Les propositions d’actions développées dans ce document font suite au travail collectif de 8 établissements du site Lyon-Saint-Étienne qui se sont formés aux enjeux climatiques, ont réalisé leur bilan carbone et initié leur stratégie RSE (Responsabilité sociétale et environnementale).
Le contenu du guide
👉 Retrouvez dans ce guide :
Le bilan d’émissions de gaz à effet de serre consolidé des établissements
Les préconisations pour réduire son empreinte carbone et piloter sa stratégie climat
Des conseils pour la conduite du changement dans les établissements de l'enseignement supérieur
Les préconisations pour intégrer les enjeux écologiques dans la formation
Ce document synthétise les recommandations de 8 établissements de l’enseignement supérieur pour décarboner leur secteur
Les propositions d’actions développées dans ce document font suite au travail collectif de 8 établissements du site Lyon-Saint-Étienne qui se sont formés aux enjeux climatiques, ont réalisé leur bilan carbone et initié leur stratégie RSE (Responsabilité sociétale et environnementale).
Ce document dresse donc un bilan de cette première étape importante et permet de mettre en regard les résultats des différents établissements participants : le Crous de Lyon, l’École nationale d’ingénieurs de Saint-Étienne (ENISE), l’École normale supérieure de Lyon (ENS de Lyon), l’École nationale des travaux publics d’État (ENTPE), l’Université de Lyon (UdL), l’Université Claude Bernard Lyon 1, l’Université Jean Monnet Saint-Étienne et VetAgro Sup.
Ces établissements poursuivent l’élaboration et l’actualisation de leur démarche RSE pour aller au-delà de ce volet initial et envisager une stratégie englobant l’ensemble des activités des établissements. En effet, l’enseignement supérieur est un secteur clé pour former les prochaines générations aux grands enjeux de demain, notamment écologiques, et les préparer à relever les défis auxquels ils feront face.
Compte tenu de la diversité des enjeux du secteur et de la richesse du monde de l’enseignement supérieur, ces propositions ne représentent pas un mode d’emploi ou la vision de chaque établissement. Elles ont vocation à alimenter les réflexions au sein du milieu de l’enseignement supérieur et des autres établissements.
Pourquoi cette volonté d’agir ?
De plus en plus d’établissements de l’enseignement supérieur accélèrent leur engagement sur le climat. Compte tenu de leur rôle central dans nos sociétés, la plupart de leur écosystème les incite à agir : pouvoirs publics, personnel et étudiants.
Selon une récente étude de Carbone 4, l’empreinte carbone moyenne d’un Français en 2019 est de 9,9tCO₂e. Cette empreinte est découpée en plusieurs parties qui concernent sa consommation personnelle (je me déplace, je mange, je me loge et j’achète), auxquelles s’ajoutent 1 400 kgCO₂e/an qui sont associés à la dépense publique, que ce soit pour l’administration et la défense (32 %), l’enseignement (31 %), la santé (16 %)
ou les infrastructures (14 %).
Diminuer les émissions de l’enseignement supérieur, c’est donc baisser les émissions de chaque individu. Pour limiter le réchauffement climatique à 2°C par rapport à l’âge pré-industriel, l’empreinte carbone d’un individu doit être réduite à un maximum de 2 tonnes d’ici 2050.
Enfin, pour répondre aux enjeux de la transition bas carbone de nos sociétés, la formation des générations futures est cruciale. Les établissements de l’enseignement supérieur ont donc un rôle très important à jouer pour former et inciter les nouvelles générations à contribuer à la lutte contre le dérèglement climatique.
Empreinte carbone moyenne en France 2019 (Source : MY CO2)
Bilan d’émissions de gaz à effet de serre consolidé
Bilan d'émissions de gaz à effet de serre consolidé
Ce graphique correspond à une moyenne pondérée de 6 bilans carbone des structures de l’enseignement supérieur ayant participé à la réalisation de ce document*.
Ces bilans ont été réalisés dans le cadre d’une Promotion Climat dédiée à l’enseignement supérieur et suivant la méthodologie de l’Association Bilan Carbone.
Les bilans couvrent les scopes 1, 2 et 3.
Le scope 1 correspond aux émissions directes des structures, comme le chauffage des bâtiments au gaz.
Le scope 2 représente les émissions indirectes liées à la consommation d’électricité (ex. chauffage électrique).
Enfin, le scope 3 correspond aux émissions indirectes amont et aval, comme les déplacements domicile-travail (aussi bien des étudiants que des salariés), les déplacements professionnels et étudiants, l’alimentation et les équipements informatiques.
* L’Ecole Nationale d’Ingénieurs de Saint-Etienne (ENISE), l’Ecole Normale Supérieure de Lyon ,l’Ecole Nationale des Travaux Publics de l’Etat (ENTPE), Université Claude Bernard Lyon 1, l’Université Jean Monnet de Saint Etienne et VetAgro Sup.
Les préconisations pour réduire son empreinte carbone et piloter sa stratégie climat
Comment collecter les données pour son bilan carbone ?
Le premier conseil concernant la réalisation du bilan carbone est de le réaliser soi-même. C’est en bénéficiant de cette première expérience qu’on pourra comprendre les activités à l’origine de ses émissions et commencer à identifier les premières pistes de réduction.
Une fois ce premier bilan réalisé, il sera plus facile d’automatiser au maximum la collecte des données nécessaires à la réalisation du bilan carbone afin de pouvoir le mettre à jour chaque année sans effort.
Par exemple, pour les achats, vous pouvez suivre des informations comme le poids carbone ou le flux physique des produits et
intégrer cette information aux marchés lors des consultations.
Le bilan carbone est un exercice itératif et l’objectif est d’affiner son analyse d’une année sur l’autre s’il n’est pas assez précis. Cela peut passer par :
Une collecte plus fréquente des indicateurs, par exemple mensuellement pour les données d’énergie, afin de pouvoir suivre un plan d’action précis.
Une méthodologie de collecte de données plus précise pour certaines catégories d’émissions. On peut par exemple passer de données estimées à des données réelles, collectées via des factures ou des questionnaires, ou encore choisir d’utiliser des ratios physiques plutôt que des ratios monétaires.
En parallèle de la collecte des données, il est fortement conseillé d’avoir un document expliquant la méthodologie utilisée afin de pérenniser la connaissance et d’améliorer la démarche d’une année sur l’autre. Il est également possible d’impliquer plus de personnes dans le projet.
Entre les établissements, des indicateurs communs peuvent être définis afin d’avoir des ordres de grandeur et de pouvoir se comparer (ex : km parcourus et modes de transports pour des conférences par le personnel de recherche).
Dans le cadre de la Promotion Climat réunissant les 8 établissements de l’Enseignement Supérieur, la plateforme de comptabilité carbone WeCount a été utilisée pour faciliter la collecte des données et l’analyse des résultats.
Les déplacements
Les déplacements professionnels
Ce paragraphe concerne les déplacements réalisés par le personnel de l’établissement, et plus particulièrement les déplacements des chercheurs et doctorants. L’établissement peut réaliser un état des lieux de la mobilité. Les graphiques ci-dessous montrent la répartition des modes de transport en fonction de la distance parcourue et de leur impact carbone.
* Basé sur les données moyennes des participants à la Promotion Climat.
L’avion reste encore trop souvent la solution de facilité pour les trajets professionnels. Plusieurs propositions ont été émises par les participants de la Promotion Climat pour réduire l’impact du transport professionnel :
Inciter à avoir recours aux mobilités durables
Le train peut être privilégié pour tout le personnel pour les déplacements nationaux. La direction peut soutenir cette nouvelle habitude, en la promouvant auprès des permanents et en soutenant financièrement le surcoût éventuel. Une Charte de voyage responsable peut être mise en place et validée par les différentes unités.
Dissuader les personnes de prendre l’avion à travers des actions de sensibilisation.
L’établissement doit être en mesure d’expliquer l’impact carbone des déplacements et de présenter ses résultats par département, en se comparant si possible à d’autres établissements. Une analyse poussée peut permettre la mise en place d’une carte
des déplacements les plus fréquents et donner ainsi un aperçu de leur poids dans le bilan carbone global de l’établissement.
À l’échelle individuelle, il faut communiquer systématiquement sur l’impact carbone d’un voyage. Pour cela, il est possible d’intégrer directement sur les outils de réservation l’affichage de l’impact carbone
Modifier nos habitudes
Enfin, les métiers peuvent-ils se réinventer et être valorisés autour d’autres valeurs que celle des déplacements internationaux ? On voit apparaître à la suite de la pandémie du Covid-19 de nouveaux formats de colloques à distance, et une multiplication des coopérations françaises et européennes. Ces démarches peuvent être encouragées car elles se révèlent très efficaces dans la réduction de l’impact carbone des déplacements.
Un quota durée/séjour pour les vols internationaux
L’idée est d’aligner le temps de présence sur place d’un voyage par rapport à l’impact du trajet. L’objectif de cette proposition est d’inciter les salariés à ne se déplacer qu’en cas de nécessité réelle. Le principe est de se dire que plus la destination est éloignée,
plus le salarié devra rester longtemps sur place.
Cette initiative permet d’imposer une contrainte sur la durée pour éviter une suite de déplacements courts, fortement carbonés, sans pour autant interdire les déplacements carbonés jugés les plus nécessaires.
Les déplacements étudiants
Les idées qui suivent concernent les déplacements des étudiants pour les stages et les semestres à l’étranger. Certaines idées peuvent aussi agir sur les critères de diplomation pour certains établissements. Actuellement les étudiants sont incités à voyager, notamment si leur établissement est en partenariat avec une université étrangère.
La collecte des informations pour cette catégorie d’activité est encore difficile pour certains établissements. Cependant, de nombreuses propositions ont été émises,
comme celle d’instaurer, comme l’a fait l’INSA de Lyon, un quota carbone, en tonne de CO2. Ainsi, un étudiant souhaitant réaliser un vol au-delà du quota autorisé devra justifier son déplacement en réalisant un dossier détaillant ses motivations.
D’autres propositions ont été discutées comme une aide financière au train en Europe, la limitation à un déplacement hors Europe sur l’ensemble de la scolarité ou la mise en place d’un quota durée/séjour comme décrit dans la section précédente.
Les déplacements domicile-travail
Les idées qui suivent concernent les déplacements domicile-travail des étudiants et des salariés.
L’établissement peut permettre une transition vers des modes de transport bas-carbone. Ci-dessous une liste d’actions non exhaustive pour propager la mobilité douce :
Réaliser une enquête mobilité domicile-travail pour prioriser les actions à mener ;
Mettre en place des garages sécurisés pour les vélos et trottinettes, mais aussi des douches et vestiaires ;
Promouvoir les transports en commun et le covoiturage ;
Collaborer entre établissements ou structures voisines pour s’adresser aux collectivités locales et appuyer la densification ou la création de transports en commun ;
Adapter les horaires de présence des étudiants aux transports en commun ;
Les bâtiments et l’énergie sont les premiers postes d’émissions de gaz à effet de serre pour les établissements. Les rénovations sont coûteuses et il est difficile d’en voir les bénéfices à court terme. Par exemple, on peut avoir tendance à privilégier une diminution du budget d’investissement pour financer l’augmentation des coûts de l’énergie. Néanmoins, il existe plusieurs bonnes pratiques, citées ci-dessous, à mettre en place dans ce domaine :
Se diriger vers la sobriété énergétique
On peut dans un premier temps changer nos habitudes d’usage, par exemple en diminuant le chauffage dans les couloirs et les halls ou encore en baissant la climatisation. Ensuite, il s’agit de moderniser les équipements par des modèles moins consommateurs.
Enfin, il peut s’agir de consommer autrement, par exemple en investissant dans une climatisation adiabatique. Cette dernière consomme dix fois moins d’énergie que les climatisations classiques tout en n’émettant pas de GES.
L’optimisation des locaux
Plutôt que de construire de nouveaux locaux, il serait plus intéressant de mutualiser une aile ou l’étage d’un bâtiment, voire de réduire les surfaces. En effet, le taux d’occupation des locaux peut être optimisé dans la plupart des bâtiments en étudiant le regroupement de plusieurs équipes avec la possibilité d’avoir des horaires flexibles. Une autre idée est de revoir le calendrier d’utilisation des bâtiments afin d’identifier les périodes de l’année où ces derniers peuvent être mis à disposition d’autres équipes.
Changer de source d’énergie
Il est possible de choisir un fournisseur d’énergie renouvelable ou de produire soi-même son électricité via l’installation de panneaux solaires. D’autres établissements ont choisi d’intégrer un réseau de chaleur en délaissant l’approvisionnement en gaz, et ainsi de baisser leur empreinte.
Favoriser la rénovation des bâtiments
Pour favoriser l’efficacité énergétique des bâtiments, il est indispensable de réaliser des rénovations. Il existe plusieurs aides financières à la transition bas carbone et notamment pour les rénovations énergétiques. Il est donc conseillé de réaliser une veille sur ces sujets et de les partager entre établissements.
Par ailleurs, les départements concernés peuvent lister des projets prêts à être lancés, afin d’anticiper les besoins et de comparer les devis. De même, les ordres de grandeur des coûts de rénovation peuvent être partagés entre établissements pour qu’ils puissent
rapidement chiffrer un projet et ainsi bénéficier des subventions.
Mutualisation du patrimoine
Il est aussi possible de mutualiser des équipements sportifs, par exemple, en partenariat avec les collectivités locales, même si cela implique un partenariat potentiellement plus complexe.
L’alimentation
Ce paragraphe concerne l’alimentation du personnel et des élèves dans les établissements de l’enseignement supérieur. À titre d’exemple, nous utiliserons la répartition des repas d’un restaurant universitaire pour aborder l’impact de l’alimentation dans l’enseignement supérieur.
Un repas comprenant du bœuf a une empreinte carbone plus de 10 fois supérieure à celle d’un repas végétarien Les protéines animales, notamment le bœuf, restent néanmoins très présentes dans les restaurants universitaires.
D’autres critères sont également à prendre en compte lorsque l’on s’intéresse à l’empreinte carbone de l’alimentation : saisonnalité, mode de préparation des aliments ou encore gestion des déchets alimentaires. Vous trouverez ci-dessous une liste non exhaustive de propositions permettant de minimiser l’impact carbone de l’alimentation dans votre établissement.
Faciliter la végétalisation des repas
Favoriser les repas moins carnés. Dans les restaurants universitaires, il peut pour cela s’avérer nécessaire de former les cuisiniers à la préparation de protéines végétales et de résoudre les questions logistiques liées à leur préparation (temps de cuisson plus longs...). Pour les repas apportés par le personnel et les étudiants, il serait intéressant de proposer des idées de recettes végétariennes pour faciliter la transition bas carbone
de l’alimentation.
Bannir les couverts/verres/assiettes jetables
Depuis la crise du covid-19, certains restaurants universitaires proposent des repas à emporter. Généralement, ces repas se trouvent dans des barquettes en plastique. Il est pourtant indispensable de limiter au maximum les emballages à usage unique en
plastique dans la restauration. Pour remédier à l’usage du plastique, il est possible d’utiliser des matériaux biodégradables ou de demander aux étudiants d’apporter leurs contenants. Cette démarche va de pair avec la gestion des déchets d’un établissement.
Favoriser les achats responsables
Il est recommandé de proposer des produits de saison, locaux et issus d’une agriculture responsable. Dans les restaurants universitaires et les établissements de l’enseignement supérieur, il est aussi important de communiquer sur la provenance des produits afin de
sensibiliser le plus grand nombre.
Améliorer la gestion des déchets
Dans un premier temps, il faut diminuer la quantité de déchets dans la restauration. Pour cela, il est possible de faire un état des lieux sur la production de déchets de la restauration de votre établissement et mettre en place des moyens de sensibiliser au gaspillage.
Dans un second temps, le tri des déchets peut être mis en place dans les restaurants universitaires mais également dans les établissements. Par exemple en mettant un compost à disposition sur le campus.
La conduite du changement
La conduite du changement passe par des actions de convivialité. Modifier ses habitudes ne doit pas être associé à une restriction de libertés. Ainsi, les sujets peuvent être présentés positivement, à travers des actions de sensibilisation ou des activités collectives (ex : nudges, communication positive...).
Il est également conseillé de proposer des initiatives permettant de passer immédiatement à l’action, et ce sur un temps long, pour accompagner les personnes à modifier de manière durable leurs usages (ex : challenge de “Ma petite planète”, un challenge par équipe proposant des défis écologiques sur 3 semaines ou encore challenge mobilité incitant les salariés à venir au travail autrement que seuls dans leur voiture…).
Les changements structurels qui concernent les modalités de travail et les missions des postes seront plus faciles à accepter et à mettre en place si les idées viennent directement des salariés. Pour cela, les ateliers cités dans le paragraphe précédent sont autant de moyens permettant des changements profonds et volontaires de l’organisation.
Le changement ne pourra se réaliser que par une implication globale de tous les usagers de la structure et un portage politique fort de la direction. Il faut valoriser toutes les initiatives et partager entre les établissements les bonnes pratiques pour accélérer la transition.
Une gouvernance durable
Face à l’urgence climatique, le climat doit être inclus à tous les niveaux de l’organisation
Cela comprend :
Un portage politique : porté par la gouvernance (ex : vice-présidence) et une feuille de route claire.
Un mécanisme permettant de porter la voix des usagers auprès des instances de décision (ex : conseil d’administration, une personne dédiée aux enjeux climatiques...).
La mise en application de ces différentes approches est nécessaire à la transition bas carbone de l’établissement. En effet, la prise en compte de toutes les parties prenantes est la clef de réussite pour que la transition écologique devienne un axe fort de la stratégie court terme et long terme de l’établissement. Elles doivent être présentes tout au long de la démarche de réduction des émissions et être informées de la performance des actions.
L’établissement doit encourager & accompagner les bonnes idées et les initiatives spontanées
Pour cela, il faut inciter l’ensemble des usagers à faire des propositions pour accompagner la transition bas carbone de l’établissement et mettre en place les moyens nécessaires à leur réalisation. Par exemple, en mettant en place un système de communication égalitaire pour l’ensemble des parties prenantes (comités RSE, groupes de travail, boîtes à idées, ateliers, etc.) ou un référent dédié au suivi de la réalisation des projets. L’objectif de cette démarche est de laisser aux personnes un espace de liberté et de leur montrer que chacun peut être entendu. L’établissement doit pouvoir mettre en mouvement ces idées pour en faire des réalisations concrètes.
Le passage à l’action se fera également en partageant entre établissements des bonnes pratiques pour une transition écologique commune et ambitieuse.
Une politique de ressources humaines adaptées
La vision politique de l’établissement se traduit par un portage opérationnel et des ressources humaines dédiées. Les établissements ne possèdent pas toujours de poste spécifique au sujet de la transition bas carbone. En parallèle d’une embauche ou d’une création de poste, il existe d’autres actions à mener pour avoir une approche transversale et complémentaire :
Il est possible de s’appuyer sur des réseaux existants comme les communautés d’universités et d’établissements, le CIRSES*, le Collectif Labos 1point5 ou encore les réseaux étudiants et les différents réseaux d’acteurs (Cluster, Centres d’échanges et de ressources). L’adhésion à ces réseaux peut permettre d’engager des actions de formation, de partager les bonnes pratiques des établissements, et de développer des partenariats vertueux.
* Collectif pour l’Intégration de la Responsabilité Sociétale et du développement durable dans l’Enseignement Supérieur
Il est souhaitable de disposer au moins d’une ressource opérationnelle. Cette dernière pourra permettre, entre autre, de coordonner les actions avec des volontaires. C’est un point clef pour accélérer sur les sujets de la transition.
L’implication volontaire peut être valorisée et ce, par exemple, au cours de l’entretien annuel pour tout ce qui concerne l’intégration des enjeux écologique dans les missions et dans la vie au travail.
La transition bas carbone est le sujet de tous. Il est donc intéressant d’inscrire les enjeux climatiques dans les fiches de poste au même titre que d’autres missions.
En continuité avec le point précédent, les objectifs personnels doivent inclure des objectifs climat, ou a minima une appréciation sur l’engagement de la personne (ex : “Comment l’agent a-t-il participé aux actions écologiques cette année ?”). Ainsi, un temps dédié à l’atteinte de cet objectif est alloué, notamment pour les postes en lien direct avec les enjeux principaux de l’établissement.
Certains établissements ont proposé aux étudiants de travailler sur ces sujets à travers un stage ou un projet d’étude.
L’important est de donner envie d’agir. Pour cela, il est nécessaire dans un premier temps de former le personnel et le corps enseignant aux enjeux de la transition écologique (ex : Fresque du Climat au cours de la journée du personnel, présentation de la feuille de route transition écologique à la prérentrée) afin qu’ils puissent s’emparer de ces sujets. Pour compléter ces actions de sensibilisation, l’établissement peut communiquer auprès de tous les agents sur son bilan carbone.
Bien que toutes les solutions précédentes puissent faire avancer les sujets bas carbone, toute politique et tout plan d’action ambitieux devront se traduire par des moyens humains adaptés.
L’impact carbone, un outil d’aide à la décision
Quand une situation avec des injonctions contradictoires se présente (ex : augmentation des effectifs étudiants et diminution de l’empreinte carbone), il est conseillé de mener des actions collectives et d’instaurer une communication entre plusieurs établissements concernés par cette problématique et le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la
Recherche et de l’Innovation (MESRI, le réseau des Crous) ou la Commission des Titres d’Ingénieur (CTI).
Au sein d’un établissement, la prise de décision peut être facilitée grâce au bilan carbone qui permet de disposer d’ordre de grandeur entre les différentes catégories d’émissions et d’identifier les postes les plus émetteurs. Ainsi, la stratégie de l’établissement pourra se concentrer sur les sites ou les profils les plus émetteurs.
Pour les futurs projets à arbitrer, il est possible d’intégrer un prix interne du carbone. Ce nouvel indicateur peut être un outil puissant d’aide à la décision. Par exemple, il est possible de simuler l’ajout au budget d’un projet d’un coût de 50€ la tonne de CO2 et d’étudier ainsi sa durabilité si une telle taxe venait à être mise en place.
Les préconisations pour intégrer les enjeux écologiques dans la formation
Les différents moyens d’intégrer les enjeux écologiques dans la formation
Il n’y a pas une façon unique d’intégrer les enjeux écologiques dans la formation, les possibilités sont multiples.
Le format d’intégration
Des actions ponctuelles, comme par exemple : mettre en avant les enjeux écologiques lors des cycles de conférences ou d’une rentrée climat. Cela peut être un premier pas lorsque l’établissement possède peu de moyens.
Une intégration systématique dans chaque matière, afin d’intégrer un volet sur les enjeux écologiques dans tous les cours et les modules de formation. Par exemple avec la création de nouvelles unités d’enseignement pour intégrer un module de formation supplémentaire sur les enjeux écologiques.
Le plus ambitieux : une refonte du programme pédagogique complet afin de l’adapter aux enjeux écologiques.
Le contenu
Pour toutes les formations, il est indispensable de mettre l’accent sur la partie théorique des enjeux écologiques (fonctionnement du système climatique, ordres de grandeur...), avec des modules de formations généralistes sur les enjeux climat/énergie, la biodiversité, la gestion de l’eau, des déchets...
Pour des formations spécifiques, il faut ajouter à cela une formation opérationnelle à la transition écologique, appliquée à la discipline enseignée :
Former à l’utilisation des outils comme l’Analyse de Cycle de Vie, le bilan carbone, l’inventaire de biodiversité, pour les étudiants ingénieurs.
Enseigner la réglementation sur les enjeux écologiques et son historique pour les étudiants en droit.
Apprendre à communiquer de manière pertinente sur ce sujet en évitant le greenwashing pour les étudiants en communication.
Prendre en compte la durabilité des matières premières et des usages pour les étudiants en design.
Revoir la durabilité des business models et la raison d’être des entreprises, et quels peuvent être leur impacts positifs dans une société aux ressources limitées pour les étudiants en école de commerce.
Ces propositions sont bien sûr non exhaustives et non exclusives.
Afin de lever les éventuelles résistances au changement du corps enseignant concernant l’intégration des enjeux écologiques dans la formation, la première étape est de sensibiliser, informer et impliquer les enseignants, afin qu’ils intègrent la démarche de changement. La sensibilisation peut être réalisée à l’occasion d’événements ponctuels, de séminaires attractifs, de rentrées climat, ou encore de formations.
La sensibilisation des enseignants sera d’autant plus réussie et perçue comme légitime si l’établissement fait preuve d’exemplarité en termes d’engagement environnemental et s’il a une politique de transition écologique forte (ex : réduction de la consommation énergétique, baisse du nombre de déplacements aériens, tri des déchets).
Enfin, si cette sensibilisation ne porte pas ses fruits, une réflexion sur les maquettes pédagogiques pourraient être envisagées pour intégrer les enjeux écologiques dans de nouveaux cadres.
Faciliter le travail des enseignants
Intégrer les enjeux écologiques dans les enseignements nécessite un véritable travail de réflexion sur le contenu des cours et de leurs objectifs, ce qui demande une sollicitation forte de la part des enseignants, en termes de compétences et de connaissances.
Des outils existent pour faciliter le travail des enseignants :
S’appuyer sur des organismes externes pour accompagner à l’adaptation des enseignements (Campus de la Transition, UVED, Enseignants de la Transition, enseignerleclimat.org...).
Aborder les mêmes éléments d’enseignement mais sous un autre angle. Ainsi, cela permet de capitaliser sur l’existant et les connaissances des professeurs, et de réduire l’investissement en temps et en énergie requis pour changer une maquette de cours entière (la maquette pédagogique étant assez rigide, et son changement nécessitant un lourd portage administratif).
Les établissements peuvent également prendre la responsabilité de mettre en place des actions qui permettront une meilleure transition pour les enseignant :
Mise en place de groupes de travail tripartites regroupant des enseignants, des chercheurs, et des étudiants. Des entreprises peuvent être associées à la démarche.
Afin de favoriser l’implication des étudiants, notamment sur la durée, il est primordial que cet engagement soit reconnu (par des crédits ECTS, une compensation...).
Partage des bonnes pratiques pédagogiques en termes d’intégration des enjeux écologiques dans les enseignements, au sein des établissements mais aussi entre eux.
Les écoles et universités peuvent collaborer pour faciliter une intégration globale :
Partager des modules de formation avec d’autres universités ou écoles, afin de mutualiser le travail réalisé sur l’intégration des enjeux écologiques dans la formation. Parfois des synergies existent déjà entre établissements. Dans le cas où des établissements proches sont plutôt en concurrence, ou cherchent à se différencier les uns des autres, il s’agira de mutualiser les modules de formation avec des établissements aux disciplines très différentes : cela pourra permettre d’éviter à la fois l’écueil concurrentiel, mais aussi d’aborder ces enjeux avec un nouveau prisme, enrichissant à la fois pour les étudiants et les enseignants.
Conclusion
Les enjeux écologiques doivent trouver leur place dans la formation afin d’initier et d’appuyer les initiatives allant dans ce sens. Pour permettre cet engagement et
favoriser la mise à l’ordre du jour de ce sujet, les équipes des établissements de l’enseignement supérieur peuvent s’appuyer sur différents éléments :
La compétition entre les établissements, qui va se jouer de plus en plus sur le champ de l’écologie.
Les attentes, souvent fortes, des parties prenantes sur ces sujets. Outre les étudiants et le personnel, certaines entreprises partenaires des établissements, des recruteurs, parlent de plus en plus de RSE et deviennent friands de compétences sur ces sujets. Ainsi, il faut concerter les étudiants et les recruteurs pour mettre en lumière l’importance stratégique de l’intégration des enjeux écologiques dans la formation.
L’intégration dans une démarche bas carbone globale, qui ne doit pas s’arrêter à la réalisation d’un bilan carbone mais qui comprend aussi une stratégie climat, révisée régulièrement.
Les établissements peuvent donc :
Établir un plan d’action pour intégrer les enjeux écologiques dans la formation. Le plan dépendra des ambitions de la direction en termes d’intégration des enjeux écologiques dans la formation, et de la pertinence du degré de cette intégration en fonction du cursus suivi par les étudiants. En effet, des étudiants en langues étrangères ne devront pas nécessairement être formés aux enjeux écologiques de la même manière que des étudiants en cursus d’ingénieur ou d’école de commerce.
Adapter les ressources humaines en fonction de l’ambition de ce plan. Il est possible de dédier officiellement du temps à certaines personnes déjà en poste pour mener à bien ce chantier.
De plus, les établissements de l’enseignement supérieur peuvent s’appuyer sur de nombreuses ressources et réseaux pour mener la transformation de leurs enseignements : associations étudiantes, Shift Project, associations d’alumni...
Sorti en février 2022, il accompagne les opérateurs de l’enseignement supérieur dans la mise en oeuvre opérationnelle de l’intégration des enjeux écologiques dans la formation. De plus, il témoigne de la volonté gouvernementale d’avancer dans ce sens.
Il permet d’accompagner les acteurs de l’enseignement supérieur dans la transition écologique grâce à des outils et pratiques innovants.
Merci aux structures participantes :
Le CROUS de Lyon • L’Ecole Nationale d’Ingénieurs de Saint-Etienne (ENISE) • L’école Normale Supérieure de Lyon • L’Ecole Nationale des Travaux Publics de l’Etat (ENTPE) • L’Université de Lyon (UDL) • Université Claude Bernard Lyon 1 • L’Université Jean Monnet de Saint-Etienne • VetAgro Sup
Merci également aux experts ayant participés au programme :
Amélie Deloche de Pour un réveil écologique • Damien Amichaud du Shift Project • Elise Bunel du label DD&RS • Fanny Picard de Meilleur Demain • Hélène Dano d’Ecologeek • Marie Cavaniol de RESES • Pierre Peyretou de l’ESCP • Solène Dailloux et Florent Haffner du Campus de la Transition • Timothée Quellard d’Ekodev
Vous souhaitez accélérer la transition climat et esg de votre entreprise ?
L'enseignement supérieur en France, c'est 3 500 établissements et plus de 2,8 millions d'étudiants.
Face aux enjeux du dérèglement climatique, l’enseignement supérieur a un double rôle :
🌍 Contribuer à la décarbonation générale de notre société en réduisant les émissions de CO2e de ses établissements,
🎓 Former et sensibiliser les étudiants, professionnel·le·s de demain aux enjeux énergie-climat aujourd'hui.
Dans ce contexte, comment le supérieur peut-il contribuer à la décarbonation ? Comment passer à l’action à l’échelle de votre établissement ?
Au programme :
Présentation du "Plan climat-biodiversité et transition écologique" porté par le MESR
Le label DD&RS : rappel des enjeux et articulation avec la stratégie de décarbonation d'un établissement par le CIRSES
Retour d'expérience de l'INSA, L'Université de Lyon et l'EDHEC sur leur plan de décarbonation
Lancement de l’outil de sensibilisation climat pour les étudiants créé par l'ABC et WeCount
Ce sera également l’occasion de présenter les programmes collectifs d’accompagnements à la réalisation du bilan carbone et de la stratégie climat organisés par WeCount, et dédiés aux établissements d’enseignement supérieur et recherche.
Chaque jour, vos choix et activités en tant qu'étudiant contribuent à votre empreinte carbone globale. Mais quelle est l'ampleur de cette contribution ? Grâce à notre questionnaire rapide et intuitif, découvrez en seulement cinq minutes vos émissions de CO2e annuelles liées à votre vie étudiante.
Mesurer mon empreinte
Prendre conscience est le premier pas vers un changement significatif. En comprenant votre propre impact, vous pouvez commencer à intégrer des pratiques plus durables dans votre quotidien. L'outil de WeCount est conçu pour vous guider à travers ce processus de découverte et d'apprentissage.
Et pour cause, un jean, un smartphone, une bouteille de shampoing : chaque produit génère des émissions de gaz à effet de serre et vient impacter le bilan carbone de chaque individu. Les entreprises qui prennent les devant et jouent la carte de la transparence ont aujourd’hui un avantage de taille.
L'empreinte carbone produit est devenue un outil stratégique pour les entreprises qui souhaitent éco-concevoir leurs produits, répondre aux exigences réglementaires et se différencier sur leur marché.
Dans cet article, on vous explique ce qu'est l'empreinte carbone d'un produit, comment la calculer, comment la réduire concrètement, et comment l'intégrer dans votre stratégie climat globale.
L'empreinte carbone produit en résumé :
Une approche 360 : L'empreinte carbone produit mesure les émissions de GES sur l'ensemble du cycle de vie d’un produit (matières premières, fabrication, transport, utilisation, fin de vie). Le bilan carbone entreprise lui se concentre sur la mesure des émissions générées par une entreprise sur une année.
Focus climat vs vision multicritère : L'empreinte carbone produit se concentre uniquement sur les émissions de CO₂e, tandis qu'une ACV complète évalue également d’autres impacts environnementaux (eau, biodiversité, ressources, toxicité, acidification…).
Un levier stratégique pour les entreprises : Mesurer l'empreinte carbone de ses produits n’est pour le moment pas obligatoire en Europe. En revanche, les choses commencent à bouger. Les entreprises opérant dans le textile en France sont d'ores et déjà concernées par le décret n°2025-957 du 6 septembre 2025 encadrant l'affichage volontaire du coût environnemental. Par ailleurs, les entreprises qui communiquent sur leurs engagements environnementaux devront se conformer à la directive Empowering Consumers for the Green Transition (ECGT) dès septembre 2026.
Une méthodologie rigoureuse encadrée par des normes : Le calcul repose sur des normes internationales (ISO 14067, GHG Protocol Product Standard) et nécessite de définir une unité fonctionnelle, cartographier le cycle de vie, collecter des données précises et appliquer des facteurs d'émission adaptés.
Des actions concrètes pour réduire l'impact : Éco-conception, choix des matières premières, optimisation de la fabrication, réduction des transports, allongement de la durée de vie, amélioration de la recyclabilité... Les leviers sont nombreux et doivent être priorisés selon leur impact réel.
Qu'est-ce que l'empreinte carbone d'un produit ?
Définition simple
L'empreinte carbone d'un produit (aussi appelée Analyse de Cycle de Vie carbone ou Product Carbon Footprint en anglais) mesure la quantité totale de gaz à effet de serre émise sur l'ensemble du cycle de vie d'un produit ou d'un service, exprimée en kilogrammes de CO₂ équivalent (kgCO₂e ou tCO₂e).
Concrètement, cela signifie qu'on comptabilise toutes les émissions générées depuis l'extraction des matières premières jusqu'à la fin de vie du produit, en passant par sa fabrication, son transport, son utilisation et son recyclage ou sa destruction.
L'analyse du cycle de vie, de l'extraction des matières premières à la gestion de sa fin de vie, source wecount.io
☝️ Exemple : Pour une bouteille de shampoing, on ne regarde pas seulement le produit en lui-même, mais aussi son utilisation : un lavage de cheveux. Cela inclut donc les matières premières (ingrédients, plastique de la bouteille), la fabrication du shampoing, l'emballage et l'étiquetage, le transport jusqu'au point de vente, la distribution du point de vente jusqu’à chez la personne, l'utilisation (eau chaude pour se laver les cheveux), la fin de vie (recyclage de la bouteille, traitement de l'eau usée).
Différence entre empreinte carbone produit et empreinte carbone entreprise
Avant d’aller plus loin, il est essentiel de bien distinguer ces deux approches, car elles ne mesurent pas la même chose :
Critère
Empreinte carbone entreprise (Bilan Carbone®)
Empreinte carbone produit (ACV carbone)
Périmètre
Une organisation (entreprise, collectivité)
Un produit ou service spécifique
Temporalité
Une année donnée (ex : 2024)
Tout le cycle de vie du produit (sans limite temporelle)
Objectif
Mesurer l'impact global de l'organisation
Mesurer l'impact d'un produit spécifique
Scopes
Scopes 1, 2, 3 de l'organisation
Toutes les étapes du cycle de vie du produit
Différence entre empreinte carbone produit et ACV
Quelques éléments pour vous permettre de distinguer les deux :
Une Analyse du Cycle de Vie (ACV) est une méthodologie normée (ISO 14040 et 14044) qui évalue les impacts environnementaux d'un produit ou service sur l'ensemble de son cycle de vie. Elle est multicritère et ne se limite pas au climat, mais mesure plusieurs impacts environnementaux (épuisement des ressources, consommation d'eau, acidification, eutrophisation, toxicité, occupation des sols, appauvrissement de la couche d'ozone, etc.).
L'empreinte carbone produit (aussi appelée ACV carbone ou Product Carbon Footprint en anglais) est une ACV simplifiée qui se concentre sur un seul indicateur : les émissions de gaz à effet de serre (exprimées en CO₂e). Elle suit la même logique que l'ACV (approche cycle de vie complet), mais ne regarde que l'impact climatique.
✨Notre conseil : Si votre priorité est de mesurer et réduire votre impact climat, l'empreinte carbone produit suffit. Si vous souhaitez une vision globale de tous les impacts environnementaux, optez pour une ACV complète.
Les principales normes et méthodologies
Le calcul de l'empreinte carbone produit est encadré par plusieurs normes et référentiels internationaux :
ISO 14067 : Norme internationale spécifique à l'empreinte carbone des produits (quantification et communication) ;
ISO 14040 et 14044 : Normes de référence pour l'Analyse de Cycle de Vie (ACV), qui servent de base méthodologique ;
GHG Protocol Product Standard : Référentiel international développé par le World Resources Institute (WRI) et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) ;
Bilan Carbone® Produit : Méthodologie française développée par l'ADEME et l'Association Bilan Carbone (ABC).
📝 À noter : L'ACV et l'empreinte carbone produit sont des méthodes très encadrées par des normes ISO et requièrent une grande rigueur, contrairement à des estimations rapides ou approximatives.
Pourquoi est-il intéressant de mesurer l'empreinte carbone de ses produits ?
Répondre aux exigences réglementaires
Plusieurs réglementations françaises et européennes imposent ou incitent à mesurer l'empreinte carbone des produits :
À l’échelle européenne
En mars 2023, la Commission Européenne présentait la directive Green Claims. Celle-ci était adoptée par le Parlement européen en mars 2024 et avait pour objectif d’encadrer les allégations environnementales en s'appuyant sur la méthodologie PEF. Entretemps, il y a eu un retour en arrière puisque cette initiative a été retirée en juin 2025.
Il reste à ce jour la directive ECGT (Empowering Consumers for the Green Transition), adoptée en mars 2024, et dont l’entrée en application dans les États membres est prévue pour septembre 2026. Cette dernière interdit entre autres les allégations génériques (« écologique », « vert ») et les labels « neutre en carbone » basés sur des compensations plutôt que sur des réductions réelles.
Zoom sur la France
La loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire, 2020) et la loi Climat et Résilience (2021) imposent progressivement aux entreprises de certaines filières (textile, agroalimentaire, hôtellerie) d'afficher l'impact environnemental de leurs produits.
En pratique, cela se traduit par un score, une étiquette ou un pictogramme apposé sur le produit ou sa fiche en ligne, informant le consommateur de l'impact carbone et environnemental du produit tout au long de son cycle de vie.
En France, il existe également le décret n° 2025-957 du 6 septembre 2025 qui encadre les modalités de calcul et de communication du coût environnemental des produits textiles. Ce n’est pas une obligation mais les entreprises peuvent choisir d’afficher le score de leurs produits sur leurs sites internet et/ou en magasin. Decathlon a par exemple choisi d’aller en ce sens, comme on peut le voir par exemple sur la fiche produit de ces chaussures de basketball.
Identifier les vrais leviers de réduction
Mesurer l'empreinte carbone de vos produits permet d'identifier précisément les étapes du cycle de vie les plus émettrices et de prioriser les actions de réduction les plus efficaces.
Quelles émissions sont prises en compte pour une analyse d'empreinte carbone produit ?
Les gaz à effet de serre couverts
L'empreinte carbone produit mesure l'ensemble des gaz à effet de serre (GES) émis, pas seulement le CO₂. Ces gaz sont convertis en CO₂ équivalent (CO₂e) selon leur pouvoir de réchauffement global (PRG).
Les principaux GES pris en compte sont :
CO₂ (dioxyde de carbone) : combustion d'énergies fossiles, déforestation
Gaz fluorés (HFC, PFC, SF₆) : réfrigération, climatisation, industrie électronique
📝 A noter : Le méthane est émis principalement par l’agriculture et la production des hydrocarbures. Selon le 6e rapport du GIEC, son pouvoir de réchauffement par contre serait entre 26 et 34 fois supérieur à celui du CO2 sur 100 ans.
Quel est le lien entre empreinte carbone produit et stratégie climat d'entreprise ?
Les deux approches sont complémentaires et s'inscrivent dans une stratégie climat globale.
Lien entre empreinte carbone produit et trajectoire de décarbonation
L'empreinte carbone produit est un outil clé pour définir et piloter votre trajectoire de décarbonation :
Fixer des objectifs produit par produit : Réduire de X% l'empreinte carbone de chaque produit d'ici 2030 ;
Piloter les actions d'éco-conception : Suivre l'évolution de l'empreinte carbone au fil des itérations de design ;
Mesurer les progrès : Recalculer l'empreinte carbone après chaque amélioration pour vérifier l'impact réel.
Lien entre empreinte carbone produit et neutralité carbone et SBTi
Le Science Based Targets initiative (SBTi) est un référentiel international pour valider que votre trajectoire de réduction est alignée avec l'Accord de Paris. L'empreinte carbone produit peut nourrir votre démarche SBTi en vous permettant de :
Quantifier les émissions scope 3 aval (utilisation et fin de vie de vos produits vendus) ;
Identifier les leviers de réduction produit par produit ;
Fixer des objectifs de décarbonation par gamme de produits.
📝 À noter : La SBTi impose de réduire vos émissions, pas de les compenser. L'empreinte carbone produit permet d'identifier où et comment réduire efficacement. La première étape pour une entreprise qui vise l’objectif Net Zero et souhaite contribuer à la neutralité carbone est de réduire ses propres émissions avant de réduire les émissions de sa chaîne de valeur ou de financer des projets de séquestration. Pour creuser le sujet, consultez notre article Science Based Targets Initiative (SBTi) : 5 étapes pour fixer sa trajectoire.
Comment calculer l'empreinte carbone d'un produit ?
Le calcul de l'empreinte carbone d'un produit suit une méthodologie rigoureuse en 5 étapes clés.
Étape 1 : Définir le périmètre et l'unité fonctionnelle
Avant de commencer, il faut définir précisément ce que l’on mesure.
L'unité fonctionnelle
L'unité fonctionnelle définit la fonction et la performance que le produit remplit. On ne mesure pas l'empreinte d'un objet en soi, mais celle de l'usage qu'on en fait. Cette unité fonctionnelle, cela va être ce à quoi le résultat est rapporté.
Exemples d'unités fonctionnelles :
Ampoule : "Fournir entre 500 et 900 lumens pendant 1000 heures" ;
Sac de courses : "Emballer 9000 litres de produits par an" ;
Voiture : "Transporter 5 personnes sur 200 000 km" ;
Shampoing : "Permettre 20 lavages de cheveux".
Le périmètre
Il faut également définir :
Quelles étapes du cycle de vie sont incluses (extraction, fabrication, transport, usage, fin de vie) ;
La zone géographique (produit vendu en France, en Europe, à l'international) ;
Les hypothèses d'utilisation (durée de vie, fréquence d'usage, conditions d'utilisation).
Étape 2 : Cartographier le cycle de vie
Une fois l'unité fonctionnelle définie, il faut cartographier toutes les étapes du cycle de vie du produit et identifier les flux entrants et sortants à chaque étape.
Fabrication : Mélange des ingrédients, mise en bouteille, étiquetage, énergie de l'usine ;
Emballage : Carton, film plastique, palette ;
Transport amont : Transport des matières premières vers l'usine ;
Transport aval : Transport du produit fini vers les points de vente ;
Distribution : transport du produit depuis les points de vente jusque chez les habitants ;
Utilisation : Eau chaude pour se laver les cheveux ;
Fin de vie : Recyclage de la bouteille, traitement de l'eau usée.
Étape 3 : Collecter les données d'inventaire
C'est l'étape la plus chronophage : il faut collecter chaque donnée d'activité vis-à-vis de l’unité fonctionnelle et pour chaque étape du cycle de vie.
Types de données à collecter :
Quantités de matières premières (kg, litres, unités) ;
Consommation d'énergie (kWh de gaz, électricité, fioul) ;
Distances et modes de transport (km en camion, train, bateau, avion) ;
Consommation d'eau (litres) ;
Déchets générés (kg de déchets, taux de recyclage).
Étape 4 : Appliquer les facteurs d'émission
Une fois les données collectées, il faut les convertir en émissions de CO₂e en appliquant des facteurs d'émission.
💡Bon à savoir : Sur la plateforme de comptabilité carbone WeCount, nous avons rassemblé 115K facteurs d’émission parmi 15 bases de données de référence (Base Empreinte, ecoinvent, Inies, Agribalyse, Defra, Ecobalyse, etc). L’idée est de vous faciliter la vie en centralisant un maximum de données. Pour en savoir plus, demandez une démo !
Plateforme de comptabilité carbone WeCount
Étape 5 : Analyser les résultats et identifier les leviers
Une fois tous les calculs réalisés, il faut analyser les résultats pour identifier les étapes les plus émettrices (on parle de points chauds carbone) et prioriser les actions de réduction.
Questions à se poser :
Quelles étapes du cycle de vie pèsent le plus dans l'empreinte totale ?
Quels sont les postes sur lesquels j'ai le plus de marge de manœuvre ?
Quelles actions de réduction auront le plus d'impact ?
Emissions GES produits selon le cycle de vie
Peut-on communiquer sur l'empreinte carbone d'un produit ?
Oui, communiquer sur l'empreinte carbone d'un produit est possible, voire encouragé, à condition de respecter certaines règles de transparence et de sincérité pour éviter le greenwashing.
Bonnes pratiques de communication environnementale
Être précis et transparent : Indiquez clairement le périmètre de l'empreinte carbone (tout le cycle de vie ou seulement certaines étapes), l'unité fonctionnelle, et la méthodologie utilisée ;
Afficher les chiffres : Communiquez l'empreinte carbone en kgCO₂e de manière claire et compréhensible. Évitez les formulations vagues comme "produit vert" ou "éco-responsable" sans données chiffrées ;
Comparer de manière honnête : Si vous comparez votre produit à un concurrent ou à une version antérieure, assurez-vous que la comparaison est juste et méthodologiquement cohérente (même périmètre, même unité fonctionnelle) ;
Reconnaître les limites : Soyez honnête sur les incertitudes, les hypothèses et les limites de votre calcul. Aucune empreinte carbone n'est parfaite, et reconnaître cela renforce la crédibilité ;
Accompagner d'actions concrètes : Ne communiquez pas uniquement sur le chiffre, mais aussi sur les actions de réduction que vous avez mises en place et vos engagements futurs.
Éviter le greenwashing et le greenhushing
Le greenwashing c'est le fait de communiquer de manière trompeuse ou exagérée sur les qualités environnementales d'un produit. Par exemple, n’affichez jamais "produit neutre en carbone". Pour mieux comprendre la raison, consultez notre article “Neutralité carbone : ce que cela signifie vraiment pour les entreprises.”
Le greenhushing, c'est le fait de ne pas communiquer sur ses efforts environnementaux par peur d'être accusé de greenwashing.
Quels outils utiliser pour réaliser une empreinte carbone produit ?
Pour réaliser une empreinte carbone produit, plusieurs options s'offrent à vous :
Tableur Excel (manuel) : Gratuit et flexible, le tableur Excel convient aux produits simples et permet de se familiariser avec la méthodologie. Cependant, il est chronophage, peut comporter des risques d'erreurs de calcul et manque de traçabilité automatique. Il peut être adapté pour un premier calcul exploratoire sur un produit simple.
Logiciels d'ACV spécialisés : Ils permettent d’avoir des calculs automatisés rigoureux avec bases de données intégrées (Ecoinvent) et conformité aux normes ISO. Ces outils offrent des analyses multicritères complètes, mais sont parfois coûteux (licences annuelles) et nécessitent une expertise ACV avec une courbe d'apprentissage élevée. Cela peut être adapté pour desACV complètes multicritères, certifications environnementales ou équipe dédiée.
Logiciel de comptabilité carbone : Cette option permet de collecter facilement les données, de garantir une robustesse méthodologique, d’avancer sereinement avec un outil facile à prendre en main mais aussi et surtout de piloter efficacement le passage à l’action (définir une trajectoire, quantifier les actions et simuler des scénarios, etc.).
Chez WeCount, notre plateforme de comptabilité carbone a été spécialement conçue pour les PME : intuitive, guidée, et accessible sans expertise préalable. Vous êtes accompagné à chaque étape, de la collecte à la publication de votre bilan. Envie d'une démo ? Contactez notre équipe.
Plateformes simplifiées et accessibles : Bilan Produit® (ADEME) et Ecobalyse (textile) sont des outils gratuits ou accessibles avec interface simplifiée et bases de données intégrées. Moins personnalisables et limités à certains secteurs, ils peuvent convenir aux calculs simplifiés et estimations rapides.
Comment WeCount accompagne les entreprises dans leur démarche d'analyse d'empreinte carbone produit ?
Analyser l’empreinte carbone d’un produit demande de mobiliser de nombreuses données (achats, transport, fabrication, usage…), souvent réparties entre plusieurs équipes. Sans outil structurant, la démarche peut vite devenir chronophage et difficile à piloter.
WeCount propose une approche combinant plateforme digitale et accompagnement méthodologique pour faciliter la réalisation d’une empreinte carbone produit.
Centraliser et réutiliser les données existantes : La plateforme de comptabilité carbone permet de s’appuyer sur les données déjà collectées dans le cadre du bilan carbone de l’entreprise. Les émissions peuvent être réorganisées à l’échelle d’un produit et réparties selon les étapes de son cycle de vie, ce qui évite de repartir de zéro.
Structurer l’analyse étape par étape : Un accompagnement est proposé pour définir le périmètre, l’unité fonctionnelle et les données prioritaires à collecter. L’objectif est d’identifier rapidement les principales sources d’émissions et de prioriser les actions de réduction.
Orienter les choix d’éco-conception : Les résultats obtenus permettent de comparer différents scénarios (choix de matières, modes de transport, emballage, durée de vie…) et d’éclairer les décisions de conception ou d’amélioration produit.
Gagner en autonomie dans le pilotage : Au fil des analyses, les équipes internes peuvent actualiser les calculs dans la plateforme, suivre l’évolution de l’empreinte carbone des produits et intégrer ces éléments dans leur stratégie climat.
Dans certains secteurs, comme la santé, un accompagnement spécifique peut être proposé pour appliquer des méthodologies dédiées, notamment pour l’évaluation de l’empreinte carbone des médicaments (méthode fournie par la DGE, Direction Générale des Entreprises).
FAQ : Empreinte carbone produit
Qu'est-ce qu'une bonne empreinte carbone pour un produit ?
Il n'existe pas de seuil universel, car cela dépend du type de produit, de sa fonction et de son secteur. Une "bonne" empreinte carbone est relative : elle doit être inférieure à la moyenne du marché et s'inscrire dans une trajectoire de réduction continue. L'essentiel est de mesurer, comparer avec des produits similaires, et progresser année après année.
L'empreinte carbone produit est-elle obligatoire ?
Non, l'empreinte carbone produit n'est pas obligatoire pour la plupart des entreprises. En revanche, l'affichage environnemental est en cours de déploiement progressif pour certains secteurs (textile, agroalimentaire, hôtellerie). De plus, certains clients, distributeurs ou donneurs d'ordre peuvent exiger cette information dans le cadre de leurs propres engagements climat ou de leur reporting CSRD.
Peut-on comparer deux produits entre eux ?
Oui, à condition de comparer des produits remplissant la même fonction (même unité fonctionnelle) et mesurés avec la même méthodologie. Par exemple, comparer l'empreinte carbone d'un sac réutilisable et d'un sac jetable nécessite de définir la même unité fonctionnelle (ex : "emballer 9000 litres de produits par an") et le même périmètre (cycle de vie complet).
À quelle fréquence faut-il recalculer l'empreinte carbone d'un produit ?
Il est recommandé de recalculer l'empreinte carbone d'un produit tous les 2 à 3 ans, ou dès qu'une modification majeure intervient (changement de fournisseur, de matière première, de procédé de fabrication, de transport). Cela permet de suivre l'évolution de l'impact et de mesurer l'efficacité des actions de réduction mises en place.
Quelle différence entre étiquette carbone et empreinte carbone produit ?
L'empreinte carbone produit est le calcul complet des émissions de GES sur tout le cycle de vie du produit. L'étiquette carbone (ou affichage environnemental) est la communication de cette empreinte au consommateur, souvent sous forme de score, pictogramme ou étiquette apposée sur le produit. L'étiquette est donc la version simplifiée et grand public de l'empreinte carbone produit.
Contrairement à une approche centrée uniquement sur le carbone, l’ACV permet d’aller beaucoup plus loin en intégrant une vision multicritères : émissions de gaz à effet de serre, consommation d’eau, épuisement des ressources, impacts sur la biodiversité, toxicité ou encore acidification des milieux. Elle offre une lecture globale des impacts environnementaux, indispensable pour orienter les choix d’éco-conception et de stratégie produit.
Mais dans la pratique, l’ACV reste souvent perçue comme complexe pour les entreprises à mettre en œuvre (collecte de données très détaillées, choix méthodologiques exigeants...).
Dans cet article, notre objectif est de vous aider à démystifier l’ACV, à en comprendre les étapes clés et à vous guider concrètement dans sa mise en œuvre. Qu’est-ce qu’une ACV ? En quoi se distingue-t-elle d’un Bilan Carbone® ? Comment la réaliser concrètement ? Et surtout, comment l’intégrer efficacement dans votre stratégie climat et vos décisions opérationnelles.
A retenir
Une approche multicritère et normée : L'ACV évalue plus de 10 impacts environnementaux (épuisement des ressources, occupation des sols, changement climatique, acidification, eutrophisation, toxicité humaine…) selon les normes ISO 14040 et 14044, contrairement à l'empreinte carbone qui se limite aux émissions de gaz à effet de serre.
Du berceau à la tombe : L'ACV analyse tout le cycle de vie (matières premières, fabrication, transport, emballages, utilisation, fin de vie) pour identifier les vrais points chauds environnementaux et éviter les conclusions simplistes.
Un outil stratégique : Elle permet de répondre à un besoin tout en maîtrisant les impacts environnementaux associés, d’identifier les principales sources d’impacts tout au long du cycle de vie, de comparer des scénarios, d’optimiser le design produit, de répondre aux exigences réglementaires (affichage environnemental, écolabels) et de se différencier sur son marché.
Une méthodologie rigoureuse en 4 étapes qui comprend la définition des objectifs, l’inventaire du cycle de vie, l’évaluation de l’impact du cycle de vie, l’interprétation des résultats et la recherche d’amélioration.
Qu'est-ce que l'ACV (Analyse de Cycle de Vie) ?
Définition simple
L'Analyse de Cycle de Vie (ACV) est une méthode qui permet de comptabiliser tous les impacts environnementaux d’un produit ou d’un service pendant toute sa durée d'existence :
L’extraction des matières premières nécessaires à sa production ;
La production ;
L’emballage (fabrication des emballages primaires et secondaires) ;
Le transport amont et aval, la distribution (acheminement vers la production, les points de vente, distribution) ;
L’utilisation (consommation d'énergie, d'eau ou de ressources pendant l'usage) ;
La fin de vie (déchets, recyclage, incinération, enfouissement…).
Elle se base sur une approche dite “multicritère” puisque c’est un système d’indicateurs qui prend en compte tous les impacts environnementaux :
Empreinte carbone ;
Empreinte eau ;
Qualité des écosystèmes ;
Ressources naturelles ;
Santé humaine.
L’ACV, une approche communément appelée du “berceau à la tombe”, source wecount.io
C’est une méthode scientifique encadrée par la norme ISO 14040 qui définit les principes méthodologiques de l’ACV et la norme 14044 qui détaille les exigences techniques, les procédures et les méthodes de calcul.
ACV multicritère vs ACV carbone, Product Carbon Footprint (PCF)
Il existe plusieurs façons de réaliser une ACV selon le périmètre des impacts mesurés, mais également selon l'étendue du cycle de vie étudié et le niveau d'exigence méthodologique.
L'analyse peut tout d'abord varier dans son étendue physique : une ACV peut être "cradle-to-grave" (du berceau à la tombe) en couvrant l'ensemble du cycle de vie du produit, ou bien "cradle-to-gate" (du berceau à la porte de l'entreprise) en s'arrêtant à la fabrication sans inclure les étapes aval.
Ensuite, il existe des nuances en termes de rigueur : à côté de l'ACV complète conforme aux normes ISO 14040 et 14044 (qui exige de longs rapports et un panel d'experts), il existe l'ACV dite "simplifiée". Cette approche plus libre et pragmatique se concentre sur les éléments clés et s'adapte idéalement aux besoins internes des entreprises pour s'évaluer sans chercher à publier des arguments commerciaux comparatifs.
En ce qui concerne le périmètre des impacts mesurés, on retrouve :
ACV multicritère (ou ACV "classique") : Comme son nom l’indique, elle évalue plusieurs impacts environnementaux (climat CO₂e, consommation d'eau, qualité des écosystèmes, épuisement des ressources, santé humaine, acidification, eutrophisation, écotoxicité, etc).
C'est une méthode normée, exigeante, qui peut faire l'objet d'une revue critique ou d'un audit. C'est un travail long, minutieux et coûteux (généralement plus cher qu'un bilan carbone).
📝 À noter : bien que la méthode complète soit normée ISO, les entreprises peuvent aussi recourir à des ACV multicritères simplifiées (appellées notamment ACV screening) pour leurs diagnostics internes.
ACV carbone / empreinte carbone produit (ou Product Carbon Footprint) : Cette alternative suit la même logique de cycle de vie, mais se concentre uniquement sur le carbone (émissions de gaz à effet de serre). C'est beaucoup plus simple et moins coûteux qu'une ACV multicritère, tout en conservant l'approche cycle de vie complet. Cette démarche correspond d'ailleurs très souvent à un format d'ACV simplifiée. Pour en savoir plus sur l’empreinte carbone produit, retrouvez notre article dédié à ce sujet.
ACV carbone des médicaments : C’est un cas à part. L'ACV carbone des médicaments est basée sur une méthodologie française spécifique développée par la DGE (Direction Générale des Entreprises), adaptée aux particularités du secteur pharmaceutique. Envie de creuser le sujet ? Consultez notre article Comment évaluer l'empreinte carbone des médicaments ?.
💡 Bon à savoir : WeCount propose un accompagnement dédié, combinant expertise méthodologique et plateforme de comptabilité carbone. L’objectif : vous aider à structurer vos analyses, fiabiliser vos résultats et gagner du temps, tout en répondant aux exigences croissantes des clients et des donneurs d’ordre. Pour en savoir plus, contactez-nous !
ACV et bilan carbone : quelles différences ?
Le bilan carbone porte sur une organisation sur une année donnée, tandis que l'ACV (carbone ou multicritère) porte sur un produit spécifique sur tout son cycle de vie, sans limite temporelle annuelle.
Pourquoi réaliser une ACV (Analyse de Cycle de Vie) ?
Identifier les impacts environnementaux
L'ACV permet d'identifier précisément les étapes du cycle de vie les plus impactantes et de mieux comprendre son produit.
Plus concrètement, elle sert à :
Concilier la réponse à un besoin et la maîtrise des impacts environnementaux : L'ACV aide à trouver le bon équilibre entre performance du produit et réduction des impacts. L'objectif n'est pas de sacrifier la fonctionnalité, mais d'optimiser le design pour minimiser l'empreinte environnementale tout en répondant au besoin.
Quantifier pour éviter les idées reçues : L'ACV repose sur des données chiffrées ce qui permet une analyse pertinente et complète. Par exemple, un produit recyclable mais lourd et importé peut avoir un impact plus élevé qu’un produit non recyclable mais local, robuste et utilisé sur la durée.
Identifier les principales sources d'impacts environnementaux pour prioriser : L'ACV permet de hiérarchiser les postes d'impact et de concentrer les efforts là où ils auront le plus d'effet.
Éviter ou arbitrer les déplacements de pollutions liés aux alternatives envisagées : Lorsqu’une entreprise cherche à améliorer un produit, certaines solutions peuvent sembler pertinentes mais déplacer en réalité les impacts environnementaux. Par exemple, une alternative peut réduire l’impact lié aux matières premières, mais l’augmenter en fin de vie.
On parle alors de transfert d’impact : on réduit un impact à un endroit, mais on en aggrave un autre. L’ACV permet de comparer la situation initiale et l’alternative envisagée, ce qui implique de réaliser deux études pour orienter les décisions.
Répondre aux exigences réglementaires
L’une des raisons majeures de se lancer dans une ACV aujourd'hui est l'évolution du cadre légal. Réaliser une analyse est une démarche pour s'inscrire dans les nouveaux dispositifs de transparence environnementale.
Voici comment cela s’articule :
L'impulsion politique : les lois AGEC et Climat & Résilience
Ce sont elles qui ont initié la dynamique de transparence en France. Elles posent le principe d'informer le consommateur sur l'impact de ses achats.
Si ces lois visaient un déploiement rapide, la réalité technique impose un calendrier plus progressif.
Par exemple, si le secteur du textile possède sa méthodologie depuis avril 2024, celle de l'alimentaire n'est pas encore définitivement validée et son calendrier précis reste à confirmer. Les secteurs de l'ameublement et des cosmétiques suivront ensuite.
Le dispositif visible : l'affichage environnemental
C'est la traduction concrète de ces lois pour le grand public. Ce dispositif prend la forme d'un indice de coût environnemental (ou "éco-score"), affiché en magasin ou en ligne.
Le but est d'aider le consommateur à faire un choix d'achat éclairé en privilégiant les biens les moins impactants, tout en encourageant les marques à éco-concevoir leurs produits.
La méthode scientifique : l'ACV multicritère.
Pour obtenir ce fameux score environnemental, il faut une méthode de calcul robuste : c'est l'ACV qui a été retenue.
Cette ACV s'appuie sur des référentiels adaptés aux enjeux spécifiques de chaque secteur (par exemple, en intégrant l'indicateur des microplastiques pour un vêtement) et se nourrit des bases de données publiques de l'ADEME, comme Agribalyse.
L'harmonisation européenne : le PEF (Product Environmental Footprint).
Pendant que la France déploie son propre affichage, l'Europe avance également. La Commission européenne recommande la méthode PEF, une approche multicritère qui analyse 16 indicateurs d'impacts précis.
L'objectif est de créer, à terme, un cadre méthodologique commun pour garantir la comparabilité des évaluations environnementales à l'échelle européenne.
L'exigence ultime : les normes ISO 14040 / 14044.
Si votre entreprise souhaite aller plus loin que le cadre de l'affichage environnemental et communiquer publiquement sur le fait que son produit est meilleur que celui d'un concurrent, les règles changent. Il vous faudra alors réaliser une ACV complète, conforme aux normes ISO.
Cet exercice exige un niveau de détail très fin, la rédaction d'un long rapport et une revue critique par un expert indépendant pour garantir une transparence et une rigueur scientifique totales.
Si vous souhaitez utiliser une ACV comparative pour affirmer publiquement que votre produit est meilleur que celui d'un concurrent : la revue critique devra alors être réalisée par un panel composé d'au moins 3 experts.
Éco-concevoir et optimiser ses produits
L'ACV est un outil clé de l'éco-conception, car elle permet de :
Comparer des scénarios : Tester différentes options de conception (matières alternatives, changement de procédé, sourcing local vs importé…) ;
Optimiser le design dès la conception : Identifier les leviers les plus efficaces avant de lancer la production ;
Réaliser une analyse de sensibilités : Elle permet de comparer les impacts selon différents scénarios, par exemple l’impact d'une bouteille consignée selon son nombre de réutilisations (5, 10, 15 fois).
Se différencier sur son marché
Réaliser une ACV et communiquer de manière transparente sur l'impact environnemental de vos produits est un argument commercial différenciant :
Consommateurs : Les produits à faible impact environnemental sont privilégiés ;
Distributeurs : Les données ACV sont souvent demandées aux fournisseurs ;
Investisseurs : Les critères ESG sont intégrés dans les décisions de financement.
Quels sont les indicateurs environnementaux mesurés dans une ACV ?
Selon la méthodologie sélectionnée pour réaliser l’ACV, différents types d’indicateurs environnementaux peuvent être choisis. Voici un aperçu des indicateurs les plus courants :
Changement climatique : Émissions de gaz à effet de serre (kgCO₂e) ;
Appauvrissement de la couche d'ozone : kg CFC-11 équivalent ;
Acidification : Pluies acides, impacts sur les sols et les eaux (kg SO₂ eq) ;
Enrichissement excessif d’un milieu aquatique en nutriments (kg PO₄ eq), on parle aussi d'eutrophisation ;
Épuisement des ressources minérales et fossiles : kg Sb équivalent ;
Consommation d'eau : m³ d'eau prélevée ;
Utilisation des sols : m² occupés, dégradation des terres ;
Toxicité humaine : Impacts sur la santé (CTUh - Comparative Toxic Unit) ;
Écotoxicité : Impacts sur les écosystèmes aquatiques et terrestres (CTUe).
ACV et stratégie climat d'entreprise : comment les articuler ?
Complémentarité ACV et bilan carbone entreprise
Le bilan carbone mesure les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle de l’organisation, sur une période donnée (une année), tous produits et services confondus.
À l’inverse, l’ACV analyse de manière détaillée les impacts d’un produit ou d’un service sur l’ensemble de son cycle de vie.
Les deux approches peuvent être complémentaires et interviennent à des niveaux différents.
D’un côté, le bilan carbone s’appuie en partie sur des données issues d’ACV pour construire ses facteurs d’émission.
☝️ Exemple : Le facteur d'émission "plastique PET" dans la Base Empreinte® provient d'une ACV qui a mesuré les émissions de l'extraction du pétrole, de la transformation en PET, du transport, etc.
De l’autre, le bilan carbone peut servir de point de départ pour une ACV carbone : les données d’empreinte carbone déjà collectées (achats, énergie, transports…) peuvent être réutilisées et réallouées à l’échelle du produit ou du service étudié.
Lien avec la trajectoire de décarbonation
L'ACV est un outil clé pour définir et piloter votre trajectoire de décarbonation :
Fixer des objectifs produit par produit : Plutôt que de se limiter à un objectif global au niveau de l'organisation (par exemple : "réduire de 30% nos émissions d'ici 2030"), l'ACV permet de décliner des objectifs spécifiques pour chaque produit en fonction de son poids dans l'empreinte globale et de son potentiel de réduction.
Piloter les actions d'éco-conception : L'ACV carbone permet de suivre l'évolution de l'empreinte carbone au fil des itérations de design et de mesurer l'effet de chaque modification avant de la déployer à grande échelle.
Éviter les transferts d'impacts
L’un des risques majeurs d’une approche uniquement centrée sur le carbone est de générer des transferts d’impacts : une action qui réduit les émissions de gaz à effet de serre peut, dans le même temps, dégrader d’autres indicateurs environnementaux (consommation d’eau, ressources, biodiversité…).
Dans une stratégie climat d’entreprise, cela peut conduire à des décisions qui donnent l’impression d’améliorer la situation, sans réduire réellement l’empreinte environnementale globale.
C’est précisément là que l’ACV joue un rôle clé : en apportant une vision multicritère et cycle de vie, elle permet de sécuriser les choix de décarbonation et de s’assurer que les actions mises en place réduisent réellement l’empreinte environnementale globale.
Quelles sont les 4 étapes pour réaliser une ACV ?
La réalisation d'une ACV suit une méthodologie rigoureuse en 4 phases selon les normes ISO 14040 et ISO 14044 (Management Environnemental). Voici un aperçu de ces phases (nous allons rentrer dans le détail) :
Légende : méthodologie de l'analyse du cycle de vie, source wecount.io
📝 A noter : l’ACV a pour particularité d’être itérative. Chaque phase peut vous amener à revoir les précédentes (ex: des difficultés dans l'obtention de données pour l'inventaire peuvent amener à revoir les objectifs et le champ d'étude).
L’ensemble des étapes présentées ci-dessous s’appuie sur des outils dédiés comme SimaPro (payant) ou OpenLCA (open source). Ils nécessitent également l’accès à des bases de données environnementales (Ecoinvent, Base Empreinte®, Agribalyse…) ainsi qu’un certain niveau de maîtrise méthodologique.
Étape 1 : Définition des objectifs et du système
Cette première phase est fondamentale pour cadrer l'Analyse de Cycle de Vie (ACV).
Elle permet d'aligner la précision de l'étude avec son but final.
Les objectifs
Avant de commencer, il faut définir l'application prévue (diagnostic, déclaration environnementale…), l'audience ciblée (équipes, direction, clients, distributeurs…), la communication envisagée (interne, externe) et l’ambition de comparaison (comparer des alternatives, des scénarios).
Ces choix dictent le niveau de précision requis, qui se décline en deux approches très distinctes :
L'ACV screening (ou estimation rapide) : C’est une ACV destinée exclusivement à vos équipes en interne pour avoir une première idée des principales sources d'impacts.
Il est impératif de comprendre que les résultats sont réservés à un usage strictement interne et ne peuvent pas être communiqués à l'extérieur.
L’ACV complète : Si votre objectif est de communiquer vos résultats à une audience externe, vous devez réaliser une étude complète. Pour être rendue publique, cette étude doit par ailleurs être soumise à une revue critique par un panel d'experts externes et indépendants afin de valider sa conformité et sa crédibilité.
Le périmètre,les frontières du système
Une fois l'objectif fixé, il faut définir les limites physiques de ce que l'on va étudier.
Définir les frontières du système, c'est décider quelles étapes du cycle de vie et quels processus sont inclus ou exclus de l'analyse. Prend-on en compte l'extraction des matières premières, la fabrication, la distribution, la phase d'utilisation et la gestion de la fin de vie ?
Toute exclusion d'une étape ou d'un flux (par exemple, ignorer le recyclage de l'emballage) doit être clairement justifiée pour prouver qu'elle ne fausse pas les résultats finaux.
L'unité fonctionnelle : le point central de l'ACV
L’ACV n’évalue pas un produit en soi, mais le service rendu par ce produit. Lors de la phase de cadrage, il est donc essentiel de définir ce que l’on appelle “l'unité fonctionnelle”.
C’est l’unité de mesure de référence à laquelle on va se ramener pour étudier tous les flux d'énergie, de matière et de déchets. Cette unité doit être précise, mesurable et additive (si la quantité double, les impacts aussi).
Unité fonctionnelle = Fonction du produit + Performance quantifiée
Une unité fonctionnelle pertinente doit répondre à plusieurs critères :
Une action (un verbe pour préciser la fonction)
Un élément cible (sur quoi agit la fonction) ;
Une durée de vie ou quantité d’utilisation ;
Si nécessaire, une qualification complémentaire pour préciser un dimensionnement ou gamme de produit (taille, gabarit, marque…)
☝️Exemples d'unités fonctionnelles : “un lavage de cheveux en France en 2023” pour un shampoing, fournir entre 500 et 900 lumens pendant 1000h en Europe” pour une ampoule, Emballer 9000L de produit par an pour un sac de course.
L’unité fonctionnelle est indispensable puisqu’il est impossible de comparer deux alternatives qui ne rendent pas le même service.
Étape 2 : Inventaire du cycle de vie (ICV)
Maintenant que votre unité fonctionnelle est fixée et que vous savez précisément à quoi vous faites référence, il est temps de passer à la deuxième étape : l’Inventaire du Cycle de Vie (ICV).
Le but de l'inventaire est d'offrir une description quantitative exhaustive des flux qui “traversent” les frontières de votre système.
Plus concrètement, pour chaque étape du cycle de vie que vous avez choisi d'étudier (extraction des matières premières, fabrication, transport, utilisation, fin de vie), vous allez devoir effectuer un bilan précis des flux de matière et d’énergie qui entrent dans le système, mais également de tout ce qui en sort.
Inventaire du cycle de vie dans le cadre d'une ACV, source wecount.io
Réaliser un bilan matière-énergie
Il faut ainsi cartographier deux grandes catégories de flux :
Les flux entrants : Ce sont les éléments extérieurs puisés par le système pour fonctionner. On y retrouve l'ensemble des matières premières, des ressources naturelles et toutes les formes d'énergies nécessaires aux procédés (eau, électricité, gaz, etc.).
Les flux sortants : Ce sont les éléments rejetés par le système. Pour réaliser un bon inventaire, il ne suffit pas de lister les déchets, il faut impérativement identifier vers quel milieu naturel ces pollutions sont émises. On répertorie ainsi les rejets vers l'air (effluents atmosphériques) comme le CO2, les NOx ou le SO2, les rejets vers l'eau (effluents liquides), les rejets vers le sol (émissions terrestres, déchets solides) ou encore les coproduits.
Collecter les données
Savoir ce qui entre et ce qui sort est une chose, mais il faut maintenant réussir à quantifier chaque flux avec des chiffres précis (kg, kWh, km, litres…).
Pour réaliser cet inventaire, il est possible de s’appuyer sur :
Des données primaires (les plus précises, à privilégier) : Ce sont les données réelles et spécifiques issues de votre activité (mesures directes, relevés de consommation de vos machines, factures, informations de vos fournisseurs). Plus elles sont nombreuses, plus votre ACV sera représentative ;
Des données secondaires (par défaut) : Lorsqu'il est impossible de connaître la donnée réelle, on utilise des données génériques. Celles-ci proviennent de grandes bases de données environnementales reconnues pour leur fiabilité, comme la Base Empreinte® de l'ADEME, Ecoinvent (mondiale) ou encore Agribalyse pour l'agriculture.
Cette étape de collecte permet de rassembler l’ensemble des données nécessaires pour décrire les flux du système. Concrètement, il s’agit de s’assurer que toutes les entrées et sorties ont bien été identifiées (matières, énergies, émissions, déchets, coproduits), puis de les quantifier.
Dans la pratique, ces données sont intégrées dans un logiciel d’ACV, qui permet de structurer automatiquement l’inventaire et de consolider les flux entrants et sortants du système.
En langage d’expert, cet ensemble de données constitue ce que l’on appelle l’inventaire des flux élémentaires. Il sert de base à l’évaluation des impacts environnementaux dans l’étape suivante.
Étape 3 : Évaluation de l'impact du cycle de vie (EICV)
Cette phase consiste à convertir les données collectées lors de l’inventaire en indicateurs d’impacts environnementaux.
De l’inventaire aux impacts : le rôle central de la caractérisation
Les flux sont ensuite traduits en impacts environnementaux via la phase de caractérisation.
Concrètement, chaque flux (émissions, consommations de ressources…) est associé à une catégorie d’impact (changement climatique, acidification, eutrophisation, etc.), puis converti grâce à des facteurs scientifiques en une unité commune (par exemple en kg équivalent CO₂ pour le climat ou encore le kg d’équivalent SO₂ pour l’acidification).
On passe ainsi des données brutes à des indicateurs d’impact directement exploitables.
En pratique, cette étape est réalisée automatiquement par les logiciels d’ACV. Le choix de la méthode de caractérisation, comme ReCiPe, EF 3.0 ou TRACI, dépend du contexte géographique, des exigences réglementaires et des objectifs de l’étude.
Le résultat direct de cette conversion constitue le premier niveau de lecture de l’analyse : les indicateurs midpoints.
Les indicateurs midpoints : une lecture par catégorie d’impact
Les indicateurs midpoints (points intermédiaires) constituent le premier niveau de résultat de l’ACV.
Ils correspondent à un niveau intermédiaire d’évaluation des impacts selon des catégories spécifiques, comme :
Changement climatique (kg CO₂ eq)
Épuisement des ressources fossiles
Acidification (ex. pluies acides)
Eutrophisation (pollution de l’eau par nutriments)
Toxicité humaine
Pollution de l’air
Appauvrissement de la couche d’ozone…
Ce niveau d’analyse est le plus couramment utilisé pour une ACV.
Les résultats midpoints sont donc généralement considérés comme robustes et scientifiquement fiables. Ils permettent d’identifier précisément les postes les plus contributeurs et de guider les actions d’amélioration.
Les indicateurs endpoints : une lecture globale des dommages
Ces indicateurs traduisent les résultats midpoints en dommages finaux sur de grandes catégories : la santé humaine, la qualité des écosystèmes et l’épuisement des ressources naturelles.
Ils permettent de répondre à une question plus globale : quelles sont les conséquences finales de ces impacts sur l’environnement et la société ?
Par exemple, les émissions de gaz à effet de serre, après avoir été caractérisées en impact climatique (midpoint), peuvent être traduites en effets sur la santé humaine, exprimés en années de vie perdues ou altérées (via l'indicateur de référence DALY, pour Disability-Adjusted Life Years).
Les indicateurs endpoints présentent l’avantage d’être plus faciles à interpréter pour un public non expert, car ils synthétisent l’information. En revanche, ils introduisent davantage d’incertitudes que les indicateurs midpoints, en raison des étapes supplémentaires de modélisation.
Le score unique (ou single score)
Dans certains cas, il est possible d’aller encore plus loin en agrégeant l’ensemble des impacts en un score unique (single score). C’est une valeur globale agrégée qui résume tous les impacts environnementaux en un seul chiffre. C’est un peu comme la note finale d’un produit ou d’un scénario du point de vue de l’environnement.
Le score unique est obtenu en additionnant les différents impacts environnementaux, mais pas n’importe comment. Il y a deux étapes principales :
Normalisation : On exprime tous les impacts sur une même base de comparaison (ex. l’impact d’un Européen moyen par an), pour les rendre comparables entre eux.
Pondération : On attribue un poids relatif à chaque impact (climat, toxicité, ressources, etc.) en fonction de son importance perçue.
Ensuite, tous les scores pondérés sont additionnés pour obtenir un seul chiffre.
Étape 4 : Interprétation des résultats
Après la rigueur des calculs, place à l’analyse. L’objectif de cette dernière étape est d'interpréter les résultats pour identifier précisément les faiblesses de votre produit ou service et prioriser vos actions de réduction et d'éco-conception.
Identifier les composants à améliorer
L’analyse visuelle des résultats permet d'identifier rapidement les postes les plus impactants par étape du cycle de vie (matières premières, fabrication, transport, utilisation, fin de vie) et par indicateur environnemental (changement climatique, santé humaine, consommation d'eau, etc.).
Cette double lecture permet ainsi de voir quelles étapes pèsent le plus sur quel indicateur, d'identifier rapidement les postes les plus impactants et d’éviter les transferts de pollution.
☝️ Exemple : L’analyse peut révéler que la phase d’assemblage de votre produit a un impact très limité sur le réchauffement climatique, mais s'avère désastreuse pour la santé humaine (à cause de l'utilisation de solvants toxiques, par exemple).
À l’inverse, la phase d'utilisation peut avoir un impact négligeable sur la santé, mais peser lourd sur le climat (forte consommation électrique). Piloter sa stratégie avec cette vision multicritère empêche de régler un problème environnemental en en créant accidentellement un nouveau ailleurs.
Analyses de sensibilité
Lors de cette phase d’interprétation des résultats, il est nécessaire de réaliser des analyses de sensibilité afin d’évaluer la fiabilité des résultats et des conclusions au regard des hypothèses et des choix pris tout au long de l'ACV.
Elles consistent à faire varier une donnée et à étudier comment cela se répercute sur les résultats finaux.
☝️ Exemple : Vous modélisez les impacts d’une bouteille en verre consignée en formulant l'hypothèse qu'elle sera réutilisée 20 fois. L’analyse de sensibilité va consister à recalculer l'impact si elle n'est finalement réutilisée que 10 fois, ou 5 fois. Cela permet de vérifier à partir de quel seuil d'utilisation votre bouteille consignée cesse d'être plus écologique qu'une simple bouteille jetable.
Réaliser une ACV : par où commencer ?
Se lancer dans une Analyse de Cycle de Vie nécessite avant tout de clarifier son objectif et le niveau de précision attendu. Selon les cas, l’étude peut viser un diagnostic interne, une comparaison de scénarios, une démarche d’éco-conception ou encore une communication externe encadrée.
La réalisation d’une ACV repose ensuite sur l’utilisation d’outils spécialisés (comme SimaPro, GaBi ou OpenLCA), ainsi que sur l’accès à des bases de données environnementales (Ecoinvent, Base Empreinte®, Agribalyse…). Ces outils permettent de modéliser le cycle de vie, de structurer l’inventaire et d’appliquer les méthodes de caractérisation.
Au-delà des outils, la qualité de l’analyse dépend fortement des choix méthodologiques réalisés (périmètre, unité fonctionnelle, hypothèses, allocations…) ainsi que de la qualité des données collectées. C’est pourquoi il est souvent pertinent de se faire accompagner, en particulier pour une première étude ou pour des enjeux stratégiques.
WeCount accompagne les entreprises dans la réalisation d’ACV carbone (empreinte carbone produit), en combinant expertise méthodologique et plateforme de comptabilité carbone. L’objectif : structurer les analyses, fiabiliser les résultats et identifier des leviers d’action cohérents avec la stratégie de décarbonation.
Quelle est la différence entre ACV et empreinte carbone produit ?
L'ACV multicritère évalue différents impacts environnementaux (climat, eau, biodiversité, ressources, toxicité…) selon les normes ISO 14040/14044. L'empreinte carbone produit (ou ACV carbone / Product Carbon Footprint) est une ACV simplifiée qui se concentre uniquement sur les émissions de GES (CO₂e) selon la norme ISO 14067. L'ACV est plus complète mais plus coûteuse et longue.
L'ACV est-elle obligatoire pour les entreprises ?
Non, l'ACV n'est pas obligatoire en tant que telle. En revanche, l'affichage environnemental (basé sur une ACV simplifiée ou complète) est en cours de déploiement progressif pour certains secteurs (textile, agroalimentaire, cosmétique, ameublement). Certains écolabels et certifications exigent également une ACV.
Combien de temps faut-il pour réaliser une ACV ?
Cela dépend de la complexité du produit et du niveau de détail. Comptez au minimum 1 à 2 mois pour une ACV carbone simplifiée, 6 à 9 mois pour une ACV multicritère complète, et 9 à 12 mois si elle inclut une vérification tierce partie pour certification.
Peut-on réaliser une ACV en interne ?
Oui, si vous avez les compétences et les outils (logiciel d'ACV, bases de données). Cela nécessite une formation préalable et du temps. Pour une première ACV, il est souvent recommandé de se faire accompagner par un bureau d'études ou un consultant spécialisé pour garantir la rigueur méthodologique.
Quels sont les logiciels d'ACV les plus utilisés ?
Les logiciels les plus courants sont SimaPro (le plus utilisé), GaBi (très complet, orienté industrie) et OpenLCA (open source). Ils nécessitent tous une formation et l'accès à des bases de données d'inventaire (Ecoinvent, Base Empreinte®, Agribalyse). Il existe également des outils spécialisés pour une ACV carbone comme celui de Wecount.
L'ACV peut-elle être utilisée pour comparer deux produits ?
Oui, à condition que les deux produits remplissent la même fonction (même unité fonctionnelle) et soient évalués avec la même méthodologie et les mêmes hypothèses. Les normes ISO imposent une rigueur stricte pour garantir la comparabilité.
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