’émissions (scopes 1 2 3)
Avec la SBTi, les entreprises ne peuvent pas se contenter de demi-mesures.
À court terme, l’horizon est fixé entre cinq et dix ans.
Pour les scopes 1 et 2, la règle est de suivre une trajectoire compatible avec +1,5 °C. Cela signifie réduire en moyenne de 4,2 % par an, soit 42 % sur la décennie 2020-2030.
Le scope 3 devient incontournable dès lors qu’il représente une part importante du bilan carbone. Lorsqu’il pèse au moins 40 % des émissions totales, l’entreprise doit fixer une cible couvrant au moins 67 % de ce périmètre et être compatible avec une trajectoire “bien en dessous de 2 °C”. Dans le cas d’une approche de réduction absolue, cela correspond à une baisse minimale de 2,5 % par an. La SBTi encourage toutefois les entreprises à viser une trajectoire +1,5 °C lorsque cela est possible.
À long terme, l’ambition se veut encore plus claire.
La SBTi attend des entreprises qu’elles réduisent quasiment toutes leurs émissions d’ici 2050. Les attentes sont d’au moins 90 à 95 % pour les scopes 1 et 2, et de 90 % pour le scope 3. Une trajectoire ambitieuse qui force à concentrer les efforts sur les véritables postes d’émissions et à éviter les engagements trop timides.
Cibles de réduction SBTi et application
Une dynamique progressive mais exigeante
Définir un tel niveau d’ambition suppose de choisir une base de calcul représentative. Une année atypique, comme 2020 marquée par l’arrêt de nombreuses activités, ne peut servir de référence crédible.
Plus l’année retenue est récente, plus la pente de réduction devient raide. C’est précisément ce qu’exige la SBTi : pousser les organisations à agir vite, à s’appuyer sur des données fiables et à bâtir une stratégie climat à la fois réaliste et alignée avec la science.
Ce parcours exigeant permet de structurer une stratégie climat solide, crédible et alignée avec la science.
Quel rapport entre bilan carbone et SBTi ?
Avant de réduire ses émissions, il faut d’abord savoir d’où elles viennent. Le bilan carbone permet justement d’identifier les principaux postes d’émissions et d’obtenir une vision claire de l’empreinte de l’entreprise.
C’est sur cette base que la trajectoire climat peut ensuite être construite. La SBTi intervient ici comme un référentiel méthodologique : elle aide à fixer des objectifs de réduction cohérents avec les données scientifiques et avec l’Accord de Paris.
Ce qui signifie que même sans engagement officiel auprès de la SBTi, une entreprise peut s’appuyer sur ses critères pour définir sa trajectoire de décarbonation.
La validation par l’initiative n’est donc pas un passage obligé pour utiliser ce cadre : il est possible de s’en inspirer à titre volontaire pour construire des objectifs robustes et crédibles.
C’est également le cas des entreprises qui réalisent un bilan GES réflementaire (BEGES). Au-delà de l’exercice réglementaire, elles peuvent mobiliser les repères proposés par la SBTi pour donner un cap plus structurant à leur plan de transition et inscrire leur démarche dans une trajectoire alignée avec les enjeux climatiques.
En revanche, lorsqu’une entreprise souhaite faire valider officiellement ses cibles par la SBTi, son inventaire d’émissions doit être calculé selon le GHG Protocol, qui constitue la référence internationale en matière de comptabilité carbone.
Pourquoi suivre les recommandations SBTi ?
Plusieurs raisons peuvent conduire les entreprises à s’engager avec l’initiative Science Based Target. Chez WeCount nous en comptons 6 :
S'aligner aux standards scientifiques : en rejoignant la SBTi, une entreprise montre son engagement à suivre des objectifs établis selon les recommandations des scientifiques pour le climat. Les cibles fixées sont évaluées par des experts, ce qui renforce leur fiabilité et leur acceptation au niveau global.
Renforcer sa compétitivité : en suivant une trajectoire à 1.5 °C et en engageant leur chaîne de valeur, les entreprises s’adaptent dès à présent aux conséquences du changement climatique tel que la raréfaction des énergies fossiles.
Accéder à des financements verts : les investisseurs et acteurs financiers intègrent de plus en plus les critères climatiques dans leur évaluation. Un engagement SBTi clair et validé facilite l’accès à des financements durables, en valorisant la trajectoire bas-carbone de l’entreprise.
Affirmer sa responsabilité sociale et environnementale : les entreprises engagées avec la SBTi contribuent à des initiatives globales qui peuvent influencer les politiques et les pratiques industrielles vers plus de durabilité.
Transparence et communication : La communication transparente sur les progrès réalisés dans les objectifs SBTi renforce la confiance des parties prenantes et valorise l'engagement de l'entreprise.
Améliorer son image et sa crédibilité : L'engagement SBTi positionne l'entreprise comme un leader en matière de transition bas-carbone, ce qui peut influencer positivement sa réputation et son image de marque.
En utilisant des normes communes à ses fournisseurs et ses clients, on peut harmoniser plus facilement ses trajectoires de réduction et coordonner les plans d’action pour décarboner tout l’écosystème de l’entreprise.
Zoom sur l’utilisation des crédits carbone
La SBTi (Science Based Targets initiative) a traversé une zone de turbulences en 2024, suite à sa volonté d’autoriser l’utilisation de crédits carbone pour atteindre les objectifs de réduction d’émissions, notamment sur le Scope 3.
Cette annonce, jugée contraire aux recommandations scientifiques, a suscité de vives critiques dans le monde climat. Accusée d’ouvrir la porte à une stratégie de compensation trop permissive, la SBTi a vu son PDG démissionner en 2024 et l’un de ses principaux financeurs, le Bezos Earth Fund, se retirer.
Depuis, l’initiative a engagé une révision de son standard Net Zero afin de clarifier les règles et renforcer la crédibilité du cadre méthodologique. Une nouvelle version du Corporate Net-Zero Standard est attendue en 2026.
Les orientations proposées confirment plusieurs principes structurants :
La priorité reste la réduction réelle des émissions : Les crédits carbone ne peuvent pas être utilisés pour atteindre les objectifs de réduction fixés par la SBTi. Les entreprises doivent d’abord transformer leurs activités et réduire leurs émissions sur l’ensemble de leur chaîne de valeur.
La neutralisation finale repose sur des solutions de séquestration durable : À long terme, seules des actions permettant le retrait permanent du CO₂ de l’atmosphère, comme la reforestation ou le captage avec stockage géologique, devraient être reconnues pour neutraliser les émissions résiduelles.
Des contributions climatiques sont encouragées pendant la phase de transition : La future norme introduit un cadre plus structuré pour reconnaître les entreprises qui financent des actions climatiques en parallèle de leurs efforts de réduction. Ces contributions, qui peuvent inclure le recours à des crédits carbone de haute qualité, visent à soutenir l’effort global de décarbonation sans se substituer aux objectifs SBT.
Chez WeCount, nous partageons cette lecture plus rigoureuse. La compensation ne doit pas être le premier levier d’action.
D’abord, parce que l’échelle du problème est immense : les émissions mondiales de CO₂ ont atteint 40,9 gigatonnes en 2023 (source : Global Carbon Project). Selon le GIEC, même avec un recours massif aux techniques de séquestration du CO₂ (reforestation, bioénergie avec capture, capture directe de l’air, etc.), leur potentiel ne dépasserait pas 15 gigatonnes, soit bien en dessous du volume d’émissions qu’il reste à réduire pour atteindre la neutralité carbone.
Comment fixer sa trajectoire SBT ? 5 étapes à suivre
Voici le moment le plus concret pour vous en tant qu’entreprise ou organisation.
Déterminer votre trajectoire SBT (Science Based Targets) se fait en cinq étapes : s’engager, déterminer ses cibles, valider ses objectifs, communiquer son engagement et recalculer ses cibles.
Cette lettre atteste de sa volonté de fixer des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre alignés sur la science.
Elle ne contient pas encore les objectifs en eux-mêmes. C’est un signal d’intention. Une manière de marquer publiquement son ambition et d’entrer dans le processus de validation scientifique.
Étape 2 : définir ses cibles
Une fois engagée, l’entreprise dispose de 24 mois pour soumettre ses objectifs à la SBTi.
Chaque cible doit s’accompagner d’une année d’atteinte clairement définie. Pour un objectif à court terme, cette année cible doit se situer entre 5 et 10 ans après la date de soumission. Pour un objectif à long terme, la limite maximale est fixée à 2050.
L’entreprise doit donc projeter sa trajectoire de réduction en précisant à quel horizon elle compte atteindre ses engagements.
Choisir son année de référence
Pour chaque cible définie, l’entreprise doit sélectionner une année de référence. C’est à partir de cette base que les réductions d’émissions seront mesurées dans le temps.
📝A noter : La SBTi recommande de choisir une année récente, représentative de l’activité normale de l’entreprise. Elle doit refléter le périmètre organisationnel actuel et éviter les années “atypiques”, comme celles marquées par la pandémie de COVID-19.
L’année de référence ne doit pas être antérieure à 2015. L’écart entre cette année et l’année cible ne peut pas dépasser 10 ans pour un objectif à court terme.
Lorsqu’on fixe des objectifs sur les scopes 1, 2 et 3, il est fortement conseillé de retenir la même année de référence pour l’ensemble. Cela permet de garantir la cohérence des calculs et des comparaisons dans le temps.
Si les émissions évoluent fortement par rapport à l’année de référence (écart supérieur à 5 %), l’entreprise doit mettre à jour son calcul et ajuster ses objectifs en conséquence.
Certaines situations justifient également un recalcul de l’année de référence, par exemple en cas de changement important du périmètre de l’entreprise (acquisition, cession d’activité, fusion) ou de modification méthodologique majeure.
L’objectif est de garantir que les cibles fixées restent cohérentes avec la réalité des activités et représentatives de l’impact réel de l’organisation.
Sélectionner la méthode de réduction pour chacune de ces cibles
Une fois les cibles et l’année de référence définies, il faut choisir la méthode de calcul de la réduction d’émissions.
Chaque type d’objectif (court terme, long terme, Net Zero) a ses propres règles. Ces méthodes dépendent aussi des scopes concernés.
Objectifs à court terme – scopes 1 et 2
Les objectifs doivent couvrir au moins 95 % des émissions combinées des scopes 1 et 2.
Deux approches sont possibles.
La première, la plus robuste, consiste à adopter une réduction absolue alignée 1,5 °C. Dans l’approche de réduction absolue intersectorielle, cela signifie atteindre une baisse d’au moins 42 % des émissions d’ici 2030, par rapport à l’année de référence.
Lorsque cette année est fixée à 2020 ou avant, cet objectif correspond à une réduction linéaire d’environ 4,2 % par an.
En revanche, si une année de référence plus récente est retenue, l’effort doit être plus rapide afin d’atteindre malgré tout le jalon de 2030. La trajectoire devient alors plus abrupte, ce qui oblige l’entreprise à accélérer la mise en œuvre de ses actions de décarbonation.
☝️Par exemple : Une entreprise émet 10 000 tonnes de CO₂ en 2023 et souhaite valider un objectif pour 2030. Comme son année de référence est postérieure à 2020, elle doit compenser les trois années écoulées. Elle ne peut donc pas se contenter d’une baisse de 42 %. Pour rester conforme, elle doit réduire environ 55 % de ses émissions en seulement sept ans, ce qui revient à passer de 10 000 à 4 500 tonnes d’ici 2030.
Les objectifs doivent couvrir au moins 95 % des émissions combinées des scopes 1 et 2.
Deux approches sont possibles.
La première, la plus robuste, consiste à adopter une réduction absolue alignée 1,5 °C ;
La seconde, utilisée uniquement si un guide sectoriel existe, repose sur une convergence d’intensité sectorielle.
Trajectoires et les normes sectoriels actuellement disponibles ainsi que leurs échéances pour chaque secteur
Enfin, la SBTi permet d’ajouter un engagement spécifique sur les énergies renouvelables. Une entreprise peut ainsi s’engager à atteindre 80 % d’électricité renouvelable en 2025 et 100 % en 2030, ce qui vient renforcer la crédibilité de sa trajectoire.
Objectifs à court terme – scope 3
Le scope 3 regroupe toutes les émissions indirectes, liées par exemple aux achats, au transport, à l’usage des produits ou encore à leur fin de vie. Dans la majorité des cas, il représente plus de 80 % de l’empreinte carbone d’une entreprise.
La SBTi fixe une règle simple. Si le scope 3 pèse moins de 40 % du total, fixer une cible n’est pas obligatoire mais reste vivement recommandé. En revanche, dès qu’il dépasse ce seuil, il devient obligatoire de couvrir au moins 67 % des émissions de ce périmètre.
Plusieurs approches sont reconnues, sur une période de 5 à 10 ans après la soumission :
Réduction absolue : viser une réduction linéaire annuelle de 2,5 % des émissions (par rapport à l’année de référence).
Convergence sectorielle : appliquer une trajectoire spécifique définie par la SBTi selon le secteur (ex. : industrie, transport).
Réduction d’intensité physique ou économique : réduire de 7 % par an les émissions rapportées à une unité physique (produit, tonne, etc.) ou économique (chiffre d’affaires).
Engagement fournisseurs ou clients : faire en sorte qu’un certain pourcentage d’émissions soit couvert par des partenaires ayant eux-mêmes des objectifs SBTi validés, dans un délai de 5 ans.
Objectifs à long terme
Les objectifs à long terme visent l’horizon 2050 et fixent la trajectoire vers la neutralité carbone.
Ils doivent couvrir la quasi-totalité des émissions : au moins 95 % pour les scopes 1 et 2, et 90 % pour le scope 3.
Contrairement aux objectifs à court terme, la trajectoire « well-below 2 °C » n’est plus acceptée. Seule une ambition 1,5 °C est désormais retenue, ce qui impose des réductions massives et durables.
Plusieurs méthodes peuvent être utilisées pour formaliser cette trajectoire :
Une réduction absolue : pour tous les scopes 1, 2 et 3, réduction de 90 % par rapport à l’année de référence (ou 72 % pour les trajectoires FLAG Forest, Land and Agriculture.)
Convergence sectorielle : également pour tous les scopes, l’ambition dépend des trajectoires sectorielles spécifiques ?
Réductions d’intensité (physique ou économique) : uniquement le scope 3, Réduction globale de 97 % de l’intensité physique et/ou économique, sur les émissions couvertes.
Electricité renouvelable : uniquement le scope 2, Objectif de 100 % d’électricité renouvelable d’ici 2030, avec maintien au-delà.
En revanche, certaines approches admises à court terme ne sont pas recevables ici : les objectifs fondés sur l’engagement de fournisseurs ou clients ne peuvent pas être utilisés dans le cadre des cibles long terme.
Objectifs Net Zero
Atteindre le Net Zero ne consiste pas à compenser ses émissions, mais à les réduire de manière drastique, puis à neutraliser ce qu’il reste une fois que tous les leviers d’action ont été déployés.
Cette approche repose sur un cadre scientifique clair, tel que défini par la SBTi à travers son Net Zero Standard.
Concrètement, un objectif Net Zero repose sur :
une réduction minimale de 90 % des émissions totales (au moins 95 % pour les scopes 1 et 2, 90 % pour le scope 3) à horizon 2050,
puis une neutralisation des émissions résiduelles incompressibles, via des projets de séquestration carbone permanents et certifiés (par exemple la reforestation ou l’agroforesterie).
Dans la nouvelle version du Corporate Net-Zero Standard v2 du SBTi (en développement, publication finale courant 2026), les règles sur l’utilisation des crédits carbone deviennent plus strictes. À long terme, seuls les projets permettant un retrait durable du CO₂ de l’atmosphère devraient être reconnus pour neutraliser ces émissions résiduelles.
En parallèle, les entreprises sont encouragées à contribuer volontairement à l’effort climatique global grâce à des actions hors de leur chaîne de valeur, appelées Beyond Value Chain Mitigation (BVCM). Ces actions peuvent prendre la forme de projets d’évitement (comme le soutien à des énergies renouvelables remplaçant des sources fossiles) ou de séquestration additionnelle (comme la restauration de mangroves ou de tourbières).
Dans la future version du standard, cette approche évolue vers un cadre plus structuré appelé Ongoing Emissions Responsibility (OER). L’objectif est de reconnaître les entreprises qui contribuent activement à la transition climatique pendant leur phase de transformation. Par exemple, une entreprise peut mettre en place un prix interne du carbone pour orienter ses décisions d’investissement vers des solutions moins émettrices, ou financer des projets climatiques certifiés contribuant à la réduction ou au stockage du CO₂.
Tous les projets ne se valent toutefois pas.
Pour garantir leur intégrité, ces projets doivent être additionnels, traçables et durables. Des cadres comme l’ICROA posent des règles strictes de transparence, de qualité et de suivi des crédits carbone. En parallèle, plusieurs organismes indépendants comme Verra/VCS ou Gold Standard assurent que chaque tonne de CO₂ évitée ou absorbée correspond à une action réelle et mesurable.
Étape 3 : Validation des objectifs
Pour formaliser son engagement, l’entreprise doit soumettre son dossier à la SBTi. Cette étape déclenche un processus de validation rigoureux.
Un examinateur principal analyse les cibles proposées, puis un second expert rend un avis indépendant. Ce double regard garantit la solidité scientifique et la conformité aux critères méthodologiques.
📝A noter : Les petites et moyennes entreprises peuvent bénéficier d’une procédure simplifiée. Si elles remplissent certains critères, notamment des émissions annuelles inférieures à 10 000 tCO₂e sur les scopes 1 et 2, et si elles ne relèvent pas de secteurs soumis à exigences spécifiques, elles peuvent utiliser un formulaire dédié : le SME Science-Based Target Setting Form.
Pas besoin de lettre d’engagement, validation plus rapide, tarif réduit, et objectifs standardisés. C’est un levier concret pour les PME qui souhaitent structurer leur stratégie climat, sans ressources excessives ni expertise technique avancée.
Certaines entreprises, notamment dans l’agriculture, la forêt ou l’alimentation, sont concernées par les émissions liées à l’usage des sols : les émissions FLAG (Forest, Land and Agriculture).
Dans ces cas, des règles spécifiques s’appliquent. La SBTi a publié des critères dédiés pour intégrer les émissions liées à la déforestation, à l’élevage ou à la conversion des terres. Les entreprises concernées ne peuvent pas passer par le formulaire PME et doivent soumettre un dossier classique avec modélisation complète.
Étape 4 : Communiquer son engagement
Lorsque la validation est obtenue, l’entreprise s’engage à communiquer publiquement sur ses cibles. Cette transparence fait partie intégrante de la démarche. Elle permet de crédibiliser l’engagement et d’embarquer ses parties prenantes dans la transition.
La SBTi met à disposition un tableau de bord public (Target Dashboard), dans lequel les entreprises ayant des objectifs validés ou des engagements sont référencées. Dès l’officialisation, votre nom apparaît ainsi dans cette base : un atout pour la visibilité et la reconnaissance de votre trajectoire.
La SBTi fournit des ressources pour accompagner cette communication. Elle recommande de partager non seulement les objectifs, mais aussi les avancées régulières.
Même en dehors de l’initiative, il reste pertinent de parler de sa trajectoire climat. Que vous suiviez ou non la méthode SBTi, communiquer sur votre plan de décarbonation est un puissant levier d’engagement interne et externe.
Étape 5 : Piloter ses cibles SBTi
L’engagement SBTi ne s’arrête pas à la validation. Les entreprises doivent mettre à jour leurs cibles tous les cinq ans, afin de tenir compte des évolutions de leur activité, de leur périmètre ou du contexte scientifique.
Le suivi des progrès repose sur cinq principes clés : pertinence, exhaustivité, cohérence, transparence et précision.
Il s’inscrit également dans un cadre plus large de conformité réglementaire, notamment en matière de comptabilité carbone.
La SBTi suffit-elle pour structurer sa stratégie climat ?
ACT Pas à Pas : méthode et accompagnement pour construire une stratégie climat alignée avec les objectifs SBTi
La SBTi fournit un cadre de référence précieux pour définir des objectifs de réduction alignés avec la science. Mais elle ne constitue pas, à elle seule, une stratégie climat complète.
Elle fixe une trajectoire, sans détailler les moyens concrets pour l’atteindre. En particulier, elle ne remplace ni le bilan carbone, ni l’élaboration d’un plan d’action chiffré, ni le pilotage opérationnel dans le temps.
C’est là qu’intervient la méthode ACT Pas à Pas, développée par l’ADEME et le CDP. Conçue pour évaluer la crédibilité des plans de transition, elle monte aujourd’hui en puissance à mesure que les entreprises cherchent à passer de la cible à l’action. Comme le souligne Arnaud Marec, directeur d’ACT Solutions (ADEME) :
{{quote}}
Face aux premières échéances climatiques et à des objectifs encore trop peu atteints, de plus en plus d’organisations s’appuient sur ACT Pas à Pas pour construire une trajectoire robuste, cohérente et alignée avec l’Accord de Paris.
Chez WeCount, nous sommes référencés sur cette méthode. Notre accompagnement permet aux PME et ETI de structurer leur stratégie climat autour de trois piliers complémentaires :
Mesurer leur empreinte carbone (GHG Protocol, Bilan Carbone®) ;
Construire une trajectoire de réduction compatible avec les objectifs SBTi ;
Définir un plan d’action chiffré et crédible, aligné avec les enjeux climat et réglementaires ;
Piloter la mise en œuvre dans la durée grâce à notre plateforme carbone.
La certification SBTi valide les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre d'une entreprise, en s'assurant qu’ils sont alignés sur l'Accord de Paris.
Qu'est-ce que le référentiel SBTi ?
Le référentiel SBTi regroupe les critères, méthodes et outils que les entreprises doivent suivre pour fixer des objectifs de réduction compatibles avec un scénario de réchauffement à 1,5 °C ou "well-below 2 °C".
Quelle est la différence entre zéro net et SBTi ?
Le "zéro net" est une participation à la neutralité carbone globale. La SBTi propose un cadre pour y parvenir, en imposant des réductions réelles d’émissions avant toute compensation, selon des étapes scientifiquement définies.
SBTi permet de valider des cibles. ACT vient déterminer si l’ensemble du plan de transition, les investissements prévus, les actions sur la chaîne de valeur, etc. sont alignés et crédibles.
Arnaud Marec
Directeur Général ADEME ACT Solutions
Vous souhaitez accélérer la transition climat et esg de votre entreprise ?
Pour les responsables RSE et les directions générales, la question n’est plus seulement de réduire les émissions : il devient essentiel d’anticiper les risques physiques et de sécuriser les processus vitaux.
Le Diag Adaptation, proposé par Bpifrance en partenariat avec l’ADEME, constitue aujourd’hui une première étape structurante pour comprendre l’exposition de votre entreprise et construire un plan d’action face aux enjeux d’adaptation climatique.
Dans cet article, nous vous expliquons comment fonctionne ce dispositif et comment aller plus loin pour structurer votre stratégie de résilience
À retenir
Environ 6 jours d’accompagnement sur 3 à 6 mois
Une prestation d’un montant de 6 000 € HT, financée à 50 % par Bpifrance
Un diagnostic de vulnérabilité pour analyser les impacts du changement climatique
Un plan d’action priorisé pour réduire l’exposition aux aléas
Une montée en compétences sur les enjeux d’adaptation climatique
Diag Adaptation : qu’est-ce que c’est ?
Le Diag Adaptation est un dispositif public visant à aider les entreprises à anticiper les conséquences du changement climatique sur leurs activités.
L’objectif est d’identifier les risques physiques susceptibles d’affecter :
les sites et infrastructures (chaleur, inondations, sécheresses…) ;
les conditions de travail des équipes ;
les flux critiques de la chaîne de valeur (approvisionnement, transport, distribution).
Cette démarche permet de mieux comprendre la vulnérabilité de l’organisation et de sécuriser ses processus vitaux dans un contexte climatique de plus en plus incertain.
Qui peut bénéficier du Diag Adaptation ?
Le dispositif s’adresse aux entreprises françaises :
disposant d’un site de moins de 500 salariés ;
justifiant d’au moins un an d’activité ;
respectant les critères financiers définis par Bpifrance.
Chaque diagnostic concerne un site spécifique, mais peut être reproduit sur plusieurs implantations.
Le coût total de la prestation est d’environ 6 000 € HT, dont 50 % sont pris en charge par Bpifrance, soit un reste à charge d’environ 3 000 € HT par site.
Quelle est la procédure pour candidater ?
La demande se réalise directement sur la plateforme de Bpifrance.
L’entreprise doit notamment fournir :
un extrait K-bis récent ;
la liasse fiscale ;
un justificatif d’identité du dirigeant.
Une fois le dossier validé, un expert climat référencé est missionné pour conduire le diagnostic.
Les étapes du Diag Adaptation
Phase 1 – Sensibilisation et cadrage
Un atelier permet de sensibiliser les équipes aux enjeux d’adaptation climatique et d’identifier les principaux processus vitaux du site.
Phase 2 – Diagnostic de vulnérabilité
L’analyse porte sur l’exposition des activités aux risques physiques liés au changement climatique, avec une projection à moyen et long terme.
Phase 3 – Élaboration du plan d’adaptation
Une matrice de risques permet de hiérarchiser les actions selon leur urgence, leur faisabilité et leur impact.
L’entreprise repart avec un plan d’action concret pour renforcer sa résilience.
Qui peut vous accompagner ?
Le Diag Adaptation est réalisé par des consultants climat référencés et formés par Bpifrance et l’ADEME.
Ces experts accompagnent les organisations dans la réalisation du diagnostic de vulnérabilité et la définition des premières actions.
Certaines entreprises choisissent ensuite d’approfondir la démarche pour structurer une véritable stratégie d’adaptation climatique.
Diag Adaptation : l’accompagnement proposé par WeCount
Le programme Adaptation proposé par WeCount peut être mobilisé en complément du Diag Adaptation afin de transformer ce diagnostic en feuille de route opérationnelle.
Cet accompagnement structuré de 4 mois combine :
un suivi individuel par un expert climat
des sessions de formation pour monter en compétences
des ateliers collectifs inter-entreprises favorisant le partage de retours d’expérience
Il repose sur des méthodologies reconnues par l’ADEME, notamment la méthode OCARA pour objectiver les vulnérabilités et le référentiel ACT Adaptation pour construire une stratégie robuste.
Concrètement, le programme permet :
de cartographier les risques physiques sur toute la chaîne de valeur
d’en évaluer les impacts économiques potentiels (chiffre d’affaires, investissements exposés, coût de l’inaction)
de définir une trajectoire d’adaptation climatique priorisée
de mettre en place une gouvernance interne pour piloter les actions dans la durée
L’objectif est de passer d’un diagnostic ponctuel à une démarche stratégique intégrée, tout en assurant la montée en compétence des équipes. Contactez-nous pour en savoir plus.
Quelles prochaines étapes après un Diag Adaptation ?
Le diagnostic constitue une première base pour anticiper les effets du changement climatique.
Mais la résilience se construit dans le temps.
Les entreprises peuvent ensuite :
approfondir leur stratégie climat globale
intégrer l’adaptation dans leurs décisions d’investissement
renforcer le pilotage des risques en intégrant une réflexion sur la chaîne de valeur
mobiliser leurs équipes autour d’une trajectoire claire
Anticiper les impacts climatiques devient ainsi un levier clé pour sécuriser la performance et la continuité d’activité.
Et pour cause, un jean, un smartphone, une bouteille de shampoing : chaque produit génère des émissions de gaz à effet de serre et vient impacter le bilan carbone de chaque individu. Les entreprises qui prennent les devant et jouent la carte de la transparence ont aujourd’hui un avantage de taille.
L'empreinte carbone produit est devenue un outil stratégique pour les entreprises qui souhaitent éco-concevoir leurs produits, répondre aux exigences réglementaires et se différencier sur leur marché.
Dans cet article, on vous explique ce qu'est l'empreinte carbone d'un produit, comment la calculer, comment la réduire concrètement, et comment l'intégrer dans votre stratégie climat globale.
L'empreinte carbone produit en résumé :
Une approche 360 : L'empreinte carbone produit mesure les émissions de GES sur l'ensemble du cycle de vie d’un produit (matières premières, fabrication, transport, utilisation, fin de vie). Le bilan carbone entreprise lui se concentre sur la mesure des émissions générées par une entreprise sur une année.
Focus climat vs vision multicritère : L'empreinte carbone produit se concentre uniquement sur les émissions de CO₂e, tandis qu'une ACV complète évalue également d’autres impacts environnementaux (eau, biodiversité, ressources, toxicité, acidification…).
Un levier stratégique pour les entreprises : Mesurer l'empreinte carbone de ses produits n’est pour le moment pas obligatoire en Europe. En revanche, les choses commencent à bouger. Les entreprises opérant dans le textile en France sont d'ores et déjà concernées par le décret n°2025-957 du 6 septembre 2025 encadrant l'affichage volontaire du coût environnemental. Par ailleurs, les entreprises qui communiquent sur leurs engagements environnementaux devront se conformer à la directive Empowering Consumers for the Green Transition (ECGT) dès septembre 2026.
Une méthodologie rigoureuse encadrée par des normes : Le calcul repose sur des normes internationales (ISO 14067, GHG Protocol Product Standard) et nécessite de définir une unité fonctionnelle, cartographier le cycle de vie, collecter des données précises et appliquer des facteurs d'émission adaptés.
Des actions concrètes pour réduire l'impact : Éco-conception, choix des matières premières, optimisation de la fabrication, réduction des transports, allongement de la durée de vie, amélioration de la recyclabilité... Les leviers sont nombreux et doivent être priorisés selon leur impact réel.
Qu'est-ce que l'empreinte carbone d'un produit ?
Définition simple
L'empreinte carbone d'un produit (aussi appelée Analyse de Cycle de Vie carbone ou Product Carbon Footprint en anglais) mesure la quantité totale de gaz à effet de serre émise sur l'ensemble du cycle de vie d'un produit ou d'un service, exprimée en kilogrammes de CO₂ équivalent (kgCO₂e ou tCO₂e).
Concrètement, cela signifie qu'on comptabilise toutes les émissions générées depuis l'extraction des matières premières jusqu'à la fin de vie du produit, en passant par sa fabrication, son transport, son utilisation et son recyclage ou sa destruction.
L'analyse du cycle de vie, de l'extraction des matières premières à la gestion de sa fin de vie, source wecount.io
☝️ Exemple : Pour une bouteille de shampoing, on ne regarde pas seulement le produit en lui-même, mais aussi son utilisation : un lavage de cheveux. Cela inclut donc les matières premières (ingrédients, plastique de la bouteille), la fabrication du shampoing, l'emballage et l'étiquetage, le transport jusqu'au point de vente, la distribution du point de vente jusqu’à chez la personne, l'utilisation (eau chaude pour se laver les cheveux), la fin de vie (recyclage de la bouteille, traitement de l'eau usée).
Différence entre empreinte carbone produit et empreinte carbone entreprise
Avant d’aller plus loin, il est essentiel de bien distinguer ces deux approches, car elles ne mesurent pas la même chose :
Critère
Empreinte carbone entreprise (Bilan Carbone®)
Empreinte carbone produit (ACV carbone)
Périmètre
Une organisation (entreprise, collectivité)
Un produit ou service spécifique
Temporalité
Une année donnée (ex : 2024)
Tout le cycle de vie du produit (sans limite temporelle)
Objectif
Mesurer l'impact global de l'organisation
Mesurer l'impact d'un produit spécifique
Scopes
Scopes 1, 2, 3 de l'organisation
Toutes les étapes du cycle de vie du produit
Différence entre empreinte carbone produit et ACV
Quelques éléments pour vous permettre de distinguer les deux :
Une Analyse du Cycle de Vie (ACV) est une méthodologie normée (ISO 14040 et 14044) qui évalue les impacts environnementaux d'un produit ou service sur l'ensemble de son cycle de vie. Elle est multicritère et ne se limite pas au climat, mais mesure plusieurs impacts environnementaux (épuisement des ressources, consommation d'eau, acidification, eutrophisation, toxicité, occupation des sols, appauvrissement de la couche d'ozone, etc.).
L'empreinte carbone produit (aussi appelée ACV carbone ou Product Carbon Footprint en anglais) est une ACV simplifiée qui se concentre sur un seul indicateur : les émissions de gaz à effet de serre (exprimées en CO₂e). Elle suit la même logique que l'ACV (approche cycle de vie complet), mais ne regarde que l'impact climatique.
✨Notre conseil : Si votre priorité est de mesurer et réduire votre impact climat, l'empreinte carbone produit suffit. Si vous souhaitez une vision globale de tous les impacts environnementaux, optez pour une ACV complète.
Les principales normes et méthodologies
Le calcul de l'empreinte carbone produit est encadré par plusieurs normes et référentiels internationaux :
ISO 14067 : Norme internationale spécifique à l'empreinte carbone des produits (quantification et communication) ;
ISO 14040 et 14044 : Normes de référence pour l'Analyse de Cycle de Vie (ACV), qui servent de base méthodologique ;
GHG Protocol Product Standard : Référentiel international développé par le World Resources Institute (WRI) et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) ;
Bilan Carbone® Produit : Méthodologie française développée par l'ADEME et l'Association Bilan Carbone (ABC).
📝 À noter : L'ACV et l'empreinte carbone produit sont des méthodes très encadrées par des normes ISO et requièrent une grande rigueur, contrairement à des estimations rapides ou approximatives.
Pourquoi est-il intéressant de mesurer l'empreinte carbone de ses produits ?
Répondre aux exigences réglementaires
Plusieurs réglementations françaises et européennes imposent ou incitent à mesurer l'empreinte carbone des produits :
À l’échelle européenne
En mars 2023, la Commission Européenne présentait la directive Green Claims. Celle-ci était adoptée par le Parlement européen en mars 2024 et avait pour objectif d’encadrer les allégations environnementales en s'appuyant sur la méthodologie PEF. Entretemps, il y a eu un retour en arrière puisque cette initiative a été retirée en juin 2025.
Il reste à ce jour la directive ECGT (Empowering Consumers for the Green Transition), adoptée en mars 2024, et dont l’entrée en application dans les États membres est prévue pour septembre 2026. Cette dernière interdit entre autres les allégations génériques (« écologique », « vert ») et les labels « neutre en carbone » basés sur des compensations plutôt que sur des réductions réelles.
Zoom sur la France
La loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire, 2020) et la loi Climat et Résilience (2021) imposent progressivement aux entreprises de certaines filières (textile, agroalimentaire, hôtellerie) d'afficher l'impact environnemental de leurs produits.
En pratique, cela se traduit par un score, une étiquette ou un pictogramme apposé sur le produit ou sa fiche en ligne, informant le consommateur de l'impact carbone et environnemental du produit tout au long de son cycle de vie.
En France, il existe également le décret n° 2025-957 du 6 septembre 2025 qui encadre les modalités de calcul et de communication du coût environnemental des produits textiles. Ce n’est pas une obligation mais les entreprises peuvent choisir d’afficher le score de leurs produits sur leurs sites internet et/ou en magasin. Decathlon a par exemple choisi d’aller en ce sens, comme on peut le voir par exemple sur la fiche produit de ces chaussures de basketball.
Identifier les vrais leviers de réduction
Mesurer l'empreinte carbone de vos produits permet d'identifier précisément les étapes du cycle de vie les plus émettrices et de prioriser les actions de réduction les plus efficaces.
Quelles émissions sont prises en compte pour une analyse d'empreinte carbone produit ?
Les gaz à effet de serre couverts
L'empreinte carbone produit mesure l'ensemble des gaz à effet de serre (GES) émis, pas seulement le CO₂. Ces gaz sont convertis en CO₂ équivalent (CO₂e) selon leur pouvoir de réchauffement global (PRG).
Les principaux GES pris en compte sont :
CO₂ (dioxyde de carbone) : combustion d'énergies fossiles, déforestation
Gaz fluorés (HFC, PFC, SF₆) : réfrigération, climatisation, industrie électronique
📝 A noter : Le méthane est émis principalement par l’agriculture et la production des hydrocarbures. Selon le 6e rapport du GIEC, son pouvoir de réchauffement par contre serait entre 26 et 34 fois supérieur à celui du CO2 sur 100 ans.
Quel est le lien entre empreinte carbone produit et stratégie climat d'entreprise ?
Les deux approches sont complémentaires et s'inscrivent dans une stratégie climat globale.
Lien entre empreinte carbone produit et trajectoire de décarbonation
L'empreinte carbone produit est un outil clé pour définir et piloter votre trajectoire de décarbonation :
Fixer des objectifs produit par produit : Réduire de X% l'empreinte carbone de chaque produit d'ici 2030 ;
Piloter les actions d'éco-conception : Suivre l'évolution de l'empreinte carbone au fil des itérations de design ;
Mesurer les progrès : Recalculer l'empreinte carbone après chaque amélioration pour vérifier l'impact réel.
Lien entre empreinte carbone produit et neutralité carbone et SBTi
Le Science Based Targets initiative (SBTi) est un référentiel international pour valider que votre trajectoire de réduction est alignée avec l'Accord de Paris. L'empreinte carbone produit peut nourrir votre démarche SBTi en vous permettant de :
Quantifier les émissions scope 3 aval (utilisation et fin de vie de vos produits vendus) ;
Identifier les leviers de réduction produit par produit ;
Fixer des objectifs de décarbonation par gamme de produits.
📝 À noter : La SBTi impose de réduire vos émissions, pas de les compenser. L'empreinte carbone produit permet d'identifier où et comment réduire efficacement. La première étape pour une entreprise qui vise l’objectif Net Zero et souhaite contribuer à la neutralité carbone est de réduire ses propres émissions avant de réduire les émissions de sa chaîne de valeur ou de financer des projets de séquestration. Pour creuser le sujet, consultez notre article Science Based Targets Initiative (SBTi) : 5 étapes pour fixer sa trajectoire.
Comment calculer l'empreinte carbone d'un produit ?
Le calcul de l'empreinte carbone d'un produit suit une méthodologie rigoureuse en 5 étapes clés.
Étape 1 : Définir le périmètre et l'unité fonctionnelle
Avant de commencer, il faut définir précisément ce que l’on mesure.
L'unité fonctionnelle
L'unité fonctionnelle définit la fonction et la performance que le produit remplit. On ne mesure pas l'empreinte d'un objet en soi, mais celle de l'usage qu'on en fait. Cette unité fonctionnelle, cela va être ce à quoi le résultat est rapporté.
Exemples d'unités fonctionnelles :
Ampoule : "Fournir entre 500 et 900 lumens pendant 1000 heures" ;
Sac de courses : "Emballer 9000 litres de produits par an" ;
Voiture : "Transporter 5 personnes sur 200 000 km" ;
Shampoing : "Permettre 20 lavages de cheveux".
Le périmètre
Il faut également définir :
Quelles étapes du cycle de vie sont incluses (extraction, fabrication, transport, usage, fin de vie) ;
La zone géographique (produit vendu en France, en Europe, à l'international) ;
Les hypothèses d'utilisation (durée de vie, fréquence d'usage, conditions d'utilisation).
Étape 2 : Cartographier le cycle de vie
Une fois l'unité fonctionnelle définie, il faut cartographier toutes les étapes du cycle de vie du produit et identifier les flux entrants et sortants à chaque étape.
Fabrication : Mélange des ingrédients, mise en bouteille, étiquetage, énergie de l'usine ;
Emballage : Carton, film plastique, palette ;
Transport amont : Transport des matières premières vers l'usine ;
Transport aval : Transport du produit fini vers les points de vente ;
Distribution : transport du produit depuis les points de vente jusque chez les habitants ;
Utilisation : Eau chaude pour se laver les cheveux ;
Fin de vie : Recyclage de la bouteille, traitement de l'eau usée.
Étape 3 : Collecter les données d'inventaire
C'est l'étape la plus chronophage : il faut collecter chaque donnée d'activité vis-à-vis de l’unité fonctionnelle et pour chaque étape du cycle de vie.
Types de données à collecter :
Quantités de matières premières (kg, litres, unités) ;
Consommation d'énergie (kWh de gaz, électricité, fioul) ;
Distances et modes de transport (km en camion, train, bateau, avion) ;
Consommation d'eau (litres) ;
Déchets générés (kg de déchets, taux de recyclage).
Étape 4 : Appliquer les facteurs d'émission
Une fois les données collectées, il faut les convertir en émissions de CO₂e en appliquant des facteurs d'émission.
💡Bon à savoir : Sur la plateforme de comptabilité carbone WeCount, nous avons rassemblé 115K facteurs d’émission parmi 15 bases de données de référence (Base Empreinte, ecoinvent, Inies, Agribalyse, Defra, Ecobalyse, etc). L’idée est de vous faciliter la vie en centralisant un maximum de données. Pour en savoir plus, demandez une démo !
Plateforme de comptabilité carbone WeCount
Étape 5 : Analyser les résultats et identifier les leviers
Une fois tous les calculs réalisés, il faut analyser les résultats pour identifier les étapes les plus émettrices (on parle de points chauds carbone) et prioriser les actions de réduction.
Questions à se poser :
Quelles étapes du cycle de vie pèsent le plus dans l'empreinte totale ?
Quels sont les postes sur lesquels j'ai le plus de marge de manœuvre ?
Quelles actions de réduction auront le plus d'impact ?
Emissions GES produits selon le cycle de vie
Peut-on communiquer sur l'empreinte carbone d'un produit ?
Oui, communiquer sur l'empreinte carbone d'un produit est possible, voire encouragé, à condition de respecter certaines règles de transparence et de sincérité pour éviter le greenwashing.
Bonnes pratiques de communication environnementale
Être précis et transparent : Indiquez clairement le périmètre de l'empreinte carbone (tout le cycle de vie ou seulement certaines étapes), l'unité fonctionnelle, et la méthodologie utilisée ;
Afficher les chiffres : Communiquez l'empreinte carbone en kgCO₂e de manière claire et compréhensible. Évitez les formulations vagues comme "produit vert" ou "éco-responsable" sans données chiffrées ;
Comparer de manière honnête : Si vous comparez votre produit à un concurrent ou à une version antérieure, assurez-vous que la comparaison est juste et méthodologiquement cohérente (même périmètre, même unité fonctionnelle) ;
Reconnaître les limites : Soyez honnête sur les incertitudes, les hypothèses et les limites de votre calcul. Aucune empreinte carbone n'est parfaite, et reconnaître cela renforce la crédibilité ;
Accompagner d'actions concrètes : Ne communiquez pas uniquement sur le chiffre, mais aussi sur les actions de réduction que vous avez mises en place et vos engagements futurs.
Éviter le greenwashing et le greenhushing
Le greenwashing c'est le fait de communiquer de manière trompeuse ou exagérée sur les qualités environnementales d'un produit. Par exemple, n’affichez jamais "produit neutre en carbone". Pour mieux comprendre la raison, consultez notre article “Neutralité carbone : ce que cela signifie vraiment pour les entreprises.”
Le greenhushing, c'est le fait de ne pas communiquer sur ses efforts environnementaux par peur d'être accusé de greenwashing.
Quels outils utiliser pour réaliser une empreinte carbone produit ?
Pour réaliser une empreinte carbone produit, plusieurs options s'offrent à vous :
Tableur Excel (manuel) : Gratuit et flexible, le tableur Excel convient aux produits simples et permet de se familiariser avec la méthodologie. Cependant, il est chronophage, peut comporter des risques d'erreurs de calcul et manque de traçabilité automatique. Il peut être adapté pour un premier calcul exploratoire sur un produit simple.
Logiciels d'ACV spécialisés : Ils permettent d’avoir des calculs automatisés rigoureux avec bases de données intégrées (Ecoinvent) et conformité aux normes ISO. Ces outils offrent des analyses multicritères complètes, mais sont parfois coûteux (licences annuelles) et nécessitent une expertise ACV avec une courbe d'apprentissage élevée. Cela peut être adapté pour desACV complètes multicritères, certifications environnementales ou équipe dédiée.
Logiciel de comptabilité carbone : Cette option permet de collecter facilement les données, de garantir une robustesse méthodologique, d’avancer sereinement avec un outil facile à prendre en main mais aussi et surtout de piloter efficacement le passage à l’action (définir une trajectoire, quantifier les actions et simuler des scénarios, etc.).
Chez WeCount, notre plateforme de comptabilité carbone a été spécialement conçue pour les PME : intuitive, guidée, et accessible sans expertise préalable. Vous êtes accompagné à chaque étape, de la collecte à la publication de votre bilan. Envie d'une démo ? Contactez notre équipe.
Plateformes simplifiées et accessibles : Bilan Produit® (ADEME) et Ecobalyse (textile) sont des outils gratuits ou accessibles avec interface simplifiée et bases de données intégrées. Moins personnalisables et limités à certains secteurs, ils peuvent convenir aux calculs simplifiés et estimations rapides.
Comment WeCount accompagne les entreprises dans leur démarche d'analyse d'empreinte carbone produit ?
Analyser l’empreinte carbone d’un produit demande de mobiliser de nombreuses données (achats, transport, fabrication, usage…), souvent réparties entre plusieurs équipes. Sans outil structurant, la démarche peut vite devenir chronophage et difficile à piloter.
WeCount propose une approche combinant plateforme digitale et accompagnement méthodologique pour faciliter la réalisation d’une empreinte carbone produit.
Centraliser et réutiliser les données existantes : La plateforme de comptabilité carbone permet de s’appuyer sur les données déjà collectées dans le cadre du bilan carbone de l’entreprise. Les émissions peuvent être réorganisées à l’échelle d’un produit et réparties selon les étapes de son cycle de vie, ce qui évite de repartir de zéro.
Structurer l’analyse étape par étape : Un accompagnement est proposé pour définir le périmètre, l’unité fonctionnelle et les données prioritaires à collecter. L’objectif est d’identifier rapidement les principales sources d’émissions et de prioriser les actions de réduction.
Orienter les choix d’éco-conception : Les résultats obtenus permettent de comparer différents scénarios (choix de matières, modes de transport, emballage, durée de vie…) et d’éclairer les décisions de conception ou d’amélioration produit.
Gagner en autonomie dans le pilotage : Au fil des analyses, les équipes internes peuvent actualiser les calculs dans la plateforme, suivre l’évolution de l’empreinte carbone des produits et intégrer ces éléments dans leur stratégie climat.
Dans certains secteurs, comme la santé, un accompagnement spécifique peut être proposé pour appliquer des méthodologies dédiées, notamment pour l’évaluation de l’empreinte carbone des médicaments (méthode fournie par la DGE, Direction Générale des Entreprises).
FAQ : Empreinte carbone produit
Qu'est-ce qu'une bonne empreinte carbone pour un produit ?
Il n'existe pas de seuil universel, car cela dépend du type de produit, de sa fonction et de son secteur. Une "bonne" empreinte carbone est relative : elle doit être inférieure à la moyenne du marché et s'inscrire dans une trajectoire de réduction continue. L'essentiel est de mesurer, comparer avec des produits similaires, et progresser année après année.
L'empreinte carbone produit est-elle obligatoire ?
Non, l'empreinte carbone produit n'est pas obligatoire pour la plupart des entreprises. En revanche, l'affichage environnemental est en cours de déploiement progressif pour certains secteurs (textile, agroalimentaire, hôtellerie). De plus, certains clients, distributeurs ou donneurs d'ordre peuvent exiger cette information dans le cadre de leurs propres engagements climat ou de leur reporting CSRD.
Peut-on comparer deux produits entre eux ?
Oui, à condition de comparer des produits remplissant la même fonction (même unité fonctionnelle) et mesurés avec la même méthodologie. Par exemple, comparer l'empreinte carbone d'un sac réutilisable et d'un sac jetable nécessite de définir la même unité fonctionnelle (ex : "emballer 9000 litres de produits par an") et le même périmètre (cycle de vie complet).
À quelle fréquence faut-il recalculer l'empreinte carbone d'un produit ?
Il est recommandé de recalculer l'empreinte carbone d'un produit tous les 2 à 3 ans, ou dès qu'une modification majeure intervient (changement de fournisseur, de matière première, de procédé de fabrication, de transport). Cela permet de suivre l'évolution de l'impact et de mesurer l'efficacité des actions de réduction mises en place.
Quelle différence entre étiquette carbone et empreinte carbone produit ?
L'empreinte carbone produit est le calcul complet des émissions de GES sur tout le cycle de vie du produit. L'étiquette carbone (ou affichage environnemental) est la communication de cette empreinte au consommateur, souvent sous forme de score, pictogramme ou étiquette apposée sur le produit. L'étiquette est donc la version simplifiée et grand public de l'empreinte carbone produit.
Contrairement à une approche centrée uniquement sur le carbone, l’ACV permet d’aller beaucoup plus loin en intégrant une vision multicritères : émissions de gaz à effet de serre, consommation d’eau, épuisement des ressources, impacts sur la biodiversité, toxicité ou encore acidification des milieux. Elle offre une lecture globale des impacts environnementaux, indispensable pour orienter les choix d’éco-conception et de stratégie produit.
Mais dans la pratique, l’ACV reste souvent perçue comme complexe pour les entreprises à mettre en œuvre (collecte de données très détaillées, choix méthodologiques exigeants...).
Dans cet article, notre objectif est de vous aider à démystifier l’ACV, à en comprendre les étapes clés et à vous guider concrètement dans sa mise en œuvre. Qu’est-ce qu’une ACV ? En quoi se distingue-t-elle d’un Bilan Carbone® ? Comment la réaliser concrètement ? Et surtout, comment l’intégrer efficacement dans votre stratégie climat et vos décisions opérationnelles.
A retenir
Une approche multicritère et normée : L'ACV évalue plus de 10 impacts environnementaux (épuisement des ressources, occupation des sols, changement climatique, acidification, eutrophisation, toxicité humaine…) selon les normes ISO 14040 et 14044, contrairement à l'empreinte carbone qui se limite aux émissions de gaz à effet de serre.
Du berceau à la tombe : L'ACV analyse tout le cycle de vie (matières premières, fabrication, transport, emballages, utilisation, fin de vie) pour identifier les vrais points chauds environnementaux et éviter les conclusions simplistes.
Un outil stratégique : Elle permet de répondre à un besoin tout en maîtrisant les impacts environnementaux associés, d’identifier les principales sources d’impacts tout au long du cycle de vie, de comparer des scénarios, d’optimiser le design produit, de répondre aux exigences réglementaires (affichage environnemental, écolabels) et de se différencier sur son marché.
Une méthodologie rigoureuse en 4 étapes qui comprend la définition des objectifs, l’inventaire du cycle de vie, l’évaluation de l’impact du cycle de vie, l’interprétation des résultats et la recherche d’amélioration.
Qu'est-ce que l'ACV (Analyse de Cycle de Vie) ?
Définition simple
L'Analyse de Cycle de Vie (ACV) est une méthode qui permet de comptabiliser tous les impacts environnementaux d’un produit ou d’un service pendant toute sa durée d'existence :
L’extraction des matières premières nécessaires à sa production ;
La production ;
L’emballage (fabrication des emballages primaires et secondaires) ;
Le transport amont et aval, la distribution (acheminement vers la production, les points de vente, distribution) ;
L’utilisation (consommation d'énergie, d'eau ou de ressources pendant l'usage) ;
La fin de vie (déchets, recyclage, incinération, enfouissement…).
Elle se base sur une approche dite “multicritère” puisque c’est un système d’indicateurs qui prend en compte tous les impacts environnementaux :
Empreinte carbone ;
Empreinte eau ;
Qualité des écosystèmes ;
Ressources naturelles ;
Santé humaine.
L’ACV, une approche communément appelée du “berceau à la tombe”, source wecount.io
C’est une méthode scientifique encadrée par la norme ISO 14040 qui définit les principes méthodologiques de l’ACV et la norme 14044 qui détaille les exigences techniques, les procédures et les méthodes de calcul.
ACV multicritère vs ACV carbone, Product Carbon Footprint (PCF)
Il existe plusieurs façons de réaliser une ACV selon le périmètre des impacts mesurés, mais également selon l'étendue du cycle de vie étudié et le niveau d'exigence méthodologique.
L'analyse peut tout d'abord varier dans son étendue physique : une ACV peut être "cradle-to-grave" (du berceau à la tombe) en couvrant l'ensemble du cycle de vie du produit, ou bien "cradle-to-gate" (du berceau à la porte de l'entreprise) en s'arrêtant à la fabrication sans inclure les étapes aval.
Ensuite, il existe des nuances en termes de rigueur : à côté de l'ACV complète conforme aux normes ISO 14040 et 14044 (qui exige de longs rapports et un panel d'experts), il existe l'ACV dite "simplifiée". Cette approche plus libre et pragmatique se concentre sur les éléments clés et s'adapte idéalement aux besoins internes des entreprises pour s'évaluer sans chercher à publier des arguments commerciaux comparatifs.
En ce qui concerne le périmètre des impacts mesurés, on retrouve :
ACV multicritère (ou ACV "classique") : Comme son nom l’indique, elle évalue plusieurs impacts environnementaux (climat CO₂e, consommation d'eau, qualité des écosystèmes, épuisement des ressources, santé humaine, acidification, eutrophisation, écotoxicité, etc).
C'est une méthode normée, exigeante, qui peut faire l'objet d'une revue critique ou d'un audit. C'est un travail long, minutieux et coûteux (généralement plus cher qu'un bilan carbone).
📝 À noter : bien que la méthode complète soit normée ISO, les entreprises peuvent aussi recourir à des ACV multicritères simplifiées (appellées notamment ACV screening) pour leurs diagnostics internes.
ACV carbone / empreinte carbone produit (ou Product Carbon Footprint) : Cette alternative suit la même logique de cycle de vie, mais se concentre uniquement sur le carbone (émissions de gaz à effet de serre). C'est beaucoup plus simple et moins coûteux qu'une ACV multicritère, tout en conservant l'approche cycle de vie complet. Cette démarche correspond d'ailleurs très souvent à un format d'ACV simplifiée. Pour en savoir plus sur l’empreinte carbone produit, retrouvez notre article dédié à ce sujet.
ACV carbone des médicaments : C’est un cas à part. L'ACV carbone des médicaments est basée sur une méthodologie française spécifique développée par la DGE (Direction Générale des Entreprises), adaptée aux particularités du secteur pharmaceutique. Envie de creuser le sujet ? Consultez notre article Comment évaluer l'empreinte carbone des médicaments ?.
💡 Bon à savoir : WeCount propose un accompagnement dédié, combinant expertise méthodologique et plateforme de comptabilité carbone. L’objectif : vous aider à structurer vos analyses, fiabiliser vos résultats et gagner du temps, tout en répondant aux exigences croissantes des clients et des donneurs d’ordre. Pour en savoir plus, contactez-nous !
ACV et bilan carbone : quelles différences ?
Le bilan carbone porte sur une organisation sur une année donnée, tandis que l'ACV (carbone ou multicritère) porte sur un produit spécifique sur tout son cycle de vie, sans limite temporelle annuelle.
Pourquoi réaliser une ACV (Analyse de Cycle de Vie) ?
Identifier les impacts environnementaux
L'ACV permet d'identifier précisément les étapes du cycle de vie les plus impactantes et de mieux comprendre son produit.
Plus concrètement, elle sert à :
Concilier la réponse à un besoin et la maîtrise des impacts environnementaux : L'ACV aide à trouver le bon équilibre entre performance du produit et réduction des impacts. L'objectif n'est pas de sacrifier la fonctionnalité, mais d'optimiser le design pour minimiser l'empreinte environnementale tout en répondant au besoin.
Quantifier pour éviter les idées reçues : L'ACV repose sur des données chiffrées ce qui permet une analyse pertinente et complète. Par exemple, un produit recyclable mais lourd et importé peut avoir un impact plus élevé qu’un produit non recyclable mais local, robuste et utilisé sur la durée.
Identifier les principales sources d'impacts environnementaux pour prioriser : L'ACV permet de hiérarchiser les postes d'impact et de concentrer les efforts là où ils auront le plus d'effet.
Éviter ou arbitrer les déplacements de pollutions liés aux alternatives envisagées : Lorsqu’une entreprise cherche à améliorer un produit, certaines solutions peuvent sembler pertinentes mais déplacer en réalité les impacts environnementaux. Par exemple, une alternative peut réduire l’impact lié aux matières premières, mais l’augmenter en fin de vie.
On parle alors de transfert d’impact : on réduit un impact à un endroit, mais on en aggrave un autre. L’ACV permet de comparer la situation initiale et l’alternative envisagée, ce qui implique de réaliser deux études pour orienter les décisions.
Répondre aux exigences réglementaires
L’une des raisons majeures de se lancer dans une ACV aujourd'hui est l'évolution du cadre légal. Réaliser une analyse est une démarche pour s'inscrire dans les nouveaux dispositifs de transparence environnementale.
Voici comment cela s’articule :
L'impulsion politique : les lois AGEC et Climat & Résilience
Ce sont elles qui ont initié la dynamique de transparence en France. Elles posent le principe d'informer le consommateur sur l'impact de ses achats.
Si ces lois visaient un déploiement rapide, la réalité technique impose un calendrier plus progressif.
Par exemple, si le secteur du textile possède sa méthodologie depuis avril 2024, celle de l'alimentaire n'est pas encore définitivement validée et son calendrier précis reste à confirmer. Les secteurs de l'ameublement et des cosmétiques suivront ensuite.
Le dispositif visible : l'affichage environnemental
C'est la traduction concrète de ces lois pour le grand public. Ce dispositif prend la forme d'un indice de coût environnemental (ou "éco-score"), affiché en magasin ou en ligne.
Le but est d'aider le consommateur à faire un choix d'achat éclairé en privilégiant les biens les moins impactants, tout en encourageant les marques à éco-concevoir leurs produits.
La méthode scientifique : l'ACV multicritère.
Pour obtenir ce fameux score environnemental, il faut une méthode de calcul robuste : c'est l'ACV qui a été retenue.
Cette ACV s'appuie sur des référentiels adaptés aux enjeux spécifiques de chaque secteur (par exemple, en intégrant l'indicateur des microplastiques pour un vêtement) et se nourrit des bases de données publiques de l'ADEME, comme Agribalyse.
L'harmonisation européenne : le PEF (Product Environmental Footprint).
Pendant que la France déploie son propre affichage, l'Europe avance également. La Commission européenne recommande la méthode PEF, une approche multicritère qui analyse 16 indicateurs d'impacts précis.
L'objectif est de créer, à terme, un cadre méthodologique commun pour garantir la comparabilité des évaluations environnementales à l'échelle européenne.
L'exigence ultime : les normes ISO 14040 / 14044.
Si votre entreprise souhaite aller plus loin que le cadre de l'affichage environnemental et communiquer publiquement sur le fait que son produit est meilleur que celui d'un concurrent, les règles changent. Il vous faudra alors réaliser une ACV complète, conforme aux normes ISO.
Cet exercice exige un niveau de détail très fin, la rédaction d'un long rapport et une revue critique par un expert indépendant pour garantir une transparence et une rigueur scientifique totales.
Si vous souhaitez utiliser une ACV comparative pour affirmer publiquement que votre produit est meilleur que celui d'un concurrent : la revue critique devra alors être réalisée par un panel composé d'au moins 3 experts.
Éco-concevoir et optimiser ses produits
L'ACV est un outil clé de l'éco-conception, car elle permet de :
Comparer des scénarios : Tester différentes options de conception (matières alternatives, changement de procédé, sourcing local vs importé…) ;
Optimiser le design dès la conception : Identifier les leviers les plus efficaces avant de lancer la production ;
Réaliser une analyse de sensibilités : Elle permet de comparer les impacts selon différents scénarios, par exemple l’impact d'une bouteille consignée selon son nombre de réutilisations (5, 10, 15 fois).
Se différencier sur son marché
Réaliser une ACV et communiquer de manière transparente sur l'impact environnemental de vos produits est un argument commercial différenciant :
Consommateurs : Les produits à faible impact environnemental sont privilégiés ;
Distributeurs : Les données ACV sont souvent demandées aux fournisseurs ;
Investisseurs : Les critères ESG sont intégrés dans les décisions de financement.
Quels sont les indicateurs environnementaux mesurés dans une ACV ?
Selon la méthodologie sélectionnée pour réaliser l’ACV, différents types d’indicateurs environnementaux peuvent être choisis. Voici un aperçu des indicateurs les plus courants :
Changement climatique : Émissions de gaz à effet de serre (kgCO₂e) ;
Appauvrissement de la couche d'ozone : kg CFC-11 équivalent ;
Acidification : Pluies acides, impacts sur les sols et les eaux (kg SO₂ eq) ;
Enrichissement excessif d’un milieu aquatique en nutriments (kg PO₄ eq), on parle aussi d'eutrophisation ;
Épuisement des ressources minérales et fossiles : kg Sb équivalent ;
Consommation d'eau : m³ d'eau prélevée ;
Utilisation des sols : m² occupés, dégradation des terres ;
Toxicité humaine : Impacts sur la santé (CTUh - Comparative Toxic Unit) ;
Écotoxicité : Impacts sur les écosystèmes aquatiques et terrestres (CTUe).
ACV et stratégie climat d'entreprise : comment les articuler ?
Complémentarité ACV et bilan carbone entreprise
Le bilan carbone mesure les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle de l’organisation, sur une période donnée (une année), tous produits et services confondus.
À l’inverse, l’ACV analyse de manière détaillée les impacts d’un produit ou d’un service sur l’ensemble de son cycle de vie.
Les deux approches peuvent être complémentaires et interviennent à des niveaux différents.
D’un côté, le bilan carbone s’appuie en partie sur des données issues d’ACV pour construire ses facteurs d’émission.
☝️ Exemple : Le facteur d'émission "plastique PET" dans la Base Empreinte® provient d'une ACV qui a mesuré les émissions de l'extraction du pétrole, de la transformation en PET, du transport, etc.
De l’autre, le bilan carbone peut servir de point de départ pour une ACV carbone : les données d’empreinte carbone déjà collectées (achats, énergie, transports…) peuvent être réutilisées et réallouées à l’échelle du produit ou du service étudié.
Lien avec la trajectoire de décarbonation
L'ACV est un outil clé pour définir et piloter votre trajectoire de décarbonation :
Fixer des objectifs produit par produit : Plutôt que de se limiter à un objectif global au niveau de l'organisation (par exemple : "réduire de 30% nos émissions d'ici 2030"), l'ACV permet de décliner des objectifs spécifiques pour chaque produit en fonction de son poids dans l'empreinte globale et de son potentiel de réduction.
Piloter les actions d'éco-conception : L'ACV carbone permet de suivre l'évolution de l'empreinte carbone au fil des itérations de design et de mesurer l'effet de chaque modification avant de la déployer à grande échelle.
Éviter les transferts d'impacts
L’un des risques majeurs d’une approche uniquement centrée sur le carbone est de générer des transferts d’impacts : une action qui réduit les émissions de gaz à effet de serre peut, dans le même temps, dégrader d’autres indicateurs environnementaux (consommation d’eau, ressources, biodiversité…).
Dans une stratégie climat d’entreprise, cela peut conduire à des décisions qui donnent l’impression d’améliorer la situation, sans réduire réellement l’empreinte environnementale globale.
C’est précisément là que l’ACV joue un rôle clé : en apportant une vision multicritère et cycle de vie, elle permet de sécuriser les choix de décarbonation et de s’assurer que les actions mises en place réduisent réellement l’empreinte environnementale globale.
Quelles sont les 4 étapes pour réaliser une ACV ?
La réalisation d'une ACV suit une méthodologie rigoureuse en 4 phases selon les normes ISO 14040 et ISO 14044 (Management Environnemental). Voici un aperçu de ces phases (nous allons rentrer dans le détail) :
Légende : méthodologie de l'analyse du cycle de vie, source wecount.io
📝 A noter : l’ACV a pour particularité d’être itérative. Chaque phase peut vous amener à revoir les précédentes (ex: des difficultés dans l'obtention de données pour l'inventaire peuvent amener à revoir les objectifs et le champ d'étude).
L’ensemble des étapes présentées ci-dessous s’appuie sur des outils dédiés comme SimaPro (payant) ou OpenLCA (open source). Ils nécessitent également l’accès à des bases de données environnementales (Ecoinvent, Base Empreinte®, Agribalyse…) ainsi qu’un certain niveau de maîtrise méthodologique.
Étape 1 : Définition des objectifs et du système
Cette première phase est fondamentale pour cadrer l'Analyse de Cycle de Vie (ACV).
Elle permet d'aligner la précision de l'étude avec son but final.
Les objectifs
Avant de commencer, il faut définir l'application prévue (diagnostic, déclaration environnementale…), l'audience ciblée (équipes, direction, clients, distributeurs…), la communication envisagée (interne, externe) et l’ambition de comparaison (comparer des alternatives, des scénarios).
Ces choix dictent le niveau de précision requis, qui se décline en deux approches très distinctes :
L'ACV screening (ou estimation rapide) : C’est une ACV destinée exclusivement à vos équipes en interne pour avoir une première idée des principales sources d'impacts.
Il est impératif de comprendre que les résultats sont réservés à un usage strictement interne et ne peuvent pas être communiqués à l'extérieur.
L’ACV complète : Si votre objectif est de communiquer vos résultats à une audience externe, vous devez réaliser une étude complète. Pour être rendue publique, cette étude doit par ailleurs être soumise à une revue critique par un panel d'experts externes et indépendants afin de valider sa conformité et sa crédibilité.
Le périmètre,les frontières du système
Une fois l'objectif fixé, il faut définir les limites physiques de ce que l'on va étudier.
Définir les frontières du système, c'est décider quelles étapes du cycle de vie et quels processus sont inclus ou exclus de l'analyse. Prend-on en compte l'extraction des matières premières, la fabrication, la distribution, la phase d'utilisation et la gestion de la fin de vie ?
Toute exclusion d'une étape ou d'un flux (par exemple, ignorer le recyclage de l'emballage) doit être clairement justifiée pour prouver qu'elle ne fausse pas les résultats finaux.
L'unité fonctionnelle : le point central de l'ACV
L’ACV n’évalue pas un produit en soi, mais le service rendu par ce produit. Lors de la phase de cadrage, il est donc essentiel de définir ce que l’on appelle “l'unité fonctionnelle”.
C’est l’unité de mesure de référence à laquelle on va se ramener pour étudier tous les flux d'énergie, de matière et de déchets. Cette unité doit être précise, mesurable et additive (si la quantité double, les impacts aussi).
Unité fonctionnelle = Fonction du produit + Performance quantifiée
Une unité fonctionnelle pertinente doit répondre à plusieurs critères :
Une action (un verbe pour préciser la fonction)
Un élément cible (sur quoi agit la fonction) ;
Une durée de vie ou quantité d’utilisation ;
Si nécessaire, une qualification complémentaire pour préciser un dimensionnement ou gamme de produit (taille, gabarit, marque…)
☝️Exemples d'unités fonctionnelles : “un lavage de cheveux en France en 2023” pour un shampoing, fournir entre 500 et 900 lumens pendant 1000h en Europe” pour une ampoule, Emballer 9000L de produit par an pour un sac de course.
L’unité fonctionnelle est indispensable puisqu’il est impossible de comparer deux alternatives qui ne rendent pas le même service.
Étape 2 : Inventaire du cycle de vie (ICV)
Maintenant que votre unité fonctionnelle est fixée et que vous savez précisément à quoi vous faites référence, il est temps de passer à la deuxième étape : l’Inventaire du Cycle de Vie (ICV).
Le but de l'inventaire est d'offrir une description quantitative exhaustive des flux qui “traversent” les frontières de votre système.
Plus concrètement, pour chaque étape du cycle de vie que vous avez choisi d'étudier (extraction des matières premières, fabrication, transport, utilisation, fin de vie), vous allez devoir effectuer un bilan précis des flux de matière et d’énergie qui entrent dans le système, mais également de tout ce qui en sort.
Inventaire du cycle de vie dans le cadre d'une ACV, source wecount.io
Réaliser un bilan matière-énergie
Il faut ainsi cartographier deux grandes catégories de flux :
Les flux entrants : Ce sont les éléments extérieurs puisés par le système pour fonctionner. On y retrouve l'ensemble des matières premières, des ressources naturelles et toutes les formes d'énergies nécessaires aux procédés (eau, électricité, gaz, etc.).
Les flux sortants : Ce sont les éléments rejetés par le système. Pour réaliser un bon inventaire, il ne suffit pas de lister les déchets, il faut impérativement identifier vers quel milieu naturel ces pollutions sont émises. On répertorie ainsi les rejets vers l'air (effluents atmosphériques) comme le CO2, les NOx ou le SO2, les rejets vers l'eau (effluents liquides), les rejets vers le sol (émissions terrestres, déchets solides) ou encore les coproduits.
Collecter les données
Savoir ce qui entre et ce qui sort est une chose, mais il faut maintenant réussir à quantifier chaque flux avec des chiffres précis (kg, kWh, km, litres…).
Pour réaliser cet inventaire, il est possible de s’appuyer sur :
Des données primaires (les plus précises, à privilégier) : Ce sont les données réelles et spécifiques issues de votre activité (mesures directes, relevés de consommation de vos machines, factures, informations de vos fournisseurs). Plus elles sont nombreuses, plus votre ACV sera représentative ;
Des données secondaires (par défaut) : Lorsqu'il est impossible de connaître la donnée réelle, on utilise des données génériques. Celles-ci proviennent de grandes bases de données environnementales reconnues pour leur fiabilité, comme la Base Empreinte® de l'ADEME, Ecoinvent (mondiale) ou encore Agribalyse pour l'agriculture.
Cette étape de collecte permet de rassembler l’ensemble des données nécessaires pour décrire les flux du système. Concrètement, il s’agit de s’assurer que toutes les entrées et sorties ont bien été identifiées (matières, énergies, émissions, déchets, coproduits), puis de les quantifier.
Dans la pratique, ces données sont intégrées dans un logiciel d’ACV, qui permet de structurer automatiquement l’inventaire et de consolider les flux entrants et sortants du système.
En langage d’expert, cet ensemble de données constitue ce que l’on appelle l’inventaire des flux élémentaires. Il sert de base à l’évaluation des impacts environnementaux dans l’étape suivante.
Étape 3 : Évaluation de l'impact du cycle de vie (EICV)
Cette phase consiste à convertir les données collectées lors de l’inventaire en indicateurs d’impacts environnementaux.
De l’inventaire aux impacts : le rôle central de la caractérisation
Les flux sont ensuite traduits en impacts environnementaux via la phase de caractérisation.
Concrètement, chaque flux (émissions, consommations de ressources…) est associé à une catégorie d’impact (changement climatique, acidification, eutrophisation, etc.), puis converti grâce à des facteurs scientifiques en une unité commune (par exemple en kg équivalent CO₂ pour le climat ou encore le kg d’équivalent SO₂ pour l’acidification).
On passe ainsi des données brutes à des indicateurs d’impact directement exploitables.
En pratique, cette étape est réalisée automatiquement par les logiciels d’ACV. Le choix de la méthode de caractérisation, comme ReCiPe, EF 3.0 ou TRACI, dépend du contexte géographique, des exigences réglementaires et des objectifs de l’étude.
Le résultat direct de cette conversion constitue le premier niveau de lecture de l’analyse : les indicateurs midpoints.
Les indicateurs midpoints : une lecture par catégorie d’impact
Les indicateurs midpoints (points intermédiaires) constituent le premier niveau de résultat de l’ACV.
Ils correspondent à un niveau intermédiaire d’évaluation des impacts selon des catégories spécifiques, comme :
Changement climatique (kg CO₂ eq)
Épuisement des ressources fossiles
Acidification (ex. pluies acides)
Eutrophisation (pollution de l’eau par nutriments)
Toxicité humaine
Pollution de l’air
Appauvrissement de la couche d’ozone…
Ce niveau d’analyse est le plus couramment utilisé pour une ACV.
Les résultats midpoints sont donc généralement considérés comme robustes et scientifiquement fiables. Ils permettent d’identifier précisément les postes les plus contributeurs et de guider les actions d’amélioration.
Les indicateurs endpoints : une lecture globale des dommages
Ces indicateurs traduisent les résultats midpoints en dommages finaux sur de grandes catégories : la santé humaine, la qualité des écosystèmes et l’épuisement des ressources naturelles.
Ils permettent de répondre à une question plus globale : quelles sont les conséquences finales de ces impacts sur l’environnement et la société ?
Par exemple, les émissions de gaz à effet de serre, après avoir été caractérisées en impact climatique (midpoint), peuvent être traduites en effets sur la santé humaine, exprimés en années de vie perdues ou altérées (via l'indicateur de référence DALY, pour Disability-Adjusted Life Years).
Les indicateurs endpoints présentent l’avantage d’être plus faciles à interpréter pour un public non expert, car ils synthétisent l’information. En revanche, ils introduisent davantage d’incertitudes que les indicateurs midpoints, en raison des étapes supplémentaires de modélisation.
Le score unique (ou single score)
Dans certains cas, il est possible d’aller encore plus loin en agrégeant l’ensemble des impacts en un score unique (single score). C’est une valeur globale agrégée qui résume tous les impacts environnementaux en un seul chiffre. C’est un peu comme la note finale d’un produit ou d’un scénario du point de vue de l’environnement.
Le score unique est obtenu en additionnant les différents impacts environnementaux, mais pas n’importe comment. Il y a deux étapes principales :
Normalisation : On exprime tous les impacts sur une même base de comparaison (ex. l’impact d’un Européen moyen par an), pour les rendre comparables entre eux.
Pondération : On attribue un poids relatif à chaque impact (climat, toxicité, ressources, etc.) en fonction de son importance perçue.
Ensuite, tous les scores pondérés sont additionnés pour obtenir un seul chiffre.
Étape 4 : Interprétation des résultats
Après la rigueur des calculs, place à l’analyse. L’objectif de cette dernière étape est d'interpréter les résultats pour identifier précisément les faiblesses de votre produit ou service et prioriser vos actions de réduction et d'éco-conception.
Identifier les composants à améliorer
L’analyse visuelle des résultats permet d'identifier rapidement les postes les plus impactants par étape du cycle de vie (matières premières, fabrication, transport, utilisation, fin de vie) et par indicateur environnemental (changement climatique, santé humaine, consommation d'eau, etc.).
Cette double lecture permet ainsi de voir quelles étapes pèsent le plus sur quel indicateur, d'identifier rapidement les postes les plus impactants et d’éviter les transferts de pollution.
☝️ Exemple : L’analyse peut révéler que la phase d’assemblage de votre produit a un impact très limité sur le réchauffement climatique, mais s'avère désastreuse pour la santé humaine (à cause de l'utilisation de solvants toxiques, par exemple).
À l’inverse, la phase d'utilisation peut avoir un impact négligeable sur la santé, mais peser lourd sur le climat (forte consommation électrique). Piloter sa stratégie avec cette vision multicritère empêche de régler un problème environnemental en en créant accidentellement un nouveau ailleurs.
Analyses de sensibilité
Lors de cette phase d’interprétation des résultats, il est nécessaire de réaliser des analyses de sensibilité afin d’évaluer la fiabilité des résultats et des conclusions au regard des hypothèses et des choix pris tout au long de l'ACV.
Elles consistent à faire varier une donnée et à étudier comment cela se répercute sur les résultats finaux.
☝️ Exemple : Vous modélisez les impacts d’une bouteille en verre consignée en formulant l'hypothèse qu'elle sera réutilisée 20 fois. L’analyse de sensibilité va consister à recalculer l'impact si elle n'est finalement réutilisée que 10 fois, ou 5 fois. Cela permet de vérifier à partir de quel seuil d'utilisation votre bouteille consignée cesse d'être plus écologique qu'une simple bouteille jetable.
Réaliser une ACV : par où commencer ?
Se lancer dans une Analyse de Cycle de Vie nécessite avant tout de clarifier son objectif et le niveau de précision attendu. Selon les cas, l’étude peut viser un diagnostic interne, une comparaison de scénarios, une démarche d’éco-conception ou encore une communication externe encadrée.
La réalisation d’une ACV repose ensuite sur l’utilisation d’outils spécialisés (comme SimaPro, GaBi ou OpenLCA), ainsi que sur l’accès à des bases de données environnementales (Ecoinvent, Base Empreinte®, Agribalyse…). Ces outils permettent de modéliser le cycle de vie, de structurer l’inventaire et d’appliquer les méthodes de caractérisation.
Au-delà des outils, la qualité de l’analyse dépend fortement des choix méthodologiques réalisés (périmètre, unité fonctionnelle, hypothèses, allocations…) ainsi que de la qualité des données collectées. C’est pourquoi il est souvent pertinent de se faire accompagner, en particulier pour une première étude ou pour des enjeux stratégiques.
WeCount accompagne les entreprises dans la réalisation d’ACV carbone (empreinte carbone produit), en combinant expertise méthodologique et plateforme de comptabilité carbone. L’objectif : structurer les analyses, fiabiliser les résultats et identifier des leviers d’action cohérents avec la stratégie de décarbonation.
Quelle est la différence entre ACV et empreinte carbone produit ?
L'ACV multicritère évalue différents impacts environnementaux (climat, eau, biodiversité, ressources, toxicité…) selon les normes ISO 14040/14044. L'empreinte carbone produit (ou ACV carbone / Product Carbon Footprint) est une ACV simplifiée qui se concentre uniquement sur les émissions de GES (CO₂e) selon la norme ISO 14067. L'ACV est plus complète mais plus coûteuse et longue.
L'ACV est-elle obligatoire pour les entreprises ?
Non, l'ACV n'est pas obligatoire en tant que telle. En revanche, l'affichage environnemental (basé sur une ACV simplifiée ou complète) est en cours de déploiement progressif pour certains secteurs (textile, agroalimentaire, cosmétique, ameublement). Certains écolabels et certifications exigent également une ACV.
Combien de temps faut-il pour réaliser une ACV ?
Cela dépend de la complexité du produit et du niveau de détail. Comptez au minimum 1 à 2 mois pour une ACV carbone simplifiée, 6 à 9 mois pour une ACV multicritère complète, et 9 à 12 mois si elle inclut une vérification tierce partie pour certification.
Peut-on réaliser une ACV en interne ?
Oui, si vous avez les compétences et les outils (logiciel d'ACV, bases de données). Cela nécessite une formation préalable et du temps. Pour une première ACV, il est souvent recommandé de se faire accompagner par un bureau d'études ou un consultant spécialisé pour garantir la rigueur méthodologique.
Quels sont les logiciels d'ACV les plus utilisés ?
Les logiciels les plus courants sont SimaPro (le plus utilisé), GaBi (très complet, orienté industrie) et OpenLCA (open source). Ils nécessitent tous une formation et l'accès à des bases de données d'inventaire (Ecoinvent, Base Empreinte®, Agribalyse). Il existe également des outils spécialisés pour une ACV carbone comme celui de Wecount.
L'ACV peut-elle être utilisée pour comparer deux produits ?
Oui, à condition que les deux produits remplissent la même fonction (même unité fonctionnelle) et soient évalués avec la même méthodologie et les mêmes hypothèses. Les normes ISO imposent une rigueur stricte pour garantir la comparabilité.