La Science Based Targets initiative (SBTi) guide les entreprises dans la définition d’une trajectoire de décarbonation alignée avec l'Accord de Paris.
À qui s’adresse-t-elle ? Pourquoi et comment fixer sa trajectoire ? On vous explique.
Aujourd'hui, la SBTi s'impose comme la référence internationale pour aligner sa stratégie climat sur la science. L'initiative vient d'ailleurs de franchir un cap historique : plus de 10 000 entreprises dans le monde ont déjà fait valider leurs objectifs. En France, la dynamique est forte avec 431 entreprises validées, dont 85 % du CAC 40. Et contrairement aux idées reçues, la démarche n'est pas réservée aux grands groupes : 130 PME françaises ont également franchi le pas.
Vous envisagez d'engager votre entreprise dans une stratégie de décarbonation ? Cet article vous explique pourquoi il est stratégique de s’appuyer sur les recommandations de la SBTi, comment construire une trajectoire crédible.
Cet article détaille le cadre de reporting SBTi selon sa version actuelle. Celui-ci va être progressivement mis à jour. La version 2.0 du Corporate Net Zero Standard a été publiée officiellement le 11 juin et apportera de nombreuses nouveautés. Ce nouveau standard deviendra obligatoire en 2028, sur l’exercice 2027. En attendant, les entreprises peuvent encore se référer à l’article suivant.
A retenir
La SBTi (Science Based Targets initiative) accompagne les entreprises dans la définition d’objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) alignés sur les données scientifiques ;
Elle est complémentaire à l’empreinte carbone : là où le bilan carbone mesure les émissions de GES, la SBTi aide à fixer des objectifs de réduction alignés sur une trajectoire de décarbonation ;
Il est possible de s’appuyer sur les recommandations de la SBTi pour définir une trajectoire volontaire, même sans engagement officiel ;
Une refonte majeure a été publiée officiellement le 11 juin 2026 (Corporate Net Zero Standard V2) ;
Le processus de validation SBTi se décompose en 5 étapes : engagement, définition des objectifs, validation, communication et pilotage de la trajectoire.
SBTi, définition et rôle pour les entreprises
Pour comprendre ce qu’est la Science Based Targets initiative (SBTi), il faut d’abord revenir au cadre global fixé par l’Accord de Paris.
Signé en 2015 par près de 200 États, cet accord international vise à limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, et si possible à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle.
Atteindre cet objectif suppose de réduire rapidement les émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Mais une question se pose alors pour les entreprises : comment transformer cet objectif global en trajectoire concrète, applicable à leur activité ?
C’est précisément le rôle de la SBTi.
Une initiative pour convertir la science climatique en trajectoires opérationnelles
Créée en 2015 par le CDP (Carbon Disclosure Project), le Pacte mondial des Nations Unies, le World Resources Institute et le WWF, la Science Based Targets initiative a pour mission d’aider les entreprises à définir des objectifs de réduction compatibles avec les scénarios climatiques scientifiques.
Concrètement, la SBTi traduit les conclusions du GIEC en cadres méthodologiques directement utilisables par les organisations. Elle permet ainsi de transformer un objectif mondial, rester sous +1,5 °C, en cibles chiffrées et mesurables adaptées à chaque secteur et à chaque entreprise.
Cette approche repose sur la notion de budget carbone mondial, c’est-à-dire la quantité maximale d’émissions encore possible pour limiter le réchauffement climatique.
La SBTi propose ensuite des méthodes pour répartir cet effort entre les acteurs économiques et entreprises.
Des outils pour agir concrètement
Pour accompagner cette démarche, la SBTi met à disposition des guides et référentiels pratiques basés sur le Greenhouse Gas Protocol (GHG Protocol).
Ces ressources permettent aux entreprises de définir des objectifs robustes et mesurables, puis de bâtir une trajectoire de réduction crédible.
📝A noter : Lorsqu’un objectif est qualifié de “science-based”, cela signifie qu’il repose sur des données scientifiques reconnues et qu’il contribue réellement à l’effort collectif de réduction des émissions.
Pour qui ?
La démarche SBT s’adresse à toutes les entreprises désireuses de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, tous secteurs d’activité et toutes tailles confondus. En effet, elle encourage toutes les organisations à démontrer leur leadership en définissant des objectifs de réduction ambitieux.
L’initiative est pensée pour accompagner les acteurs privés dans la définition d’objectifs de réduction alignés avec la science.
Les organisations publiques, les collectivités locales, les établissements éducatifs ou encore les associations ne sont pas directement éligibles à la validation des objectifs par la SBTi, mais peuvent s’en inspirer pour structurer leur propre démarche climat.
Les objectifs du SBTi
L’Accord de Paris fixe un cap mondial : limiter le réchauffement climatique bien en dessous de +2 °C, et poursuivre les efforts pour le contenir à +1,5 °C.
Ce cap s’appuie sur les travaux scientifiques du GIEC, qui montrent que le niveau de réchauffement dépend directement du volume d’émissions de gaz à effet de serre encore rejeté dans l’atmosphère.
Pour transformer cet objectif global en trajectoires concrètes pour les entreprises, la SBTi s’appuie sur ces références scientifiques et propose des cadres méthodologiques adaptés au monde économique.
Deux niveaux d’ambition peuvent ainsi être retenus :
une trajectoire alignée avec +1,5 °C, aujourd’hui considérée comme la plus ambitieuse ;
une trajectoire dite WB2°C (“well below 2 °C”), un peu moins exigeante mais toujours cohérente avec l’Accord de Paris.
Une fois la trajectoire choisie, la SBTi définit différents types d’objectifs qui permettent aux entreprises de planifier leur action dans le temps.
Trois grandes catégories structurent ce cadre :
Des objectifs de réduction à court terme, couvrant une période de 5 à 10 ans. Ils permettent d’amorcer rapidement une trajectoire climat, avec des cibles chiffrées sur les scopes 1, 2 et, si nécessaire, 3. Le scope 3 devient obligatoire dès lors qu’il représente plus de 40 % des émissions totales. Ces objectifs peuvent également porter sur certains leviers spécifiques, comme l’augmentation de la part d’électricité renouvelable (scope 2) ou l’engagement des fournisseurs dans une démarche bas carbone (scope 3). Ces dimensions viennent compléter les cibles globales et traduisent concrètement la trajectoire climat de l’entreprise.
Un objectif de réduction à long terme, qui s’inscrit dans une vision de neutralité carbone à horizon 2050 (au plus tard). Il implique une réduction quasi complète des émissions sur l’ensemble des scopes. Pour être conforme au standard SBTi, cet objectif doit couvrir au moins 95 % des émissions des scopes 1 et 2, et 90 % de celles du scope 3.
Un objectif Net Zero, qui combine des objectifs de réduction à court et long terme avec une étape finale de neutralisation des émissions résiduelles. Celles-ci doivent être éliminées par des projets de séquestration permanente du carbone, comme la reforestation.
Au-delà de ces objectifs obligatoires, la SBTi encourage aussi les entreprises à aller plus loin. Elles peuvent soutenir des actions complémentaires, appelées BVCM (Beyond Value Chain Mitigation), qui renforcent leur contribution à l’effort mondial de réduction des émissions.
Évitement : financer un projet qui empêche des émissions ailleurs, comme la protection d’une forêt menacée de déforestation.
Séquestration : financer un projet qui retire du CO₂ au-delà de ses propres émissions, comme la restauration d’une mangrove qui stocke durablement du carbone.
Une fois le ou les types d’objectifs choisis, l’entreprise doit définir son niveau d’ambition.
Des objectifs différenciés selon le périmètre d’émissions (scopes 1 2 3)
Avec la SBTi, les entreprises ne peuvent pas se contenter de demi-mesures.
À court terme, l’horizon est fixé entre cinq et dix ans.
Pour les scopes 1 et 2, la règle est de suivre une trajectoire compatible avec +1,5 °C. Cela signifie réduire en moyenne de 4,2 % par an, soit 42 % sur la décennie 2020-2030.
Le scope 3 devient incontournable dès lors qu’il représente une part importante du bilan carbone. Lorsqu’il pèse au moins 40 % des émissions totales, l’entreprise doit fixer une cible couvrant au moins 67 % de ce périmètre et être compatible avec une trajectoire “bien en dessous de 2 °C”. Dans le cas d’une approche de réduction absolue, cela correspond à une baisse minimale de 2,5 % par an. La SBTi encourage toutefois les entreprises à viser une trajectoire +1,5 °C lorsque cela est possible.
À long terme, l’ambition se veut encore plus claire.
La SBTi attend des entreprises qu’elles réduisent quasiment toutes leurs émissions d’ici 2050. Les attentes sont d’au moins 90 à 95 % pour les scopes 1 et 2, et de 90 % pour le scope 3. Une trajectoire ambitieuse qui force à concentrer les efforts sur les véritables postes d’émissions et à éviter les engagements trop timides.
Cibles de réduction SBTi et application
Une dynamique progressive mais exigeante
Définir un tel niveau d’ambition suppose de choisir une base de calcul représentative. Une année atypique, comme 2020 marquée par l’arrêt de nombreuses activités, ne peut servir de référence crédible.
Plus l’année retenue est récente, plus la pente de réduction devient raide. C’est précisément ce qu’exige la SBTi : pousser les organisations à agir vite, à s’appuyer sur des données fiables et à bâtir une stratégie climat à la fois réaliste et alignée avec la science.
Ce parcours exigeant permet de structurer une stratégie climat solide, crédible et alignée avec la science.
Quel rapport entre bilan carbone et SBTi ?
Avant de réduire ses émissions, il faut d’abord savoir d’où elles viennent. Le bilan carbone permet justement d’identifier les principaux postes d’émissions et d’obtenir une vision claire de l’empreinte de l’entreprise.
C’est sur cette base que la trajectoire climat peut ensuite être construite. La SBTi intervient ici comme un référentiel méthodologique : elle aide à fixer des objectifs de réduction cohérents avec les données scientifiques et avec l’Accord de Paris.
Ce qui signifie que même sans engagement officiel auprès de la SBTi, une entreprise peut s’appuyer sur ses critères pour définir sa trajectoire de décarbonation.
La validation par l’initiative n’est donc pas un passage obligé pour utiliser ce cadre : il est possible de s’en inspirer à titre volontaire pour construire des objectifs robustes et crédibles.
C’est également le cas des entreprises qui réalisent un bilan GES réflementaire (BEGES). Au-delà de l’exercice réglementaire, elles peuvent mobiliser les repères proposés par la SBTi pour donner un cap plus structurant à leur plan de transition et inscrire leur démarche dans une trajectoire alignée avec les enjeux climatiques.
En revanche, lorsqu’une entreprise souhaite faire valider officiellement ses cibles par la SBTi, son inventaire d’émissions doit être calculé selon le GHG Protocol, qui constitue la référence internationale en matière de comptabilité carbone.
Pourquoi suivre les recommandations SBTi ?
Plusieurs raisons peuvent conduire les entreprises à s’engager avec l’initiative Science Based Target. Chez WeCount nous en comptons 6 :
S'aligner aux standards scientifiques : en rejoignant la SBTi, une entreprise montre son engagement à suivre des objectifs établis selon les recommandations des scientifiques pour le climat. Les cibles fixées sont évaluées par des experts, ce qui renforce leur fiabilité et leur acceptation au niveau global.
Renforcer sa compétitivité : en suivant une trajectoire à 1.5 °C et en engageant leur chaîne de valeur, les entreprises s’adaptent dès à présent aux conséquences du changement climatique tel que la raréfaction des énergies fossiles.
Accéder à des financements verts : les investisseurs et acteurs financiers intègrent de plus en plus les critères climatiques dans leur évaluation. Un engagement SBTi clair et validé facilite l’accès à des financements durables, en valorisant la trajectoire bas-carbone de l’entreprise.
Affirmer sa responsabilité sociale et environnementale : les entreprises engagées avec la SBTi contribuent à des initiatives globales qui peuvent influencer les politiques et les pratiques industrielles vers plus de durabilité.
Transparence et communication : La communication transparente sur les progrès réalisés dans les objectifs SBTi renforce la confiance des parties prenantes et valorise l'engagement de l'entreprise.
Améliorer son image et sa crédibilité : L'engagement SBTi positionne l'entreprise comme un leader en matière de transition bas-carbone, ce qui peut influencer positivement sa réputation et son image de marque.
En utilisant des normes communes à ses fournisseurs et ses clients, on peut harmoniser plus facilement ses trajectoires de réduction et coordonner les plans d’action pour décarboner tout l’écosystème de l’entreprise.
Zoom sur l’utilisation des crédits carbone
La SBTi (Science Based Targets initiative) a traversé une zone de turbulences en 2024, suite à sa volonté d’autoriser l’utilisation de crédits carbone pour atteindre les objectifs de réduction d’émissions, notamment sur le Scope 3.
Cette annonce, jugée contraire aux recommandations scientifiques, a suscité de vives critiques dans le monde climat. Accusée d’ouvrir la porte à une stratégie de compensation trop permissive, la SBTi a vu son PDG démissionner en 2024 et l’un de ses principaux financeurs, le Bezos Earth Fund, se retirer.
Depuis, l’initiative a engagé une révision de son standard Net Zero afin de clarifier les règles et renforcer la crédibilité du cadre méthodologique. Une nouvelle version du Corporate Net-Zero Standard est attendue en 2026.
Les orientations proposées confirment plusieurs principes structurants :
La priorité reste la réduction réelle des émissions : Les crédits carbone ne peuvent pas être utilisés pour atteindre les objectifs de réduction fixés par la SBTi. Les entreprises doivent d’abord transformer leurs activités et réduire leurs émissions sur l’ensemble de leur chaîne de valeur.
La neutralisation finale repose sur des solutions de séquestration durable : À long terme, seules des actions permettant le retrait permanent du CO₂ de l’atmosphère, comme la reforestation ou le captage avec stockage géologique, devraient être reconnues pour neutraliser les émissions résiduelles.
Des contributions climatiques sont encouragées pendant la phase de transition : La future norme introduit un cadre plus structuré pour reconnaître les entreprises qui financent des actions climatiques en parallèle de leurs efforts de réduction. Ces contributions, qui peuvent inclure le recours à des crédits carbone de haute qualité, visent à soutenir l’effort global de décarbonation sans se substituer aux objectifs SBT.
Chez WeCount, nous partageons cette lecture plus rigoureuse. La compensation ne doit pas être le premier levier d’action.
D’abord, parce que l’échelle du problème est immense : les émissions mondiales de CO₂ ont atteint 40,9 gigatonnes en 2023 (source : Global Carbon Project). Selon le GIEC, même avec un recours massif aux techniques de séquestration du CO₂ (reforestation, bioénergie avec capture, capture directe de l’air, etc.), leur potentiel ne dépasserait pas 15 gigatonnes, soit bien en dessous du volume d’émissions qu’il reste à réduire pour atteindre la neutralité carbone.
Comment fixer sa trajectoire SBT ? 5 étapes à suivre
Voici le moment le plus concret pour vous en tant qu’entreprise ou organisation.
Déterminer votre trajectoire SBT (Science Based Targets) se fait en cinq étapes : s’engager, déterminer ses cibles, valider ses objectifs, communiquer son engagement et recalculer ses cibles.
Cette lettre atteste de sa volonté de fixer des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre alignés sur la science.
Elle ne contient pas encore les objectifs en eux-mêmes. C’est un signal d’intention. Une manière de marquer publiquement son ambition et d’entrer dans le processus de validation scientifique.
Étape 2 : définir ses cibles
Une fois engagée, l’entreprise dispose de 24 mois pour soumettre ses objectifs à la SBTi.
Chaque cible doit s’accompagner d’une année d’atteinte clairement définie. Pour un objectif à court terme, cette année cible doit se situer entre 5 et 10 ans après la date de soumission. Pour un objectif à long terme, la limite maximale est fixée à 2050.
L’entreprise doit donc projeter sa trajectoire de réduction en précisant à quel horizon elle compte atteindre ses engagements.
Choisir son année de référence
Pour chaque cible définie, l’entreprise doit sélectionner une année de référence. C’est à partir de cette base que les réductions d’émissions seront mesurées dans le temps.
📝A noter : La SBTi recommande de choisir une année récente, représentative de l’activité normale de l’entreprise. Elle doit refléter le périmètre organisationnel actuel et éviter les années “atypiques”, comme celles marquées par la pandémie de COVID-19.
L’année de référence ne doit pas être antérieure à 2015. L’écart entre cette année et l’année cible ne peut pas dépasser 10 ans pour un objectif à court terme.
Lorsqu’on fixe des objectifs sur les scopes 1, 2 et 3, il est fortement conseillé de retenir la même année de référence pour l’ensemble. Cela permet de garantir la cohérence des calculs et des comparaisons dans le temps.
Si les émissions évoluent fortement par rapport à l’année de référence (écart supérieur à 5 %), l’entreprise doit mettre à jour son calcul et ajuster ses objectifs en conséquence.
Certaines situations justifient également un recalcul de l’année de référence, par exemple en cas de changement important du périmètre de l’entreprise (acquisition, cession d’activité, fusion) ou de modification méthodologique majeure.
L’objectif est de garantir que les cibles fixées restent cohérentes avec la réalité des activités et représentatives de l’impact réel de l’organisation.
Sélectionner la méthode de réduction pour chacune de ces cibles
Une fois les cibles et l’année de référence définies, il faut choisir la méthode de calcul de la réduction d’émissions.
Chaque type d’objectif (court terme, long terme, Net Zero) a ses propres règles. Ces méthodes dépendent aussi des scopes concernés.
Objectifs à court terme – scopes 1 et 2
Les objectifs doivent couvrir au moins 95 % des émissions combinées des scopes 1 et 2.
Deux approches sont possibles.
La première, la plus robuste, consiste à adopter une réduction absolue alignée 1,5 °C. Dans l’approche de réduction absolue intersectorielle, cela signifie atteindre une baisse d’au moins 42 % des émissions d’ici 2030, par rapport à l’année de référence.
Lorsque cette année est fixée à 2020 ou avant, cet objectif correspond à une réduction linéaire d’environ 4,2 % par an.
En revanche, si une année de référence plus récente est retenue, l’effort doit être plus rapide afin d’atteindre malgré tout le jalon de 2030. La trajectoire devient alors plus abrupte, ce qui oblige l’entreprise à accélérer la mise en œuvre de ses actions de décarbonation.
☝️Par exemple : Une entreprise émet 10 000 tonnes de CO₂ en 2023 et souhaite valider un objectif pour 2030. Comme son année de référence est postérieure à 2020, elle doit compenser les trois années écoulées. Elle ne peut donc pas se contenter d’une baisse de 42 %. Pour rester conforme, elle doit réduire environ 55 % de ses émissions en seulement sept ans, ce qui revient à passer de 10 000 à 4 500 tonnes d’ici 2030.
Les objectifs doivent couvrir au moins 95 % des émissions combinées des scopes 1 et 2.
Deux approches sont possibles.
La première, la plus robuste, consiste à adopter une réduction absolue alignée 1,5 °C ;
La seconde, utilisée uniquement si un guide sectoriel existe, repose sur une convergence d’intensité sectorielle.
Trajectoires et les normes sectoriels actuellement disponibles ainsi que leurs échéances pour chaque secteur
Enfin, la SBTi permet d’ajouter un engagement spécifique sur les énergies renouvelables. Une entreprise peut ainsi s’engager à atteindre 80 % d’électricité renouvelable en 2025 et 100 % en 2030, ce qui vient renforcer la crédibilité de sa trajectoire.
Objectifs à court terme – scope 3
Le scope 3 regroupe toutes les émissions indirectes, liées par exemple aux achats, au transport, à l’usage des produits ou encore à leur fin de vie. Dans la majorité des cas, il représente plus de 80 % de l’empreinte carbone d’une entreprise.
La SBTi fixe une règle simple. Si le scope 3 pèse moins de 40 % du total, fixer une cible n’est pas obligatoire mais reste vivement recommandé. En revanche, dès qu’il dépasse ce seuil, il devient obligatoire de couvrir au moins 67 % des émissions de ce périmètre.
Plusieurs approches sont reconnues, sur une période de 5 à 10 ans après la soumission :
Réduction absolue : viser une réduction linéaire annuelle de 2,5 % des émissions (par rapport à l’année de référence).
Convergence sectorielle : appliquer une trajectoire spécifique définie par la SBTi selon le secteur (ex. : industrie, transport).
Réduction d’intensité physique ou économique : réduire de 7 % par an les émissions rapportées à une unité physique (produit, tonne, etc.) ou économique (chiffre d’affaires).
Engagement fournisseurs ou clients : faire en sorte qu’un certain pourcentage d’émissions soit couvert par des partenaires ayant eux-mêmes des objectifs SBTi validés, dans un délai de 5 ans.
Objectifs à long terme
Les objectifs à long terme visent l’horizon 2050 et fixent la trajectoire vers la neutralité carbone.
Ils doivent couvrir la quasi-totalité des émissions : au moins 95 % pour les scopes 1 et 2, et 90 % pour le scope 3.
Contrairement aux objectifs à court terme, la trajectoire « well-below 2 °C » n’est plus acceptée. Seule une ambition 1,5 °C est désormais retenue, ce qui impose des réductions massives et durables.
Plusieurs méthodes peuvent être utilisées pour formaliser cette trajectoire :
Une réduction absolue : pour tous les scopes 1, 2 et 3, réduction de 90 % par rapport à l’année de référence (ou 72 % pour les trajectoires FLAG Forest, Land and Agriculture.)
Convergence sectorielle : également pour tous les scopes, l’ambition dépend des trajectoires sectorielles spécifiques ?
Réductions d’intensité (physique ou économique) : uniquement le scope 3, Réduction globale de 97 % de l’intensité physique et/ou économique, sur les émissions couvertes.
Electricité renouvelable : uniquement le scope 2, Objectif de 100 % d’électricité renouvelable d’ici 2030, avec maintien au-delà.
En revanche, certaines approches admises à court terme ne sont pas recevables ici : les objectifs fondés sur l’engagement de fournisseurs ou clients ne peuvent pas être utilisés dans le cadre des cibles long terme.
Objectifs Net Zero
Atteindre le Net Zero ne consiste pas à compenser ses émissions, mais à les réduire de manière drastique, puis à neutraliser ce qu’il reste une fois que tous les leviers d’action ont été déployés.
Cette approche repose sur un cadre scientifique clair, tel que défini par la SBTi à travers son Net Zero Standard.
Concrètement, un objectif Net Zero repose sur :
une réduction minimale de 90 % des émissions totales (au moins 95 % pour les scopes 1 et 2, 90 % pour le scope 3) à horizon 2050,
puis une neutralisation des émissions résiduelles incompressibles, via des projets de séquestration carbone permanents et certifiés (par exemple la reforestation ou l’agroforesterie).
Dans la nouvelle version du Corporate Net-Zero Standard v2 du SBTi (en développement, publication finale courant 2026), les règles sur l’utilisation des crédits carbone deviennent plus strictes. À long terme, seuls les projets permettant un retrait durable du CO₂ de l’atmosphère devraient être reconnus pour neutraliser ces émissions résiduelles.
En parallèle, les entreprises sont encouragées à contribuer volontairement à l’effort climatique global grâce à des actions hors de leur chaîne de valeur, appelées Beyond Value Chain Mitigation (BVCM). Ces actions peuvent prendre la forme de projets d’évitement (comme le soutien à des énergies renouvelables remplaçant des sources fossiles) ou de séquestration additionnelle (comme la restauration de mangroves ou de tourbières).
Dans la future version du standard, cette approche évolue vers un cadre plus structuré appelé Ongoing Emissions Responsibility (OER). L’objectif est de reconnaître les entreprises qui contribuent activement à la transition climatique pendant leur phase de transformation. Par exemple, une entreprise peut mettre en place un prix interne du carbone pour orienter ses décisions d’investissement vers des solutions moins émettrices, ou financer des projets climatiques certifiés contribuant à la réduction ou au stockage du CO₂.
Tous les projets ne se valent toutefois pas.
Pour garantir leur intégrité, ces projets doivent être additionnels, traçables et durables. Des cadres comme l’ICROA posent des règles strictes de transparence, de qualité et de suivi des crédits carbone. En parallèle, plusieurs organismes indépendants comme Verra/VCS ou Gold Standard assurent que chaque tonne de CO₂ évitée ou absorbée correspond à une action réelle et mesurable.
Étape 3 : Validation des objectifs
Pour formaliser son engagement, l’entreprise doit soumettre son dossier à la SBTi. Cette étape déclenche un processus de validation rigoureux.
Un examinateur principal analyse les cibles proposées, puis un second expert rend un avis indépendant. Ce double regard garantit la solidité scientifique et la conformité aux critères méthodologiques.
📝A noter : Les petites et moyennes entreprises peuvent bénéficier d’une procédure simplifiée. Si elles remplissent certains critères, notamment des émissions annuelles inférieures à 10 000 tCO₂e sur les scopes 1 et 2, et si elles ne relèvent pas de secteurs soumis à exigences spécifiques, elles peuvent utiliser un formulaire dédié : le SME Science-Based Target Setting Form.
Pas besoin de lettre d’engagement, validation plus rapide, tarif réduit, et objectifs standardisés. C’est un levier concret pour les PME qui souhaitent structurer leur stratégie climat, sans ressources excessives ni expertise technique avancée.
Certaines entreprises, notamment dans l’agriculture, la forêt ou l’alimentation, sont concernées par les émissions liées à l’usage des sols : les émissions FLAG (Forest, Land and Agriculture).
Dans ces cas, des règles spécifiques s’appliquent. La SBTi a publié des critères dédiés pour intégrer les émissions liées à la déforestation, à l’élevage ou à la conversion des terres. Les entreprises concernées ne peuvent pas passer par le formulaire PME et doivent soumettre un dossier classique avec modélisation complète.
Étape 4 : Communiquer son engagement
Lorsque la validation est obtenue, l’entreprise s’engage à communiquer publiquement sur ses cibles. Cette transparence fait partie intégrante de la démarche. Elle permet de crédibiliser l’engagement et d’embarquer ses parties prenantes dans la transition.
La SBTi met à disposition un tableau de bord public (Target Dashboard), dans lequel les entreprises ayant des objectifs validés ou des engagements sont référencées. Dès l’officialisation, votre nom apparaît ainsi dans cette base : un atout pour la visibilité et la reconnaissance de votre trajectoire.
La SBTi fournit des ressources pour accompagner cette communication. Elle recommande de partager non seulement les objectifs, mais aussi les avancées régulières.
Même en dehors de l’initiative, il reste pertinent de parler de sa trajectoire climat. Que vous suiviez ou non la méthode SBTi, communiquer sur votre plan de décarbonation est un puissant levier d’engagement interne et externe.
Étape 5 : Piloter ses cibles SBTi
L’engagement SBTi ne s’arrête pas à la validation. Les entreprises doivent mettre à jour leurs cibles tous les cinq ans, afin de tenir compte des évolutions de leur activité, de leur périmètre ou du contexte scientifique.
Le suivi des progrès repose sur cinq principes clés : pertinence, exhaustivité, cohérence, transparence et précision.
Il s’inscrit également dans un cadre plus large de conformité réglementaire, notamment en matière de comptabilité carbone.
La SBTi suffit-elle pour structurer sa stratégie climat ?
ACT Pas à Pas : méthode et accompagnement pour construire une stratégie climat alignée avec les objectifs SBTi
La SBTi fournit un cadre de référence précieux pour définir des objectifs de réduction alignés avec la science. Mais elle ne constitue pas, à elle seule, une stratégie climat complète.
Elle fixe une trajectoire, sans détailler les moyens concrets pour l’atteindre. En particulier, elle ne remplace ni le bilan carbone, ni l’élaboration d’un plan d’action chiffré, ni le pilotage opérationnel dans le temps.
C’est là qu’intervient la méthode ACT Pas à Pas, développée par l’ADEME et le CDP. Conçue pour évaluer la crédibilité des plans de transition, elle monte aujourd’hui en puissance à mesure que les entreprises cherchent à passer de la cible à l’action. Comme le souligne Arnaud Marec, directeur d’ACT Solutions (ADEME) :
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Face aux premières échéances climatiques et à des objectifs encore trop peu atteints, de plus en plus d’organisations s’appuient sur ACT Pas à Pas pour construire une trajectoire robuste, cohérente et alignée avec l’Accord de Paris.
Chez WeCount, nous sommes référencés sur cette méthode. Notre accompagnement permet aux PME et ETI de structurer leur stratégie climat autour de trois piliers complémentaires :
Mesurer leur empreinte carbone (GHG Protocol, Bilan Carbone®) ;
Construire une trajectoire de réduction compatible avec les objectifs SBTi ;
Définir un plan d’action chiffré et crédible, aligné avec les enjeux climat et réglementaires ;
Piloter la mise en œuvre dans la durée grâce à notre plateforme carbone.
La certification SBTi valide les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre d'une entreprise, en s'assurant qu’ils sont alignés sur l'Accord de Paris.
Qu'est-ce que le référentiel SBTi ?
Le référentiel SBTi regroupe les critères, méthodes et outils que les entreprises doivent suivre pour fixer des objectifs de réduction compatibles avec un scénario de réchauffement à 1,5 °C ou "well-below 2 °C".
Quelle est la différence entre zéro net et SBTi ?
Le "zéro net" est une participation à la neutralité carbone globale. La SBTi propose un cadre pour y parvenir, en imposant des réductions réelles d’émissions avant toute compensation, selon des étapes scientifiquement définies.
SBTi permet de valider des cibles. ACT vient déterminer si l’ensemble du plan de transition, les investissements prévus, les actions sur la chaîne de valeur, etc. sont alignés et crédibles.
Arnaud Marec
Directeur Général ADEME ACT Solutions
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Vagues de chaleur, sécheresses, ruptures d'approvisionnement… Les impacts de la crise climatique ne sont plus une perspective lointaine. Pourtant, face aux contraintes économiques et à l'instabilité globale, de nombreuses entreprises peinent à se projeter et à arbitrer en faveur d'engagements de long terme.
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Intervenants
🎙️ Thomas Breuzard, Directeur permaentreprise chez Norsys & Co-président de B Corp France
🎙️ Arthur Auboeuf, Cofondateur de Team for the Planet
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👋 À propos des webinaires Pépites de WeCount
Les Pépites de WeCount mettent en lumière celles et ceux qui font avancer la transition dans leurs organisations comme dans la société. Un rdv trimestriel, des formats courts, inspirants et concrets pour passer de la réflexion à l’action.
Certaines s’appliquent dès maintenant, d’autres dessinent le cadre des prochains mois ou des prochaines années. Dates, chiffres, changements de méthode, échéances : nous avons retenu les éléments qui peuvent concrètement modifier le travail des équipes RSE, ou qui méritent d’être anticipés.
En résumé :
Depuis le 22 août 2026, les marchés publics doivent obligatoirement intégrer un critère environnemental dans l’analyse des offres et une condition d’exécution environnementale dans le contrat. Les entreprises candidates doivent donc être capables de proposer des engagements précis et vérifiables.
La SNBC 3 adoptée par décret le 16 juillet 2026, relève l’ambition des objectifs climatiques français : le budget carbone 2024-2028 passe de 362 Mt éqCO2/an à 342 Mt éqCO2/an et l’objectif 2030 de -40 % à -50 % par rapport à 1990. Avec la SNBC 3, la France devient le premier pays à fixer des objectifs chiffrés sur son empreinte carbone, émissions importées comprises : -71 % à -79 % en 2050 par rapport à 2010.
Le 3 juillet 2026, la Commission européenne a adopté les ESRS révisés et le standard VS (ex VSME - Voluntary Standard for SMEs). Avec cette révision, le nombre de points de données obligatoires de la CSRD diminue de plus de 60 %, et le nombre total de points de données de plus de 70 %, sans remettre en cause le principe de double matérialité. Les textes sont encore en cours d’examen par le Parlement européen et le Conseil de l’UE.
Le 11 juin 2026, SBTi apublié la V2 de son Corporate Net-Zero Standard. Elle renforce le passage de l’objectif à l’action : cycles de cinq ans, plan de transition, suivi annuel et nouvelle approche du Scope 3. Les objectifs déjà validés restent actifs et la transition vers la V2 se fera progressivement en 2027-2028.
Le 29 juillet 2026, le GHG Protocol a annoncé la fusionde son standard de reporting avec celui de l'ISO. Ce rapprochement s'accompagne d'une refonte majeure du Scope 3 : obligation de couvrir au moins 95 % des émissions (max. 5 % d'exclusions justifiées), transparence accrue sur l'origine des données (réelles ou estimées) et création d'une catégorie pour les intermédiaires (Catégorie 16). Les règles sur les achats d’énergie renouvelable (Scope 2) restent en discussion.
Marchés publics : les exigences environnementales deviennent obligatoires dans les offres et les contrats
Depuis le 22 août 2026, l’article 35 de la loi Climat et Résilience impose de nouvelles obligations environnementales dans les marchés publics.
La Direction des Affaires juridiques (DAJ) de Bercy a précisé leur application dans des fiches publiées le 23 juillet 2026. Ces règles concernent tous les marchés publics et les contrats de concession (y compris les prestations de conseil ou de services informatiques), à la seule exception des contrats de défense et de sécurité.
Concrètement :
L’obligation d’au moins un critère environnemental dans les appels d’offres publics : Pour noter et départager les candidats, l’acheteur public doit systématiquement intégrer un critère d’attribution prenant en compte les caractéristiques environnementales de l’offre (comme la part de matériaux recyclés ou réemployés, la part des produits titulaires de l’écolabel européen ou tout autre écolabel équivalent).
Une clause verte d'exécution obligatoire : les contrats doivent désormais prévoir au moins une condition d’exécution environnementale précise, mesurable et vérifiable pendant le chantier ou la prestation. Une formulation passive comme « Le titulaire doit respecter la réglementation environnementale en vigueur » est désormais insuffisante. À titre d’exemple, la DAJ propose des rédactions concrètes telles que l’obligation de mettre en œuvre un plan de gestion des déchets incluant le tri à la source et la valorisation d’au moins 70 % des déchets générés par le contrat.
Interdiction du recours au critère unique du prix : Si l’acheteur ne retient qu’un seul critère, il doit utiliser le coût selon une approche globale qui prend en compte les caractéristiques environnementales, par exemple à travers le coût du cycle de vie.
Le critère environnemental doit compter pour au moins 10 % de la note finale : Pour garantir la portée réelle de ce critère environnemental, la DAJ recommande de lui attribuer une pondération représentant a minima 10 % de la note totale. C'est un conseil d'achat et non un minimum fixé par la loi.
Une clause sociale obligatoire au-delà des seuils européens (140 000 € pour l’État, 216 000 € pour les collectivités et 5 404 000 € pour les marchés de travaux et concessions) : l’acheteur doit intégrer une clause liée à l’emploi ou au domaine social. Sauf dérogation exceptionnelle prévue par la loi, cette obligation peut se traduire concrètement par des engagements sur l'insertion professionnelle, l'amélioration des conditions de travail, l'accessibilité ou encore l'égalité professionnelle.
🗒️Notes : Qu’en est-il pour le cas des petits achats (< 25 000 € HT) ? Pour une commande sans écrit, l’acheteur doit chercher à intégrer des objectifs environnementaux. Une méthode serait par exemple d’évaluer les offres en coût global (en cumulant le prix d'acquisition, l'entretien, la durée d’usage et la valorisation des déchets). Si l’achat fait l'objet d'un simple devis, ce sont les conditions générales applicables qui doivent incorporer une clause verte. En revanche, dès qu'un marché écrit formel est exigé, cette clause environnementale doit figurer directement au cœur même du contrat.
Ce que vous devez en retenir
La réglementation interdit à l'acheteur public de noter la politique RSE globale d’une entreprise. Les critères et les clauses d'exécution doivent présenter un lien direct avec l’objet du marché.
Pour se démarquer, les candidats devront impérativement structurer un mémoire technique environnemental sur mesure, détaillant des engagements chiffrés, des indicateurs de performance et des preuves de suivi directement applicables aux prestations du contrat. Un mémoire technique environnemental trop généraliste ou standardisé risque d’obtenir une note insuffisante pour remporter le marché.
Adoption de la SNBC 3 : ambition d'une accélération nette de la baisse des émissions en France d'ici 2030.
Adoptée par décret le 16 juillet 2026, la troisième Stratégie nationale bas-carbone actualise la feuille de route de la France pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre et atteindre la neutralité carbone en 2050.
Parmi les principales évolutions :
Un objectif 2030 rehaussé et un budget carbone resserré : Par rapport à la SNBC 2, la SNBC 3 rehausse nettement l'ambition nationale. La cible de baisse des émissions territoriales brutes hors puits de carbone d'ici 2030 est portée de -40 % à -50 % (ramenant la cible d'émissions de 315 Mt à 276 Mt éqCO2). Pour concrétiser cette accélération, le 3e budget carbone (2024-2028) a été fortement resserré : le plafond d'émissions annuel autorisé est ramené de 362 Mt éqCO2/an sous la SNBC 2 à 342 Mt éqCO2/an sous la SNBC 3.
source : Stratégie nationale bas-carbone n°3 Partie 1 Juillet 2026
Des objectifs sur l’empreinte carbone : jusqu’ici suivie mais sans objectif chiffré dans la SNBC, l’empreinte carbone de la France intègre désormais une cible indicative de réduction. Elle doit baisser de 38 % à 43 % d’ici 2030 et de 71 % à 79 % d’ici 2050 par rapport à son niveau de 2010.
source : Stratégie nationale bas-carbone n°3 Partie 1 Juillet 2026
🗒️Notes : Inventaire et empreinte, quelle différence ? L’inventaire national, fondé sur une approche territoriale, comptabilise les émissions de GES générées par les ménages et les activités économiques présents sur le territoire français. L’empreinte carbone adopte une approche par la consommation : elle ajoute aux émissions territoriales celles liées aux importations et exclut celles associées aux exportations.
Des puits naturels revus à la baisse : la dégradation de la capacité d’absorption biologique des forêts françaises liée au changement climatique (sécheresses, scolytes, incendies) oblige l'État à revoir ses hypothèses. La stratégie donne parallèlement davantage de place aux puits technologiques de captage et stockage du CO₂ (BECCS et DACCS).
Des transformations sectorielles importantes : électrification des usages, baisse des énergies fossiles, rénovations des bâtiments, décarbonation de l’industrie et évolution des pratiques agricoles structurent la trajectoire.
Dans son rapport annuel publié en juillet 2026, le Haut Conseil pour le Climat alerte sur le ralentissement de la décarbonation nationale, marquée par des baisses d'émissions brutes de seulement -3,0 % en 2024 et -2,1 % en 2025 (pré-estimée). Pour respecter le 3e budget carbone, ce rythme de réduction annuel doit au moins doubler pour dépasser 4 % par an d’ici 2028.
Le HCC recommande également d’associer à la SNBC 3 une feuille de route opérationnelle annuelle, étroitement coordonnée avec la planification budgétaire nationale, afin de renforcer les investissements nécessaires à la décarbonation et garantir la stabilité des dispositifs.
Parmi les 82 recommandations de son rapport annuel, le Conseil met particulièrement en avant la nécessité d'activer des leviers collectifs de sobriété, aujourd'hui sous-exploités, pour soulager la demande d’énergie et les ressources en biomasse.
À titre d’illustration, le HCC préconise notamment d'instaurer un moratoire sur l'augmentation des capacités des aéroports français pour contenir la hausse du trafic aérien, et d'encadrer les professionnels de l'agroalimentaire afin d'orienter la demande de consommation vers un régime plus végétal.
Ce que vous devez en retenir
Pour les responsables RSE, la SNBC 3 est plus que jamais un outil de projection stratégique. Elle permet de vérifier si les investissements et les choix stratégiques de votre entreprise sont cohérents avec les transformations probables dans votre secteur d'activité. L’introduction d'objectifs sur l'empreinte carbone replace également les achats, les importations et la décarbonation de votre chaîne de valeur au cœur de la stratégie.
ESRS et VSME : le reporting est fortement allégé, sans abandonner ses fondamentaux
Le 3 juillet 2026, la Commission européenne a adopté les ESRS révisés ainsi que le standard volontaire VSME, désormais rebaptisée « Voluntary Standard » ou VS.
Les principaux changement du standard volontaire (VS) :
Un allègement des indicateurs (points de données) : Pour s'aligner sur les normes ESRS révisées, le standard a été allégé par rapport à sa version initiale. Par exemple, l'intensité carbone (B3) et la surface au sol artificialisée (B5) ont été supprimées. De plus, le taux de rotation du personnel (turnover) a été basculé du module de base (initialement intégré dans la norme B8) vers le module complémentaire (C5).
Une protection renforcée pour les très petites entreprises : La Commission a introduit un seuil spécifique fixé à 10 salariés. Pour les entreprises comptant 10 employés ou moins, certaines informations (notamment les données environnementales complexes) sont désormais totalement facultatives.
En parallèle, la Commission européenne a publié une nouvelle version des normes reporting en matière de durabilité (ESRS).Cette révision poursuit l’objectif du paquet Omnibus : réduire la charge et le coût du reporting de durabilité tout en conservant les principes structurants de la CSRD.
Les textes sont actuellement soumis à l'examen de non-objection du Parlement européen et du Conseil de l'UE jusqu’en septembre voire novembre 2026.
Parmi les principaux changements :
Le nombre total de points de données diminue fortement (+ de 70%) : les points de données obligatoires diminuent de plus de 60 % et le nombre total de points de données de plus de 70 %. Selon l’EFRAG, les économies de coûts de reporting pourraient atteindre en moyenne environ 34 % sur cinq ans pour les entreprises concernées, tandis que la Commission européenne estime que la réduction des charges dépassera 30 % par entreprise.
La double matérialité est pérennisée : l’entreprise doit toujours identifier ses impacts, risques et opportunités matériels. L’analyse est toutefois simplifiée avec une approche « top-down » : l’entreprise commence par évaluer les grands sujets de durabilité au regard de ses activités et de son modèle d’affaires, puis approfondit uniquement ceux pour lesquels la matérialité (ou non matérialité) n’est pas évidente.
Davantage de souplesse sur les données : recours facilité aux estimations, possibilités d’omission sous conditions, et délais supplémentaires pour certaines informations complexes comme l'impact financier futur du changement climatique sur l'entreprise.
Introduction du "Value Chaine Cap" pour protéger les sous-traitants : Lors de la collecte de données, ce principe interdit formellement aux donneurs d'ordres soumis à la CSRD d'exiger de leurs fournisseurs de moins de 1 000 salariés des données ESG dépassant le cadre simplifié du standard volontaire VS.
Pour l’exercice 2026, les entreprises de la première vague disposent de plusieurs options : Elles peuvent choisir de conserver temporairement les ESRS actuels, d'adopter par anticipation les ESRS révisés, ou d’opter pour une approche intermédiaire leur permettant de bénéficier de plusieurs mesures de simplification ciblée. L’application des ESRS révisés est prévue à partir de l’exercice 2027, sous réserve de la fin du processus institutionnel.
Ce que vous devez en retenir
Réduire la charge d'un reporting parfois très lourd va permettre aux équipes RSE de libérer du temps pour piloter des plans d'actions concrets. Toutefois, la simplification ne doit pas rimer avec perte d'informations stratégiques : une double matérialité solide reste indispensable pour guider les investissements et sécuriser la résilience du modèle d'affaires face aux risques physiques et de transition. Enfin, pour les entreprises exclues du périmètre réglementaire suite au relèvement des seuils cumulatifs (plus de 1 000 salariés et plus de 450 M€ de CA), le standard volontaire VS s'impose comme l'outil idéal pour répondre plus simplement aux demandes ESG.
SBTi V2 : le standard passe davantage de l’objectif à la mise en œuvre
Le 11 juin 2026, SBTi a publié la version 2.0 de son Corporate Net-Zero Standard. L’évolution répond à une difficulté remontée depuis plusieurs années : fixer une trajectoire scientifique ne suffit pas toujours à provoquer les réductions attendues, notamment sur le Scope 3 lorsque l’entreprise dépend de ses fournisseurs, de technologies encore peu disponibles ou de transformations de filière.
SBTi présente donc désormais son standard comme un cadre davantage tourné vers la mise en œuvre.
Parmi les principaux changements :
La distinction Catégories A et B : Les obligations sont désormais proportionnées. La Catégorie A (grandes entreprises et ETI des pays riches de ≥ 250 salariés ou ≥ 50 M€ de CA) doit obligatoirement soumettre un objectif Scope 3 à court terme et soumettre son bilan carbone de référence à un audit indépendant par un tiers. Pour la Catégorie B (plus petites structures), le Scope 3 court terme devient optionnel.
La gouvernance au cœur : Les objectifs de court terme sont fixés sur des cycles de cinq ans et toutes les entreprises doivent disposer d’un plan de transition, validé au plus haut niveau de gouvernance, avec un suivi régulier des progrès.
Le recentrage du Scope 3 : SBTi abandonne l'ancienne règle rigide qui exigeait de couvrir 67 % du Scope 3 global. Désormais, pour les grandes entreprises (Catégorie A), il devient obligatoire de cibler individuellement chaque catégorie pesant au moins 5 % du Scope 3. Toutefois l’entreprise peut exclure une catégorie de plus de 5 % si elle n'a aucun moyen d'action réel dessus (comme des actifs loués non contrôlés), à condition de le justifier et de le quantifier en toute transparence.
Crédits carbone et OER : SBTi clarifie les règles à ce sujet, la compensation reste interdite pour réduire ses émissions directes. Elle crée cependant l’OER (Ongoing Emissions Responsibility), un programme volontaire (jusqu’en 2035) permettant de valoriser financièrement le soutien à des projets climatiques hors chaîne de valeur pour assumer ses émissions résiduelles durant la transition. Pour le secteur, cela acte le passage de la neutralité individuelle revendiquée à la notion de contribution collective.
Le principe du « Best effort » : Si une entreprise n’atteint pas son objectif après un cycle de 5 ans, elle ne perd plus sa labellisation ; elle doit prouver avec transparence qu’elle a mobilisé tous les leviers possibles et expliquer scientifiquement ses obstacles.
Cette permissivité fait débat. L’ONGCarbon Gap reconnaît la difficulté pour SBTi de trouver l’équilibre entre maintenir un maximum d’entreprises engagées et réserver la validation aux trajectoires réellement compatibles avec la neutralité carbone.
Mais l’organisation estime que le nouveau référentiel « flexibilise » et « temporise » beaucoup, et juge l’approche « best possible efforts » « un peu légère pour une certification » face à l’accélération du changement climatique.
SBTi a également renoncé à imposer la comptabilisation obligatoire au « pas horaire » des garanties d’origine (pour faire coïncider heure de consommation et heure de production d'énergies renouvelables intermittentes). Cette pratique reste volontaire, ce qu’EnergyTag et plusieurs ONG ont publiquement critiqué.
Ce que vous devez en retenir
Pour les équipes RSE, cette V2 déplace une partie du travail vers la mise en œuvre : qualité du plan de transition, actions réellement engagées et capacité à documenter les blocages rencontrés. Sur le Scope 3 en particulier, SBTi reconnaît davantage qu’une entreprise ne maîtrise pas seule toute sa chaîne de valeur, tout en lui demandant de démontrer précisément les actions qu’elle peut engager.
🗒️Notes : Cette évolution conforte aussi l’intérêt que nous portons à ACT Pas-à-Pas pour construire une stratégie de transition. La méthode relie la trajectoire aux décisions qui doivent permettre de l’atteindre, en travaillant notamment sur la gouvernance, les investissements, le modèle économique et le plan d’action. SBTi reste utile pour cadrer un objectif de réduction aligné avec la science, ACT Pas-à-Pas apporte un cadre plus concret pour organiser les transformations à engager et suivre leur mise en œuvre.
GHG Protocol : alignement avec l’ISO et de nouvelles règles méthodologiques
Le 29 juillet, le GHG Protocol a officiellement annoncé une série d'évolutions majeures pour ses standards de comptabilité d'entreprise. Face à une demande internationale de standards de comptabilité carbone interopérables et plus précis, l'organisation renforce sa gouvernance et s'associant à l'ISO et pose les bases des évolutions méthodologiques à venir.
Les nouveautés et chantiers clés à retenir :
La fusion historique avec l'ISO : Le GHG Protocol et l'ISO (Organisation internationale de normalisation) vont unir leurs standards respectifs de comptabilité carbone d'entreprise en une seule et unique norme internationale harmonisée d'ici fin 2028. C'est une étape importante vers l'unification des règles du reporting GES à l'échelle internationale.
La refonte structurante du Scope 3 : Véritable pilier de cette révision, la refonte du Scope 3 (les émissions indirectes de la chaîne de valeur, représentant souvent plus de 70 % de l'empreinte totale) durcit considérablement les règles. Les nouvelles exigences prévoient l’obligation de couvrir au moins 95 % des émissions obligatoires, limitant les exclusions à un plafond strict de 5 % qui devront être rigoureusement quantifiées et justifiées.
Les entreprises devront également faire preuve d’une transparence totale sur la qualité de leurs données en distinguant les données réelles (fournies par les partenaires) des simples estimations d'activité ou monétaires. Enfin, une nouvelle catégorie dédiée aux « émissions facilitées » (la Catégorie 16) est créée pour comptabiliser l'impact indirect des intermédiaires, comme les plateformes numériques de mise en relation, le courtage ou les services financiers.
La consultation Scope 2 (électricité renouvelable) : Les résultats de la consultation publique sur la révision du Scope 2 (qui a recueilli près de 1 100 réponses de 56 pays) ont été publiés. Ils confirment une grande diversité d'opinions sur la manière dont les entreprises doivent comptabiliser l'achat d'énergies renouvelables, un sujet qui reste très débattu.
Ce que vous devez en retenir :
Pour les directions RSE, l'annonce d'une future fusion entre l'ISO et le GHG Protocol est un signal fort qui devrait, à terme, simplifier les démarches de conformité en éliminant la concurrence entre ces deux référentiels historiques. Les futures règles de comptabilisation de l'électricité renouvelable (Scope 2) et des actions de réduction font encore l'objet d'intenses discussions techniques.
De plus, la rigueur accrue sur le Scope 3 impose d'anticiper dès maintenant la structuration, la traçabilité des données pour se préparer à des audits carbone de plus en plus stricts, exigés par les réglementations et les investisseurs.
Pendant plusieurs mois, ces structures ont réalisé leur bilan d'émissions de gaz à effet de serre (GES), partagé leurs données terrain et élaboré leurs premières pistes d'action de décarbonation grâce à l'accompagnement individuel, aux ateliers collectifs et à la plateforme carbone de WeCount.
Les retours d'expérience opérationnels des Offices de Tourisme participants, associés à l'expertise méthode de WeCount, ont permis la co-construction d'une note méthodologique au plus proche des réalités et des spécificités du secteur touristique territorial.
Contenu du guide
Dans le guide, vous pouvez trouver :
✅ +20 idées d'actions concrètes et leviers opérationnels pour engager votre plan de décarbonation et inciter aux mobilités bas-carbone.
💡 Des repères méthodologiques sur-mesure pour structurer votre démarche et réussir à définir vos périmètres d'étude (Périmètre Office de Tourisme vs Périmètre Destination)
🔎 Une analyse décryptée des 6 principaux postes d'émissions du secteur : mobilités visiteurs (réceptif/local), produits de boutique, prestations traiteurs & alimentation, numérique, gestion des bâtiments et achats de services.
📊 Des recommandations et cas pratiques pour fixer votre trajectoire de réduction des émissions (alignée sur la SNBC, les objectifs de votre collectivité ou la méthodologie SBTi) et mobiliser votre écosystème territorial.