Le changement climatique est une réalité qui affecte déjà les entreprises françaises. Selon une étude de Bpifrance Le Lab publiée en décembre 2024, 1 dirigeant sur 3 déclare avoir déjà vu son entreprise affectée par un aléa climatique (sécheresse, inondation, canicule, tempête…).
Et pourtant, seuls 12% des chefs d'entreprise ont défini une stratégie et des plans d'actions en matière d'adaptation. Ce constat illustre une réalité de terrain : beaucoup d’organisations perçoivent désormais le risque, mais peinent encore à structurer une réponse adaptée.
En complément des démarches de décarbonation, l’adaptation consiste justement à préparer l’entreprise à continuer d’opérer dans un climat qui évolue, avec des impacts déjà visibles sur les sites, les équipes, les approvisionnements ou les coûts d’exploitation.
Dans cet article, nous vous expliquons pourquoi l’adaptation devient un sujet stratégique, comment construire votre démarche et sur quels outils vous appuyer pour passer à l’action.
A retenir
Des risques déjà visibles et en accélération : 1 dirigeant sur 3 a déjà vu son entreprise affectée par un aléa climatique. Les événements extrêmes (canicules, sécheresses, inondations…) s'intensifient en fréquence et en gravité, menaçant la continuité d'activité et la chaîne de valeur.
Un cadre réglementaire qui se durcit : Le 3ème volet du PNACC (Plan National d'Adaptation au Changement Climatique), la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) et la CSDDD (Corporate Sustainability Due Diligence Directive) imposent aux entreprises (grandes et PME via leurs donneurs d'ordres) d'évaluer et de piloter leurs risques climatiques.
L'adaptation est un levier de compétitivité : Anticiper les risques climatiques, c'est sécuriser ses approvisionnements, réduire ses pertes économiques, maintenir sa performance opérationnelle et renforcer sa crédibilité auprès de ses parties prenantes (clients, investisseurs, assureurs).
Adaptation et atténuation sont complémentaires : Réduire ses émissions (atténuation) ne suffit pas : même en visant la neutralité carbone, les impacts climatiques sont déjà engagés pour les décennies à venir. Une stratégie climat complète articule décarbonation ET adaptation.
Pourquoi élaborer une stratégie d'adaptation dès maintenant ?
L’adaptation au changement climatique consiste à préparer une entreprise à continuer d’opérer dans un climat qui évolue, afin de sécuriser son activité face à des impacts déjà visibles et appelés à s’intensifier.
À court terme, l'objectif est de limiter les pertes économiques ; à long terme, c'est la pérennité même de votre modèle qui est en jeu.
Concrètement, cela implique d’identifier les aléas climatiques susceptibles d’affecter votre activité (montée des eaux, vagues de chaleur, sécheresses) et d’évaluer le coût de l'inaction face aux risques qu'ils font peser sur votre organisation.
L’enjeu est de comprendre comment ces risques peuvent affecter l'ensemble de votre chaîne de valeur, afin de :
Identifier vos principales vulnérabilités : par exemple, une chaîne du froid particulièrement sensible aux fortes chaleurs ou une production fortement dépendante d’une ressource en eau sous tension ;
Cartographier vos sensibilités face aux aléas et vos niveaux d'exposition : que ce soit en amont chez vos fournisseurs stratégiques (ex: pénurie de matières premières), sur vos propres sites (ex: entrepôt en zone inondable), ou en aval (ex: ruptures logistiques) ;
Prioriser les actions à mettre en place : pour renforcer la résilience de votre modèle économique, adapter les infrastructures et revoir les plans de continuité d’activité.
Pour comprendre pourquoi l’adaptation devient aujourd’hui un prérequis stratégique, il faut d’abord s’intéresser à la nature si spécifique des risques climatiques auxquels les entreprises sont confrontées.
Les risques climatiques liés au changement climatique
Les risques climatiques présentent certaines spécificités qui les distinguent des autres risques auxquels les entreprises sont habituées.
La difficulté à prévoir leur évolution
L'étude des valeurs historiques est importante car elle permet auxentreprises de voir comment elles ont été déjà affectées par le changement climatique, mais pas suffisante pour anticiper l'évolution future des aléas climatiques.
Les modèles du passé ne permettent pas de prédire la fréquence et l'intensité des événements à venir. Dans l’idéal, il faut croiser d’une part les retours d’expérience, d’autre part les différentes projections, et accepter une logique de tolérance à l’incertitude.
L'irréversibilité et l'ampleur de leurs conséquences
Certains impacts du changement climatique sont irréversibles à l'échelle humaine : disparition d'îles et de territoires, perte de biodiversité, dégradation des sols, fonte des glaciers, acidification des océans.
Pour les entreprises, cela signifie que certaines transformations du climat peuvent modifier durablement les conditions d’exploitation d’un territoire ou d’une activité.
Deux grandes catégories de risques climatiques
L'adaptation vise à renforcer la résilience du modèle économique face à deux types de risques :
Les risques physiques : événements extrêmes (inondations, cyclones) ou évolutions chroniques (crues, vagues de chaleur) ;
Les risques de transition : changements réglementaires (renforcement des taxes carbone, interdiction des emballages à usage unique, zones de faibles émissions…), évolutions des marchés ou risques de réputation.
Ces risques peuvent se matérialiser à différents niveaux de l’activité d’une entreprise. Ils ne se limitent pas aux infrastructures ou aux sites de production et peuvent impacter l’ensemble de la chaîne de valeur.
Impacts du changement climatique sur la chaîne de valeur
La chaîne de valeur en amont : pénurie de matériaux, hausse des coûts d’approvisionnement, problèmes de transport et hausse du coût des transports… ;
Les opérations : hausse du coût des assurances, dommages sur sites et plateformes, hausse du coût de l’énergie et de l’eau, dégradation des conditions de travail, etc ;
La chaîne de valeur en aval : hausse du coût du transport, incapacité à produire ou à se fournir, réduction des marchés ciblés, etc.
Exemples concrets de ruptures de chaînes d’approvisionnements, source carbone4.com
Exemple : Les principaux risques pour le secteur agroalimentaire
Pour mieux vous projeter, voilà un exemple très concret avec un aperçu de quelques risques liés au changement climatique pour le secteur agroalimentaire :
Chute des rendements et volatilité : Les sécheresses, gels tardifs et vagues de chaleur impactent directement la quantité et la qualité des récoltes (céréales, fruits, légumes) ;
Santé du bétail : Le stress thermique réduit la production laitière et augmente la mortalité dans les élevages ;
Prix des intrants : Hausse du coût des matières premières agricoles, déstabilisant les marges des transformateurs ;
Tensions sur la ressource en eau (quantité et qualité) et conflits d'usage avec d'autres secteurs ;
Dépendance à l'eau : Les industries agro-alimentaires sont de très grosses consommatrices d'eau (nettoyage, process). Les restrictions préfectorales peuvent entraîner des arrêts de production ;
Besoins énergétiques (Froid) : L'augmentation des températures extérieures oblige les usines à surconsommer de l'énergie pour maintenir les zones de stockage et de transformation à la bonne température ;
Vulnérabilité des infrastructureset des systèmes de production : Risques d'inondations ou de tempêtes endommageant les sites de production ou les silos de stockage, investissements non prévus, arrêts d’activité ;
Changement de la demande vers des produits moins carbonés ou plus résistants à la chaleur (ex: baisse de consommation de certains produits gras/lourds en été, baisse de consommation des produits carnés, etc.) ;
Rupture de la chaîne du froid : Les épisodes de chaleur extrême mettent sous tension les camions frigorifiques et les linéaires en magasin, augmentant le risque de gaspillage alimentaire.
Face à ces risques croissants pour les activités économiques, les pouvoirs publics et les régulateurs encouragent progressivement les entreprises à mieux intégrer l’adaptation dans leur stratégie.
Un cadre réglementaire qui s’aligne peu à peu sur ces enjeux
L'adaptation au changement climatique n'est plus une démarche volontaire : elle devient progressivement obligatoire via plusieurs textes réglementaires.
Le PNACC (Plan National d'Adaptation au Changement Climatique) : Le 3ème PNACC, adopté en 2024, fixe la trajectoire de référence pour l'adaptation de la France au changement climatique. Il impose à certains secteurs d’activité et territoires de prendre en compte les risques climatiques dans leur stratégie. L’objectif est de préparer la France à un réchauffement de +2°C à +4°C d'ici 2100 et réduire la vulnérabilité des activités économiques. Pour creuser le sujet, découvrez notre article “PNACC : les mesures clés du nouveau plan national d’adaptation”.
La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) : La CSRD impose aux entreprises concernées de publier des informations détaillées sur leurs risques climatiques (physiques et de transition), leurs impacts financiers et les mesures d’adaptation mises en œuvre. Elle incite donc fortement à structurer une véritable stratégie d’adaptation.
L'adaptation comme levier de compétitivité et de résilience
Au-delà du cadre réglementaire, l'adaptation au changement climatique est aussi et surtout un levier stratégique pour renforcer la résilience et la compétitivité de votre entreprise.
À court terme :
Réduire les impacts des aléas climatiques ;
Sécuriser la production et les approvisionnements : Anticiper les ruptures, diversifier les sources, sécuriser les stocks critiques ;
Limiter les pertes économiques : Éviter les arrêts d'activité prolongés, réduire les coûts de réparation et de remplacement ;
Maintenir les conditions de travail : Protéger la santé et la sécurité des salariés (climatisation, aménagement des horaires, EPI adaptés)
À long terme :
Renforcer la résilience du modèle économique ;
Sécuriser les investissements : Éviter les actifs échoués (exemple : bâtiments en zone inondable, équipements inadaptés) ;
Maintenir la performance et la compétitivité : S'adapter plus vite que ses concurrents, capter de nouveaux marchés ;
Renforcer la crédibilité : Rassurer clients, investisseurs, assureurs, salariés sur la pérennité de l'entreprise ;
Accéder aux financements : De plus en plus de banques et fonds conditionnent leurs financements à la prise en compte des risques climatiques.
Les coûts de l'inaction sont supérieurs aux coûts de l'adaptation
Ne rien faire coûte beaucoup plus cher que d'agir.
Selon l'ADEME (novembre 2023), si les émissions de GES ne baissent pas suffisamment, les impacts du changement climatique pourraient conduire en France à une perte de richesse potentielle de 10 points de PIB.
À l’inverse, le rapport “Returns on Resilience” estime que pour 1 dollar investi dans l’adaptation climatique, cela génère plus de 10 dollars de bénéfices économiques.
Pour une entreprise, l'inaction se traduit par :
Pertes d'exploitation (arrêts de production, ruptures d'approvisionnement) ;
Hausse des coûts (assurance, énergie, eau, matières premières) ;
Perte de marchés (clients qui se tournent vers des concurrents plus résilients) ;
Risque de faillite (dans les cas extrêmes). Aux États-Unis, il y a par exemple eu en 2019 la faillite de Pacific Gas Electric (PGE), un géant de l’énergie. Le Wall Street Journal titrait d’ailleurs "C’est la première faillite liée au changement climatique, probablement pas la dernière".
Qu'est-ce qu'une stratégie d'adaptation au changement climatique ?
Une stratégie d'adaptation complète ne se limite pas à faire un état des lieux à l'instant T. Elle vise à projeter l'entreprise dans le futur pour anticiper ses vulnérabilités et planifier sa résilience.
Pour être efficace, cette démarche se divise généralement en deux grandes phases : l’analyse des risques puis le plan d'action.
Phase 1 : analyser les risques climatiques
Avant d’entrer dans le détail des différentes étapes, il est utile de comprendre la logique globale de l’analyse des risques climatiques.
La démarche consiste à partir des aléas climatiques, à identifier les processus essentiels au fonctionnement de l’entreprise, puis à évaluer leur niveau d’exposition, de sensibilité et de capacité d’adaptation.
Le schéma ci-dessous donne une vision d’ensemble de cette approche.
Étape 1 : identifier les processus vitaux pour le fonctionnement de l’entreprise
L’objectif n’est pas d’analyser chaque activité dans le détail, mais de concentrer l’attention sur les éléments indispensables à la continuité de l’activité.
La démarche consiste d’abord à identifier les sites ou activités à forts enjeux, puis à déterminer les processus vitaux, c’est-à-dire ceux dont dépend directement le fonctionnement de l’entreprise.
Un processus vital correspond à une activité, une ressource ou une relation dont l’interruption pourrait mettre en difficulté la production, la livraison ou la viabilité économique de l’organisation.
Pour structurer cette analyse, il est utile d’observer l’ensemble de la chaîne de valeur selon trois grands périmètres :
Scope A (périmètre direct) : bâtiments, équipements industriels, flottes de véhicules, infrastructures critiques ;
Scope B (relations directes) : fournisseurs de rang 1, accès à l’eau ou à l’électricité, réseaux télécoms, prestataires logistiques ;
Scope C (relations indirectes) : fournisseurs des fournisseurs, infrastructures globales de transport ou d’énergie, dépendances systémiques.
Pour chaque processus identifié, plusieurs questions clés permettent d’évaluer son caractère vital :
Impact financier : quelle part du chiffre d’affaires ou de la marge dépend de ce processus ou de ce fournisseur ?
Tolérance à l’interruption : combien de temps l’entreprise peut-elle fonctionner si ce processus s’arrête (quelques heures, plusieurs jours, plusieurs semaines) ?
Niveau minimal de fonctionnement : l’activité peut-elle se maintenir si ce processus fonctionne à capacité réduite ?
☝️ Exemple concret : une usine dépend d’un fournisseur unique livrant une matière première chaque semaine. Si une route est coupée pendant un mois à la suite d’un événement climatique, la production et la distribution du produit final peuvent être totalement interrompues. Ce fournisseur constitue donc un processus vital.
Cette étape nécessite une approche transversale. Elle implique généralement :
le ou la responsable RSE ou risques, pour coordonner l’analyse ;
la direction financière, pour évaluer les enjeux économiques ;
les achats et la logistique, pour comprendre les dépendances d’approvisionnement ;
les opérations ou directions de site, pour apprécier les contraintes concrètes de continuité d’activité.
Cette mise en perspective constitue la base de l’étape suivante : l’évaluation et la quantification du niveau de risque climatique
Étape 2 : quantifier le niveau de risque climatique
L’objectif est désormais d’obtenir une vision des risques réels auxquels l’entreprise pourrait être confrontée, aujourd’hui et demain.
Pour cela, il est possible de s’appuyer sur la méthode OCARA, développée par l’ADEME et Carbone 4, qui propose un cadre structuré pour analyser les risques climatiques.
La logique repose sur l’analyse de quatre composantes :
l’aléa climatique : phénomène susceptible de provoquer des dommages (sécheresse, inondation, incendie, tempête…) ;
l’exposition : présence d’activités ou d’infrastructures dans une zone soumise à cet aléa ;
la sensibilité opérationnelle : degré de fragilité naturelle de l’activité face à cet aléa ;
la capacité d’adaptation : aptitude de l’organisation à anticiper l’événement, à absorber ses effets et à reprendre rapidement son fonctionnement.
Comment quantifier un risque, source : wecount.io
L’association de l’aléa et de l’exposition permet d’identifier un risque brut, théorique. L’analyse de la sensibilité et de la capacité d’adaptation permet ensuite d’évaluer la vulnérabilité, et donc le risque résiduel pour l’entreprise.
Prenons un exemple.
Une entreprise située dans le sud de la France possède un entrepôt logistique représentant 80 % de son chiffre d’affaires.
Aléa : la zone est fortement exposée aux incendies de forêt ;
Exposition : l’entrepôt est implanté à proximité immédiate d’une zone boisée ;
Sensibilité : le bâtiment est construit en matériaux inflammables ;
Capacité d’adaptation : l’entreprise a-t-elle mis en place des dispositifs de protection (mur coupe-feu, plan de continuité, systèmes d’alerte) ?
L’analyse montre ici que la combinaison d’une forte exposition, d’une sensibilité élevée et de capacités d’adaptation limitées conduit à un niveau de risque important pour l’entreprise.
Une fois ce niveau de risque évalué, l’étape suivante consiste à analyser comment il pourrait évoluer dans le temps, en s’appuyant sur différents scénarios climatiques correspondant à des niveaux de réchauffement plus ou moins élevés.
Etape 3 : Projeter les risques selon les scénarios RCP
Comme évoqué juste au-dessus, il s’agit ici de voir comment votre entreprise pourra s’adapter aux différents scénarios appelés Representative Concentration Pathways (RCP).
Ces derniers qui ont vocation à permettre de mieux appréhender les futurs possibles en termes de dérive climatique ont été mis en lumière dans le 6ème rapport d’évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).
Voici un aperçu des 4 scénarios clés envisagés :
RCP 8.5 : On ne change rien. Les émissions de GES continuent d’augmenter au rythme actuel. C’est le scénario le plus pessimiste ;
RCP 6.0 : On stabilise les émissions avant la fin du XXIe siècle à un niveau moyen ;
RCP 4.5 : On stabilise les émissions avant la fin du XXIe siècle à un niveau faible ;
RCP 2.6 : Dans ce cas, les émissions de GES sont très faibles avec un point culminant avant 2050. C’est le scénario le plus optimiste.
Le résultat de cette étape prend la forme d’une matrice à date pour l’entreprise ainsi que de trois matrices selon les différents scénarios de projection.
📝 À noter : Dans les derniers rapports du GIEC, les scénarios RCP ont laissé place aux scénarios Shared Socio-economic Pathways (SSP). Ces derniers sont des narratifs, traduits en ensembles d'hypothèses socio-économiques (Population, Éducation, Urbanisation, PIB). Ils ont vocation à décrire des évolutions alternatives de la société future en l'absence de changement climatique ou de politique climatique. Ils peuvent également être utilisés pour évaluer les risques de transition.
Phase 2 : Construire le plan d’action
Une fois la cartographie des risques établie, il faut passer à l'action. C'est ici que l'analyse se transforme en véritable stratégie.
Etape 1 : Définir une trajectoire et des seuils de déclenchement
Les conséquences du changement climatique étant graduelles et incertaines, votre plan ne doit pas être figé. L'objectif est de construire une trajectoire d'adaptation incluant des seuils de déclenchement.
Par exemple, pour une perturbation faible (ex: une canicule de 3 jours tous les 5 ans), de simples ajustements techniques suffisent.
Mais si un seuil d'alerte est franchi (ex: une canicule d'un mois chaque année qui met en péril la santé des salariés ou les rendements d'une matière première), l'entreprise doit avoir prévu un plan d'action de rupture (ex: relocalisation des approvisionnements, changement de modèle d'affaires)
Etape 2 : Élaborer le plan d'action et la gouvernance
Le dernier pilier consiste à lister et prioriser les actions concrètes à déployer. Chaque action doit être évaluée selon : les bénéfices attendus, les investissements nécessaires (ROI) calculés par rapport aux coûts de l’inaction, le calendrier, et le collaborateur responsable.
✨Notre conseil : Il est indispensable d'instaurer une gouvernance interne : définir des indicateurs de suivi, un plan de financement, et prévoir une mise à jour régulière de l'étude des risques (tous les 2 à 3 ans) pour ajuster la stratégie aux nouvelles modélisations scientifiques.
Quelles sont les 4 principales erreurs à éviter dans votre stratégie d'adaptation ?
Voici quelques points de vigilance repérés par nos consultants :
Négliger le scope C (parties prenantes, relation indirecte à l’amont ou à l’aval) et la chaîne de valeur : Se concentrer uniquement sur ses sites en ignorant les risques en amont (fournisseurs) et en aval (clients, distribution) est une erreur majeure. Les ruptures d'approvisionnement et les évolutions de marché sont souvent plus critiques que les impacts directs sur le site.
Analysez toute la chaîne de valeur pour identifier les dépendances critiques et les vulnérabilités des fournisseurs clés.
Sous-estimer les délais et la complexité : L'adaptation ne se fait pas en quelques semaines, elle nécessite du temps pour collecter les données, analyser les risques, co-construire les solutions et mettre en œuvre les investissements.
Prévoyez un horizon réaliste : 3 à 6 mois pour le diagnostic, puis 1 à 3 ans pour déployer les premières actions structurantes.
Ne pas impliquer les parties prenantes internes et externes : Mener la démarche en silo (RSE ou Direction seule) sans embarquer les équipes opérationnelles conduit à l'échec : les actions ne seront ni comprises, ni acceptées, ni mises en œuvre efficacement.
Impliquez dès le départ la Direction, les Opérations, les Achats, les RH et les fournisseurs clés pour garantir l'adhésion et la co-construction.
Tomber dans la mal-adaptation : Certaines solutions aggravent le problème ou créent de nouveaux risques : climatisation massive (surconsommation énergétique, effet rebond), neige de culture (tensions sur l'eau), ou digues trop hautes (faux sentiment de sécurité). Privilégiez les solutions basées sur la nature (végétalisation, gestion naturelle de l'eau, diversification) plutôt que les solutions technologiques énergivores.
Stratégie d'adaptation et d'atténuation : deux piliers indissociables
Si l’adaptation permet de préparer l’entreprise aux impacts du changement climatique, elle ne peut pas être pensée isolément. Elle doit s’articuler avec une démarche d’atténuation visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Pourquoi adaptation et atténuation doivent être pensées ensemble
Atténuation et adaptation sont complémentaires, pas concurrentes :
L'atténuation seule ne suffit pas : Même si nous tendons vers la neutralité carbone demain, certains des impacts climatiques sont déjà là et certaines limites planétaires ont également été franchies. Il faut donc s'adapter.
L'adaptation seule ne suffit pas : Sans réduction massive des émissions de GES, le réchauffement continuera et les impacts deviendront ingérables et certaines activités ne pourront plus s'adapter.
Notons par ailleurs qu’une augmentation par exemple de +3°C à l’échelle mondiale induit des réchauffements plus importants à l’échelle régionale.
Une stratégie climat robuste doit donc réduire les émissions tout en renforçant la résilience des activités.
Les solutions basées sur la nature : un exemple de synergie
Les solutions basées sur la nature (SbN) sont des actions qui s'appuient sur les écosystèmes pour répondre aux enjeux climatiques.
Elles offrent un double bénéfice avec à la fois une adaptation (protection contre les aléas) mais aussi une atténuation (stockage de carbone, réduction des émissions, etc).
Exemples de SbN
Reforestation et haies :
Adaptation : Protection contre les vents, limitation de l'érosion, régulation thermique.
Atténuation : Stockage de carbone dans la biomasse et les sols.
Désimperméabilisation des sols :
Adaptation : Absorption des eaux de pluie, limitation des inondations, réduction des îlots de chaleur.
Atténuation : Stockage de carbone dans les sols, réduction des besoins en climatisation.
Restauration de zones humides :
Adaptation : Régulation des crues, filtration de l'eau, rafraîchissement.
Atténuation : Stockage de carbone dans les tourbières et les sols.
📝A noter : Les SbN génèrent également des co-bénéfices : biodiversité, bien-être des salariés, qualité de l'air, attractivité des sites.
Quels outils et méthodologies pour structurer votre démarche ?
Plusieurs méthodologies reconnues existent pour structurer une stratégie d'adaptation. Voici les principales, recommandées par l'ADEME.
La méthode OCARA : cartographier les risques climatiques
OCARA est l’abréviation d’Outil de Cartographie et d'Analyse des Risques Climatiques.
C’est une méthodologie développée par le cabinet Carbone 4 et l'ADEME pour diagnostiquer la vulnérabilité des entreprises aux risques climatiques. Elle consiste à identifier, évaluer et hiérarchiser les risques climatiques sur l'ensemble de la chaîne de valeur.
Démarche en 3 étapes :
Identifier les processus à fort enjeu : Cartographier les processus vitaux pour la continuité d'activité de l'entreprise (production, approvisionnement, logistique, RH, etc.).
Analyser et quantifier les risques bruts
Intégrer les scénarios Representative Concentration Pathways (RCP) : Projeter ces risques dans le futur (généralement à moyen terme vers 2030-2035 et à long terme vers 2050) en s'appuyant sur 3 scénarios climatiques contrastés issus des RCP du GIEC.
L'objectif est d'évaluer concrètement la part du chiffre d'affaires et des investissements (CAPEX) impactés selon l'évolution du climat.
La méthode ACT Adaptation : évaluer une trajectoire progressive
Si OCARA permet de poser le diagnostic, le framework ACT (Accelerate Climate Transition) Adaptation permet de passer à l'action.
Développé par l'ADEME et le Carbon Disclosure Project (CDP), il s'agit à l'origine d'un référentiel d'évaluation qui pousse les entreprises à structurer une véritable stratégie d'adaptation dotée de seuils de déclenchement, d'indicateurs de suivi et d'un plan d'actions opérationnel.
La Démarche se décline sur 3 aspects :
Gouvernance et stratégie : Le changement climatique est un enjeu complexe qui exige une prise de décision structurée.
Pour y répondre, l'entreprise doit instaurer une gouvernance claire : définir les processus et l'expertise interne, impliquer les parties prenantes, établir un plan de financement, et surtout définir une fréquence de mise à jour de l'étude de risques (le climat et la science évoluant en permanence)
Risques physiques et climatiques : Les aléas climatiques peuvent avoir un impact sur toute la chaîne de valeur d’une entreprise.
Il est essentiel d'analyser ces vulnérabilités à chaque étape (fournisseurs, opérations, clients) en s'appuyant sur l'analyse de scénarios pour évaluer la part du chiffre d'affaires et des investissements (CAPEX) réellement impactés.
Capacités et actions d’adaptation : Ces actions permettent à l’entreprise de gagner en résilience et d’en tirer un avantage compétitif.
Le framework aide à identifier et classer les actions selon des critères stricts : les bénéfices attendus, les investissements nécessaires (macro-chiffrage sur la base de ratios), le calendrier de déploiement et l'identification des personnes en charge.
Le DRIAS : les projections climatiques pour l'adaptation de nos sociétés
C’est un portail déployé par Météo-France en lien avec la communauté scientifique nationale du climat (IPSL, CERFACS, CNRM) qui a pour objectif de mettre à disposition les projections climatiques régionalisées de référence, pour l'adaptation en France.
Les informations climatiques sont délivrées sous différentes formes graphiques ou numériques et intègrent notamment la représentation selon la Trajectoire de Réchauffement de Référence pour l'Adaptation au Changement Climatique (TRACC).
Exemple de simulations climatiques pour la France métropolitaine.
Quels financements pour accompagner votre stratégie d'adaptation ?
Bonne nouvelle : plusieurs dispositifs de financement et de subventions existent pour accompagner les entreprises dans leur stratégie d'adaptation.
Le Diag Adaptation : c’est un dispositif lancé en juillet 2025 par Bpifrance et l'ADEME pour accompagner les PME et ETI dans leur stratégie d'adaptation.
Il a pour objectif de fournir aux entreprises un diagnostic de vulnérabilité et un plan d'actions concret, réalisé par un expert agréé. Il s’adresse aux entreprises de moins de 500 salariés (y compris les micro-entreprises) avec au moins un an d’activité (et quel que soit le secteur), pour un diagnostic sur un site physique (avec la possibilité d'en réaliser plusieurs).
Sont exclues en revanche les entreprises considérées comme « en difficulté » au sens de la réglementation européenne. Cette aide permet de financer 7 jours de prestation réparties sur 3 à 6 mois pour un coût de 6 000 € HT (avec 50% pris en charge).
Plus concrètement, le diagnostic a pour but de sensibiliser les équipes (avec uneformation aux enjeux de l'adaptation et aux risques physiques climatiques), de réaliser un diagnostic de vulnérabilité (avec une analyse pour évaluer les impacts potentiels du changement climatique sur la chaîne de valeur, à court, moyen et long terme donc horizons 2035 et 2055), et de créer un plan d'actions priorisé et chiffré.
Le Fonds Vert : C’est une aide au Financement de projets d'adaptation portés par les collectivités et les entreprises déployé par le Ministère de la Transition Écologique.
Le montant est variable selon les projets et peut être appliqué dans des cas variés (désimperméabilisation des sols, végétalisation urbaine, gestion des eaux pluviales, rafraîchissement des bâtiments, protection contre les inondations). Le dossier est à déposer auprès de la Préfecture ou de la Région.
Le Fonds Barnier : C’est un Fonds de Prévention des Risques Naturels Majeurs (FPRNM) pensé pour les collectivités et les entreprises en zone à risque avéré, déployé par le Ministère de la Transition Écologique.
Ce dernier a pour vocation de financer des études de risques, des travaux de protection (digues, renforcements), des délocalisations d'activités en zone à risque. Les dossiers sont à déposer auprès de la Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement.
Les aides sectorielles et régionales : De nombreuses régions proposent des aides spécifiques pour accompagner les entreprises dans leur adaptation climatique.
C’est le cas par exemple de l’Île-de-France, de l’Auvergne-Rhône-Alpes, de la Nouvelle-Aquitaine ou de l’Occitanie. Rapprochez-vous de votre Chambre de Commerce et d'Industrie (CCI) ou de votre conseiller régional pour connaître les dispositifs disponibles dans votre territoire.
Comment WeCount accompagne les entreprises dans leur stratégie d'adaptation ?
Le programme Adaptation : 4 mois pour structurer votre démarche
Chez WeCount, nous avons développé le programme Adaptation, un accompagnement collectif de 4 mois spécialement conçu pour les entreprises qui souhaitent structurer leur stratégie d'adaptation de manière opérationnelle et pérenne.
Ce programme combine temps collectifs entre entreprises, accompagnement individuel par un expert et outils méthodologiques, afin de vous permettre d’analyser vos risques climatiques et de construire une stratégie et un plan d’actions d’adaptation solides.
Concrètement, le programme vous permet de :
Identifier et analyser vos risques climatiques sur l’ensemble de votre chaîne de valeur grâce à la méthode OCARA ;
Évaluer leurs impacts, y compris financiers, selon différents scénarios de réchauffement ;
Prioriser vos actions d’adaptation et construire une trajectoire progressive avec le cadre ACT Adaptation ;
Structurer une gouvernance et des outils de pilotage pour inscrire la démarche dans la durée ;
Bénéficier de la dynamique collective, aux côtés d’autres entreprises confrontées aux mêmes enjeux.
Tout au long de ces 4 mois nos équipes vous accompagnent pour renforcer vos compétences internes, avec cet objectif : vous rendre autonomes et pérenniser la démarche.
👉 Vous souhaitez évaluer vos risques climatiques et structurer votre stratégie d’adaptation ? Échangez avec un expert WeCount pour en savoir plus.
FAQ : Stratégie d'adaptation au changement climatique
Quelle est la différence entre adaptation et atténuation ?
L'atténuation vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement climatique futur (bilan carbone, décarbonation).
L'adaptation vise à renforcer la résilience face aux impacts climatiques déjà engagés ou inévitables (diagnostic de vulnérabilité, plan d'adaptation). Les deux sont complémentaires et doivent être menées en parallèle.
Est-ce obligatoire pour les entreprises ?
La stratégie d'adaptation n'est pas encore obligatoire pour la plupart des PME, mais le cadre réglementaire se durcit : la CSRD et la CS3D imposent aux grandes entreprises (et indirectement à leurs fournisseurs) d'évaluer et de piloter leurs risques climatiques. De plus, 1 dirigeant sur 3 a déjà vu son entreprise affectée par un aléa climatique, cela devient donc une nécessité opérationnelle.
Quels sont les outils recommandés ?
Les principaux outils reconnus par l'ADEME sont : la méthode OCARA (diagnostic de vulnérabilité), la méthode d’évaluation ACT Adaptation (stratégie et trajectoire), et le Diag Adaptation (dispositif subventionné Bpifrance/ADEME pour les PME). Des scénarios climatiques RCP permettent de projeter les risques à horizons 2035 et 2055.
L'adaptation est-elle rentable pour mon entreprise ?
Oui. Le coût de l'inaction (pertes d'exploitation, destruction d'actifs, hausse des coûts) est presque toujours supérieur au coût de l'adaptation.
Selon l'ADEME, sans action, les impacts climatiques pourraient entraîner une perte de richesse potentielle de 10 points de PIB en France. Anticiper permet de sécuriser son activité, réduire ses coûts (assurance, énergie, eau), et renforcer sa compétitivité.
Quels liens avec la CSRD et le PNACC ?
La CSRD impose aux grandes entreprises de reporter leurs risques climatiques (physiques et de transition) et leurs mesures d'adaptation. Même si vous n'êtes pas directement soumis, vos clients vous demanderont bientôt ces informations.
Le PNACC (3ème Plan National d'Adaptation au Changement Climatique) fixe la trajectoire de référence pour l'adaptation de la France et encourage toutes les entreprises à s'engager.
Pour les responsables RSE et les directions générales, la question n’est plus seulement de réduire les émissions : il devient essentiel d’anticiper les risques physiques et de sécuriser les processus vitaux.
Le Diag Adaptation, proposé par Bpifrance en partenariat avec l’ADEME, constitue aujourd’hui une première étape structurante pour comprendre l’exposition de votre entreprise et construire un plan d’action face aux enjeux d’adaptation climatique.
Dans cet article, nous vous expliquons comment fonctionne ce dispositif et comment aller plus loin pour structurer votre stratégie de résilience
À retenir
Environ 6 jours d’accompagnement sur 3 à 6 mois
Une prestation d’un montant de 6 000 € HT, financée à 50 % par Bpifrance
Un diagnostic de vulnérabilité pour analyser les impacts du changement climatique
Un plan d’action priorisé pour réduire l’exposition aux aléas
Une montée en compétences sur les enjeux d’adaptation climatique
Diag Adaptation : qu’est-ce que c’est ?
Le Diag Adaptation est un dispositif public visant à aider les entreprises à anticiper les conséquences du changement climatique sur leurs activités.
L’objectif est d’identifier les risques physiques susceptibles d’affecter :
les sites et infrastructures (chaleur, inondations, sécheresses…) ;
les conditions de travail des équipes ;
les flux critiques de la chaîne de valeur (approvisionnement, transport, distribution).
Cette démarche permet de mieux comprendre la vulnérabilité de l’organisation et de sécuriser ses processus vitaux dans un contexte climatique de plus en plus incertain.
Qui peut bénéficier du Diag Adaptation ?
Le dispositif s’adresse aux entreprises françaises :
disposant d’un site de moins de 500 salariés ;
justifiant d’au moins un an d’activité ;
respectant les critères financiers définis par Bpifrance.
Chaque diagnostic concerne un site spécifique, mais peut être reproduit sur plusieurs implantations.
Le coût total de la prestation est d’environ 6 000 € HT, dont 50 % sont pris en charge par Bpifrance, soit un reste à charge d’environ 3 000 € HT par site.
Quelle est la procédure pour candidater ?
La demande se réalise directement sur la plateforme de Bpifrance.
L’entreprise doit notamment fournir :
un extrait K-bis récent ;
la liasse fiscale ;
un justificatif d’identité du dirigeant.
Une fois le dossier validé, un expert climat référencé est missionné pour conduire le diagnostic.
Les étapes du Diag Adaptation
Phase 1 – Sensibilisation et cadrage
Un atelier permet de sensibiliser les équipes aux enjeux d’adaptation climatique et d’identifier les principaux processus vitaux du site.
Phase 2 – Diagnostic de vulnérabilité
L’analyse porte sur l’exposition des activités aux risques physiques liés au changement climatique, avec une projection à moyen et long terme.
Phase 3 – Élaboration du plan d’adaptation
Une matrice de risques permet de hiérarchiser les actions selon leur urgence, leur faisabilité et leur impact.
L’entreprise repart avec un plan d’action concret pour renforcer sa résilience.
Qui peut vous accompagner ?
Le Diag Adaptation est réalisé par des consultants climat référencés et formés par Bpifrance et l’ADEME.
Ces experts accompagnent les organisations dans la réalisation du diagnostic de vulnérabilité et la définition des premières actions.
Certaines entreprises choisissent ensuite d’approfondir la démarche pour structurer une véritable stratégie d’adaptation climatique.
Diag Adaptation : l’accompagnement proposé par WeCount
Le programme Adaptation proposé par WeCount peut être mobilisé en complément du Diag Adaptation afin de transformer ce diagnostic en feuille de route opérationnelle.
Cet accompagnement structuré de 4 mois combine :
un suivi individuel par un expert climat
des sessions de formation pour monter en compétences
des ateliers collectifs inter-entreprises favorisant le partage de retours d’expérience
Il repose sur des méthodologies reconnues par l’ADEME, notamment la méthode OCARA pour objectiver les vulnérabilités et le référentiel ACT Adaptation pour construire une stratégie robuste.
Concrètement, le programme permet :
de cartographier les risques physiques sur toute la chaîne de valeur
d’en évaluer les impacts économiques potentiels (chiffre d’affaires, investissements exposés, coût de l’inaction)
de définir une trajectoire d’adaptation climatique priorisée
de mettre en place une gouvernance interne pour piloter les actions dans la durée
L’objectif est de passer d’un diagnostic ponctuel à une démarche stratégique intégrée, tout en assurant la montée en compétence des équipes. Contactez-nous pour en savoir plus.
Quelles prochaines étapes après un Diag Adaptation ?
Le diagnostic constitue une première base pour anticiper les effets du changement climatique.
Mais la résilience se construit dans le temps.
Les entreprises peuvent ensuite :
approfondir leur stratégie climat globale
intégrer l’adaptation dans leurs décisions d’investissement
renforcer le pilotage des risques en intégrant une réflexion sur la chaîne de valeur
mobiliser leurs équipes autour d’une trajectoire claire
Anticiper les impacts climatiques devient ainsi un levier clé pour sécuriser la performance et la continuité d’activité.
Et pour cause, un jean, un smartphone, une bouteille de shampoing : chaque produit génère des émissions de gaz à effet de serre et vient impacter le bilan carbone de chaque individu. Les entreprises qui prennent les devant et jouent la carte de la transparence ont aujourd’hui un avantage de taille.
L'empreinte carbone produit est devenue un outil stratégique pour les entreprises qui souhaitent éco-concevoir leurs produits, répondre aux exigences réglementaires et se différencier sur leur marché.
Dans cet article, on vous explique ce qu'est l'empreinte carbone d'un produit, comment la calculer, comment la réduire concrètement, et comment l'intégrer dans votre stratégie climat globale.
L'empreinte carbone produit en résumé :
Une approche 360 : L'empreinte carbone produit mesure les émissions de GES sur l'ensemble du cycle de vie d’un produit (matières premières, fabrication, transport, utilisation, fin de vie). Le bilan carbone entreprise lui se concentre sur la mesure des émissions générées par une entreprise sur une année.
Focus climat vs vision multicritère : L'empreinte carbone produit se concentre uniquement sur les émissions de CO₂e, tandis qu'une ACV complète évalue également d’autres impacts environnementaux (eau, biodiversité, ressources, toxicité, acidification…).
Un levier stratégique pour les entreprises : Mesurer l'empreinte carbone de ses produits n’est pour le moment pas obligatoire en Europe. En revanche, les choses commencent à bouger. Les entreprises opérant dans le textile en France sont d'ores et déjà concernées par le décret n°2025-957 du 6 septembre 2025 encadrant l'affichage volontaire du coût environnemental. Par ailleurs, les entreprises qui communiquent sur leurs engagements environnementaux devront se conformer à la directive Empowering Consumers for the Green Transition (ECGT) dès septembre 2026.
Une méthodologie rigoureuse encadrée par des normes : Le calcul repose sur des normes internationales (ISO 14067, GHG Protocol Product Standard) et nécessite de définir une unité fonctionnelle, cartographier le cycle de vie, collecter des données précises et appliquer des facteurs d'émission adaptés.
Des actions concrètes pour réduire l'impact : Éco-conception, choix des matières premières, optimisation de la fabrication, réduction des transports, allongement de la durée de vie, amélioration de la recyclabilité... Les leviers sont nombreux et doivent être priorisés selon leur impact réel.
Qu'est-ce que l'empreinte carbone d'un produit ?
Définition simple
L'empreinte carbone d'un produit (aussi appelée Analyse de Cycle de Vie carbone ou Product Carbon Footprint en anglais) mesure la quantité totale de gaz à effet de serre émise sur l'ensemble du cycle de vie d'un produit ou d'un service, exprimée en kilogrammes de CO₂ équivalent (kgCO₂e ou tCO₂e).
Concrètement, cela signifie qu'on comptabilise toutes les émissions générées depuis l'extraction des matières premières jusqu'à la fin de vie du produit, en passant par sa fabrication, son transport, son utilisation et son recyclage ou sa destruction.
L'analyse du cycle de vie, de l'extraction des matières premières à la gestion de sa fin de vie, source wecount.io
☝️ Exemple : Pour une bouteille de shampoing, on ne regarde pas seulement le produit en lui-même, mais aussi son utilisation : un lavage de cheveux. Cela inclut donc les matières premières (ingrédients, plastique de la bouteille), la fabrication du shampoing, l'emballage et l'étiquetage, le transport jusqu'au point de vente, la distribution du point de vente jusqu’à chez la personne, l'utilisation (eau chaude pour se laver les cheveux), la fin de vie (recyclage de la bouteille, traitement de l'eau usée).
Différence entre empreinte carbone produit et empreinte carbone entreprise
Avant d’aller plus loin, il est essentiel de bien distinguer ces deux approches, car elles ne mesurent pas la même chose :
Critère
Empreinte carbone entreprise (Bilan Carbone®)
Empreinte carbone produit (ACV carbone)
Périmètre
Une organisation (entreprise, collectivité)
Un produit ou service spécifique
Temporalité
Une année donnée (ex : 2024)
Tout le cycle de vie du produit (sans limite temporelle)
Objectif
Mesurer l'impact global de l'organisation
Mesurer l'impact d'un produit spécifique
Scopes
Scopes 1, 2, 3 de l'organisation
Toutes les étapes du cycle de vie du produit
Différence entre empreinte carbone produit et ACV
Quelques éléments pour vous permettre de distinguer les deux :
Une Analyse du Cycle de Vie (ACV) est une méthodologie normée (ISO 14040 et 14044) qui évalue les impacts environnementaux d'un produit ou service sur l'ensemble de son cycle de vie. Elle est multicritère et ne se limite pas au climat, mais mesure plusieurs impacts environnementaux (épuisement des ressources, consommation d'eau, acidification, eutrophisation, toxicité, occupation des sols, appauvrissement de la couche d'ozone, etc.).
L'empreinte carbone produit (aussi appelée ACV carbone ou Product Carbon Footprint en anglais) est une ACV simplifiée qui se concentre sur un seul indicateur : les émissions de gaz à effet de serre (exprimées en CO₂e). Elle suit la même logique que l'ACV (approche cycle de vie complet), mais ne regarde que l'impact climatique.
✨Notre conseil : Si votre priorité est de mesurer et réduire votre impact climat, l'empreinte carbone produit suffit. Si vous souhaitez une vision globale de tous les impacts environnementaux, optez pour une ACV complète.
Les principales normes et méthodologies
Le calcul de l'empreinte carbone produit est encadré par plusieurs normes et référentiels internationaux :
ISO 14067 : Norme internationale spécifique à l'empreinte carbone des produits (quantification et communication) ;
ISO 14040 et 14044 : Normes de référence pour l'Analyse de Cycle de Vie (ACV), qui servent de base méthodologique ;
GHG Protocol Product Standard : Référentiel international développé par le World Resources Institute (WRI) et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) ;
Bilan Carbone® Produit : Méthodologie française développée par l'ADEME et l'Association Bilan Carbone (ABC).
📝 À noter : L'ACV et l'empreinte carbone produit sont des méthodes très encadrées par des normes ISO et requièrent une grande rigueur, contrairement à des estimations rapides ou approximatives.
Pourquoi est-il intéressant de mesurer l'empreinte carbone de ses produits ?
Répondre aux exigences réglementaires
Plusieurs réglementations françaises et européennes imposent ou incitent à mesurer l'empreinte carbone des produits :
À l’échelle européenne
En mars 2023, la Commission Européenne présentait la directive Green Claims. Celle-ci était adoptée par le Parlement européen en mars 2024 et avait pour objectif d’encadrer les allégations environnementales en s'appuyant sur la méthodologie PEF. Entretemps, il y a eu un retour en arrière puisque cette initiative a été retirée en juin 2025.
Il reste à ce jour la directive ECGT (Empowering Consumers for the Green Transition), adoptée en mars 2024, et dont l’entrée en application dans les États membres est prévue pour septembre 2026. Cette dernière interdit entre autres les allégations génériques (« écologique », « vert ») et les labels « neutre en carbone » basés sur des compensations plutôt que sur des réductions réelles.
Zoom sur la France
La loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire, 2020) et la loi Climat et Résilience (2021) imposent progressivement aux entreprises de certaines filières (textile, agroalimentaire, hôtellerie) d'afficher l'impact environnemental de leurs produits.
En pratique, cela se traduit par un score, une étiquette ou un pictogramme apposé sur le produit ou sa fiche en ligne, informant le consommateur de l'impact carbone et environnemental du produit tout au long de son cycle de vie.
En France, il existe également le décret n° 2025-957 du 6 septembre 2025 qui encadre les modalités de calcul et de communication du coût environnemental des produits textiles. Ce n’est pas une obligation mais les entreprises peuvent choisir d’afficher le score de leurs produits sur leurs sites internet et/ou en magasin. Decathlon a par exemple choisi d’aller en ce sens, comme on peut le voir par exemple sur la fiche produit de ces chaussures de basketball.
Identifier les vrais leviers de réduction
Mesurer l'empreinte carbone de vos produits permet d'identifier précisément les étapes du cycle de vie les plus émettrices et de prioriser les actions de réduction les plus efficaces.
Quelles émissions sont prises en compte pour une analyse d'empreinte carbone produit ?
Les gaz à effet de serre couverts
L'empreinte carbone produit mesure l'ensemble des gaz à effet de serre (GES) émis, pas seulement le CO₂. Ces gaz sont convertis en CO₂ équivalent (CO₂e) selon leur pouvoir de réchauffement global (PRG).
Les principaux GES pris en compte sont :
CO₂ (dioxyde de carbone) : combustion d'énergies fossiles, déforestation
Gaz fluorés (HFC, PFC, SF₆) : réfrigération, climatisation, industrie électronique
📝 A noter : Le méthane est émis principalement par l’agriculture et la production des hydrocarbures. Selon le 6e rapport du GIEC, son pouvoir de réchauffement par contre serait entre 26 et 34 fois supérieur à celui du CO2 sur 100 ans.
Quel est le lien entre empreinte carbone produit et stratégie climat d'entreprise ?
Les deux approches sont complémentaires et s'inscrivent dans une stratégie climat globale.
Lien entre empreinte carbone produit et trajectoire de décarbonation
L'empreinte carbone produit est un outil clé pour définir et piloter votre trajectoire de décarbonation :
Fixer des objectifs produit par produit : Réduire de X% l'empreinte carbone de chaque produit d'ici 2030 ;
Piloter les actions d'éco-conception : Suivre l'évolution de l'empreinte carbone au fil des itérations de design ;
Mesurer les progrès : Recalculer l'empreinte carbone après chaque amélioration pour vérifier l'impact réel.
Lien entre empreinte carbone produit et neutralité carbone et SBTi
Le Science Based Targets initiative (SBTi) est un référentiel international pour valider que votre trajectoire de réduction est alignée avec l'Accord de Paris. L'empreinte carbone produit peut nourrir votre démarche SBTi en vous permettant de :
Quantifier les émissions scope 3 aval (utilisation et fin de vie de vos produits vendus) ;
Identifier les leviers de réduction produit par produit ;
Fixer des objectifs de décarbonation par gamme de produits.
📝 À noter : La SBTi impose de réduire vos émissions, pas de les compenser. L'empreinte carbone produit permet d'identifier où et comment réduire efficacement. La première étape pour une entreprise qui vise l’objectif Net Zero et souhaite contribuer à la neutralité carbone est de réduire ses propres émissions avant de réduire les émissions de sa chaîne de valeur ou de financer des projets de séquestration. Pour creuser le sujet, consultez notre article Science Based Targets Initiative (SBTi) : 5 étapes pour fixer sa trajectoire.
Comment calculer l'empreinte carbone d'un produit ?
Le calcul de l'empreinte carbone d'un produit suit une méthodologie rigoureuse en 5 étapes clés.
Étape 1 : Définir le périmètre et l'unité fonctionnelle
Avant de commencer, il faut définir précisément ce que l’on mesure.
L'unité fonctionnelle
L'unité fonctionnelle définit la fonction et la performance que le produit remplit. On ne mesure pas l'empreinte d'un objet en soi, mais celle de l'usage qu'on en fait. Cette unité fonctionnelle, cela va être ce à quoi le résultat est rapporté.
Exemples d'unités fonctionnelles :
Ampoule : "Fournir entre 500 et 900 lumens pendant 1000 heures" ;
Sac de courses : "Emballer 9000 litres de produits par an" ;
Voiture : "Transporter 5 personnes sur 200 000 km" ;
Shampoing : "Permettre 20 lavages de cheveux".
Le périmètre
Il faut également définir :
Quelles étapes du cycle de vie sont incluses (extraction, fabrication, transport, usage, fin de vie) ;
La zone géographique (produit vendu en France, en Europe, à l'international) ;
Les hypothèses d'utilisation (durée de vie, fréquence d'usage, conditions d'utilisation).
Étape 2 : Cartographier le cycle de vie
Une fois l'unité fonctionnelle définie, il faut cartographier toutes les étapes du cycle de vie du produit et identifier les flux entrants et sortants à chaque étape.
Fabrication : Mélange des ingrédients, mise en bouteille, étiquetage, énergie de l'usine ;
Emballage : Carton, film plastique, palette ;
Transport amont : Transport des matières premières vers l'usine ;
Transport aval : Transport du produit fini vers les points de vente ;
Distribution : transport du produit depuis les points de vente jusque chez les habitants ;
Utilisation : Eau chaude pour se laver les cheveux ;
Fin de vie : Recyclage de la bouteille, traitement de l'eau usée.
Étape 3 : Collecter les données d'inventaire
C'est l'étape la plus chronophage : il faut collecter chaque donnée d'activité vis-à-vis de l’unité fonctionnelle et pour chaque étape du cycle de vie.
Types de données à collecter :
Quantités de matières premières (kg, litres, unités) ;
Consommation d'énergie (kWh de gaz, électricité, fioul) ;
Distances et modes de transport (km en camion, train, bateau, avion) ;
Consommation d'eau (litres) ;
Déchets générés (kg de déchets, taux de recyclage).
Étape 4 : Appliquer les facteurs d'émission
Une fois les données collectées, il faut les convertir en émissions de CO₂e en appliquant des facteurs d'émission.
💡Bon à savoir : Sur la plateforme de comptabilité carbone WeCount, nous avons rassemblé 115K facteurs d’émission parmi 15 bases de données de référence (Base Empreinte, ecoinvent, Inies, Agribalyse, Defra, Ecobalyse, etc). L’idée est de vous faciliter la vie en centralisant un maximum de données. Pour en savoir plus, demandez une démo !
Plateforme de comptabilité carbone WeCount
Étape 5 : Analyser les résultats et identifier les leviers
Une fois tous les calculs réalisés, il faut analyser les résultats pour identifier les étapes les plus émettrices (on parle de points chauds carbone) et prioriser les actions de réduction.
Questions à se poser :
Quelles étapes du cycle de vie pèsent le plus dans l'empreinte totale ?
Quels sont les postes sur lesquels j'ai le plus de marge de manœuvre ?
Quelles actions de réduction auront le plus d'impact ?
Emissions GES produits selon le cycle de vie
Peut-on communiquer sur l'empreinte carbone d'un produit ?
Oui, communiquer sur l'empreinte carbone d'un produit est possible, voire encouragé, à condition de respecter certaines règles de transparence et de sincérité pour éviter le greenwashing.
Bonnes pratiques de communication environnementale
Être précis et transparent : Indiquez clairement le périmètre de l'empreinte carbone (tout le cycle de vie ou seulement certaines étapes), l'unité fonctionnelle, et la méthodologie utilisée ;
Afficher les chiffres : Communiquez l'empreinte carbone en kgCO₂e de manière claire et compréhensible. Évitez les formulations vagues comme "produit vert" ou "éco-responsable" sans données chiffrées ;
Comparer de manière honnête : Si vous comparez votre produit à un concurrent ou à une version antérieure, assurez-vous que la comparaison est juste et méthodologiquement cohérente (même périmètre, même unité fonctionnelle) ;
Reconnaître les limites : Soyez honnête sur les incertitudes, les hypothèses et les limites de votre calcul. Aucune empreinte carbone n'est parfaite, et reconnaître cela renforce la crédibilité ;
Accompagner d'actions concrètes : Ne communiquez pas uniquement sur le chiffre, mais aussi sur les actions de réduction que vous avez mises en place et vos engagements futurs.
Éviter le greenwashing et le greenhushing
Le greenwashing c'est le fait de communiquer de manière trompeuse ou exagérée sur les qualités environnementales d'un produit. Par exemple, n’affichez jamais "produit neutre en carbone". Pour mieux comprendre la raison, consultez notre article “Neutralité carbone : ce que cela signifie vraiment pour les entreprises.”
Le greenhushing, c'est le fait de ne pas communiquer sur ses efforts environnementaux par peur d'être accusé de greenwashing.
Quels outils utiliser pour réaliser une empreinte carbone produit ?
Pour réaliser une empreinte carbone produit, plusieurs options s'offrent à vous :
Tableur Excel (manuel) : Gratuit et flexible, le tableur Excel convient aux produits simples et permet de se familiariser avec la méthodologie. Cependant, il est chronophage, peut comporter des risques d'erreurs de calcul et manque de traçabilité automatique. Il peut être adapté pour un premier calcul exploratoire sur un produit simple.
Logiciels d'ACV spécialisés : Ils permettent d’avoir des calculs automatisés rigoureux avec bases de données intégrées (Ecoinvent) et conformité aux normes ISO. Ces outils offrent des analyses multicritères complètes, mais sont parfois coûteux (licences annuelles) et nécessitent une expertise ACV avec une courbe d'apprentissage élevée. Cela peut être adapté pour desACV complètes multicritères, certifications environnementales ou équipe dédiée.
Logiciel de comptabilité carbone : Cette option permet de collecter facilement les données, de garantir une robustesse méthodologique, d’avancer sereinement avec un outil facile à prendre en main mais aussi et surtout de piloter efficacement le passage à l’action (définir une trajectoire, quantifier les actions et simuler des scénarios, etc.).
Chez WeCount, notre plateforme de comptabilité carbone a été spécialement conçue pour les PME : intuitive, guidée, et accessible sans expertise préalable. Vous êtes accompagné à chaque étape, de la collecte à la publication de votre bilan. Envie d'une démo ? Contactez notre équipe.
Plateformes simplifiées et accessibles : Bilan Produit® (ADEME) et Ecobalyse (textile) sont des outils gratuits ou accessibles avec interface simplifiée et bases de données intégrées. Moins personnalisables et limités à certains secteurs, ils peuvent convenir aux calculs simplifiés et estimations rapides.
Comment WeCount accompagne les entreprises dans leur démarche d'analyse d'empreinte carbone produit ?
Analyser l’empreinte carbone d’un produit demande de mobiliser de nombreuses données (achats, transport, fabrication, usage…), souvent réparties entre plusieurs équipes. Sans outil structurant, la démarche peut vite devenir chronophage et difficile à piloter.
WeCount propose une approche combinant plateforme digitale et accompagnement méthodologique pour faciliter la réalisation d’une empreinte carbone produit.
Centraliser et réutiliser les données existantes : La plateforme de comptabilité carbone permet de s’appuyer sur les données déjà collectées dans le cadre du bilan carbone de l’entreprise. Les émissions peuvent être réorganisées à l’échelle d’un produit et réparties selon les étapes de son cycle de vie, ce qui évite de repartir de zéro.
Structurer l’analyse étape par étape : Un accompagnement est proposé pour définir le périmètre, l’unité fonctionnelle et les données prioritaires à collecter. L’objectif est d’identifier rapidement les principales sources d’émissions et de prioriser les actions de réduction.
Orienter les choix d’éco-conception : Les résultats obtenus permettent de comparer différents scénarios (choix de matières, modes de transport, emballage, durée de vie…) et d’éclairer les décisions de conception ou d’amélioration produit.
Gagner en autonomie dans le pilotage : Au fil des analyses, les équipes internes peuvent actualiser les calculs dans la plateforme, suivre l’évolution de l’empreinte carbone des produits et intégrer ces éléments dans leur stratégie climat.
Dans certains secteurs, comme la santé, un accompagnement spécifique peut être proposé pour appliquer des méthodologies dédiées, notamment pour l’évaluation de l’empreinte carbone des médicaments (méthode fournie par la DGE, Direction Générale des Entreprises).
FAQ : Empreinte carbone produit
Qu'est-ce qu'une bonne empreinte carbone pour un produit ?
Il n'existe pas de seuil universel, car cela dépend du type de produit, de sa fonction et de son secteur. Une "bonne" empreinte carbone est relative : elle doit être inférieure à la moyenne du marché et s'inscrire dans une trajectoire de réduction continue. L'essentiel est de mesurer, comparer avec des produits similaires, et progresser année après année.
L'empreinte carbone produit est-elle obligatoire ?
Non, l'empreinte carbone produit n'est pas obligatoire pour la plupart des entreprises. En revanche, l'affichage environnemental est en cours de déploiement progressif pour certains secteurs (textile, agroalimentaire, hôtellerie). De plus, certains clients, distributeurs ou donneurs d'ordre peuvent exiger cette information dans le cadre de leurs propres engagements climat ou de leur reporting CSRD.
Peut-on comparer deux produits entre eux ?
Oui, à condition de comparer des produits remplissant la même fonction (même unité fonctionnelle) et mesurés avec la même méthodologie. Par exemple, comparer l'empreinte carbone d'un sac réutilisable et d'un sac jetable nécessite de définir la même unité fonctionnelle (ex : "emballer 9000 litres de produits par an") et le même périmètre (cycle de vie complet).
À quelle fréquence faut-il recalculer l'empreinte carbone d'un produit ?
Il est recommandé de recalculer l'empreinte carbone d'un produit tous les 2 à 3 ans, ou dès qu'une modification majeure intervient (changement de fournisseur, de matière première, de procédé de fabrication, de transport). Cela permet de suivre l'évolution de l'impact et de mesurer l'efficacité des actions de réduction mises en place.
Quelle différence entre étiquette carbone et empreinte carbone produit ?
L'empreinte carbone produit est le calcul complet des émissions de GES sur tout le cycle de vie du produit. L'étiquette carbone (ou affichage environnemental) est la communication de cette empreinte au consommateur, souvent sous forme de score, pictogramme ou étiquette apposée sur le produit. L'étiquette est donc la version simplifiée et grand public de l'empreinte carbone produit.
Contrairement à une approche centrée uniquement sur le carbone, l’ACV permet d’aller beaucoup plus loin en intégrant une vision multicritères : émissions de gaz à effet de serre, consommation d’eau, épuisement des ressources, impacts sur la biodiversité, toxicité ou encore acidification des milieux. Elle offre une lecture globale des impacts environnementaux, indispensable pour orienter les choix d’éco-conception et de stratégie produit.
Mais dans la pratique, l’ACV reste souvent perçue comme complexe pour les entreprises à mettre en œuvre (collecte de données très détaillées, choix méthodologiques exigeants...).
Dans cet article, notre objectif est de vous aider à démystifier l’ACV, à en comprendre les étapes clés et à vous guider concrètement dans sa mise en œuvre. Qu’est-ce qu’une ACV ? En quoi se distingue-t-elle d’un Bilan Carbone® ? Comment la réaliser concrètement ? Et surtout, comment l’intégrer efficacement dans votre stratégie climat et vos décisions opérationnelles.
A retenir
Une approche multicritère et normée : L'ACV évalue plus de 10 impacts environnementaux (épuisement des ressources, occupation des sols, changement climatique, acidification, eutrophisation, toxicité humaine…) selon les normes ISO 14040 et 14044, contrairement à l'empreinte carbone qui se limite aux émissions de gaz à effet de serre.
Du berceau à la tombe : L'ACV analyse tout le cycle de vie (matières premières, fabrication, transport, emballages, utilisation, fin de vie) pour identifier les vrais points chauds environnementaux et éviter les conclusions simplistes.
Un outil stratégique : Elle permet de répondre à un besoin tout en maîtrisant les impacts environnementaux associés, d’identifier les principales sources d’impacts tout au long du cycle de vie, de comparer des scénarios, d’optimiser le design produit, de répondre aux exigences réglementaires (affichage environnemental, écolabels) et de se différencier sur son marché.
Une méthodologie rigoureuse en 4 étapes qui comprend la définition des objectifs, l’inventaire du cycle de vie, l’évaluation de l’impact du cycle de vie, l’interprétation des résultats et la recherche d’amélioration.
Qu'est-ce que l'ACV (Analyse de Cycle de Vie) ?
Définition simple
L'Analyse de Cycle de Vie (ACV) est une méthode qui permet de comptabiliser tous les impacts environnementaux d’un produit ou d’un service pendant toute sa durée d'existence :
L’extraction des matières premières nécessaires à sa production ;
La production ;
L’emballage (fabrication des emballages primaires et secondaires) ;
Le transport amont et aval, la distribution (acheminement vers la production, les points de vente, distribution) ;
L’utilisation (consommation d'énergie, d'eau ou de ressources pendant l'usage) ;
La fin de vie (déchets, recyclage, incinération, enfouissement…).
Elle se base sur une approche dite “multicritère” puisque c’est un système d’indicateurs qui prend en compte tous les impacts environnementaux :
Empreinte carbone ;
Empreinte eau ;
Qualité des écosystèmes ;
Ressources naturelles ;
Santé humaine.
L’ACV, une approche communément appelée du “berceau à la tombe”, source wecount.io
C’est une méthode scientifique encadrée par la norme ISO 14040 qui définit les principes méthodologiques de l’ACV et la norme 14044 qui détaille les exigences techniques, les procédures et les méthodes de calcul.
ACV multicritère vs ACV carbone, Product Carbon Footprint (PCF)
Il existe plusieurs façons de réaliser une ACV selon le périmètre des impacts mesurés, mais également selon l'étendue du cycle de vie étudié et le niveau d'exigence méthodologique.
L'analyse peut tout d'abord varier dans son étendue physique : une ACV peut être "cradle-to-grave" (du berceau à la tombe) en couvrant l'ensemble du cycle de vie du produit, ou bien "cradle-to-gate" (du berceau à la porte de l'entreprise) en s'arrêtant à la fabrication sans inclure les étapes aval.
Ensuite, il existe des nuances en termes de rigueur : à côté de l'ACV complète conforme aux normes ISO 14040 et 14044 (qui exige de longs rapports et un panel d'experts), il existe l'ACV dite "simplifiée". Cette approche plus libre et pragmatique se concentre sur les éléments clés et s'adapte idéalement aux besoins internes des entreprises pour s'évaluer sans chercher à publier des arguments commerciaux comparatifs.
En ce qui concerne le périmètre des impacts mesurés, on retrouve :
ACV multicritère (ou ACV "classique") : Comme son nom l’indique, elle évalue plusieurs impacts environnementaux (climat CO₂e, consommation d'eau, qualité des écosystèmes, épuisement des ressources, santé humaine, acidification, eutrophisation, écotoxicité, etc).
C'est une méthode normée, exigeante, qui peut faire l'objet d'une revue critique ou d'un audit. C'est un travail long, minutieux et coûteux (généralement plus cher qu'un bilan carbone).
📝 À noter : bien que la méthode complète soit normée ISO, les entreprises peuvent aussi recourir à des ACV multicritères simplifiées (appellées notamment ACV screening) pour leurs diagnostics internes.
ACV carbone / empreinte carbone produit (ou Product Carbon Footprint) : Cette alternative suit la même logique de cycle de vie, mais se concentre uniquement sur le carbone (émissions de gaz à effet de serre). C'est beaucoup plus simple et moins coûteux qu'une ACV multicritère, tout en conservant l'approche cycle de vie complet. Cette démarche correspond d'ailleurs très souvent à un format d'ACV simplifiée. Pour en savoir plus sur l’empreinte carbone produit, retrouvez notre article dédié à ce sujet.
ACV carbone des médicaments : C’est un cas à part. L'ACV carbone des médicaments est basée sur une méthodologie française spécifique développée par la DGE (Direction Générale des Entreprises), adaptée aux particularités du secteur pharmaceutique. Envie de creuser le sujet ? Consultez notre article Comment évaluer l'empreinte carbone des médicaments ?.
💡 Bon à savoir : WeCount propose un accompagnement dédié, combinant expertise méthodologique et plateforme de comptabilité carbone. L’objectif : vous aider à structurer vos analyses, fiabiliser vos résultats et gagner du temps, tout en répondant aux exigences croissantes des clients et des donneurs d’ordre. Pour en savoir plus, contactez-nous !
ACV et bilan carbone : quelles différences ?
Le bilan carbone porte sur une organisation sur une année donnée, tandis que l'ACV (carbone ou multicritère) porte sur un produit spécifique sur tout son cycle de vie, sans limite temporelle annuelle.
Pourquoi réaliser une ACV (Analyse de Cycle de Vie) ?
Identifier les impacts environnementaux
L'ACV permet d'identifier précisément les étapes du cycle de vie les plus impactantes et de mieux comprendre son produit.
Plus concrètement, elle sert à :
Concilier la réponse à un besoin et la maîtrise des impacts environnementaux : L'ACV aide à trouver le bon équilibre entre performance du produit et réduction des impacts. L'objectif n'est pas de sacrifier la fonctionnalité, mais d'optimiser le design pour minimiser l'empreinte environnementale tout en répondant au besoin.
Quantifier pour éviter les idées reçues : L'ACV repose sur des données chiffrées ce qui permet une analyse pertinente et complète. Par exemple, un produit recyclable mais lourd et importé peut avoir un impact plus élevé qu’un produit non recyclable mais local, robuste et utilisé sur la durée.
Identifier les principales sources d'impacts environnementaux pour prioriser : L'ACV permet de hiérarchiser les postes d'impact et de concentrer les efforts là où ils auront le plus d'effet.
Éviter ou arbitrer les déplacements de pollutions liés aux alternatives envisagées : Lorsqu’une entreprise cherche à améliorer un produit, certaines solutions peuvent sembler pertinentes mais déplacer en réalité les impacts environnementaux. Par exemple, une alternative peut réduire l’impact lié aux matières premières, mais l’augmenter en fin de vie.
On parle alors de transfert d’impact : on réduit un impact à un endroit, mais on en aggrave un autre. L’ACV permet de comparer la situation initiale et l’alternative envisagée, ce qui implique de réaliser deux études pour orienter les décisions.
Répondre aux exigences réglementaires
L’une des raisons majeures de se lancer dans une ACV aujourd'hui est l'évolution du cadre légal. Réaliser une analyse est une démarche pour s'inscrire dans les nouveaux dispositifs de transparence environnementale.
Voici comment cela s’articule :
L'impulsion politique : les lois AGEC et Climat & Résilience
Ce sont elles qui ont initié la dynamique de transparence en France. Elles posent le principe d'informer le consommateur sur l'impact de ses achats.
Si ces lois visaient un déploiement rapide, la réalité technique impose un calendrier plus progressif.
Par exemple, si le secteur du textile possède sa méthodologie depuis avril 2024, celle de l'alimentaire n'est pas encore définitivement validée et son calendrier précis reste à confirmer. Les secteurs de l'ameublement et des cosmétiques suivront ensuite.
Le dispositif visible : l'affichage environnemental
C'est la traduction concrète de ces lois pour le grand public. Ce dispositif prend la forme d'un indice de coût environnemental (ou "éco-score"), affiché en magasin ou en ligne.
Le but est d'aider le consommateur à faire un choix d'achat éclairé en privilégiant les biens les moins impactants, tout en encourageant les marques à éco-concevoir leurs produits.
La méthode scientifique : l'ACV multicritère.
Pour obtenir ce fameux score environnemental, il faut une méthode de calcul robuste : c'est l'ACV qui a été retenue.
Cette ACV s'appuie sur des référentiels adaptés aux enjeux spécifiques de chaque secteur (par exemple, en intégrant l'indicateur des microplastiques pour un vêtement) et se nourrit des bases de données publiques de l'ADEME, comme Agribalyse.
L'harmonisation européenne : le PEF (Product Environmental Footprint).
Pendant que la France déploie son propre affichage, l'Europe avance également. La Commission européenne recommande la méthode PEF, une approche multicritère qui analyse 16 indicateurs d'impacts précis.
L'objectif est de créer, à terme, un cadre méthodologique commun pour garantir la comparabilité des évaluations environnementales à l'échelle européenne.
L'exigence ultime : les normes ISO 14040 / 14044.
Si votre entreprise souhaite aller plus loin que le cadre de l'affichage environnemental et communiquer publiquement sur le fait que son produit est meilleur que celui d'un concurrent, les règles changent. Il vous faudra alors réaliser une ACV complète, conforme aux normes ISO.
Cet exercice exige un niveau de détail très fin, la rédaction d'un long rapport et une revue critique par un expert indépendant pour garantir une transparence et une rigueur scientifique totales.
Si vous souhaitez utiliser une ACV comparative pour affirmer publiquement que votre produit est meilleur que celui d'un concurrent : la revue critique devra alors être réalisée par un panel composé d'au moins 3 experts.
Éco-concevoir et optimiser ses produits
L'ACV est un outil clé de l'éco-conception, car elle permet de :
Comparer des scénarios : Tester différentes options de conception (matières alternatives, changement de procédé, sourcing local vs importé…) ;
Optimiser le design dès la conception : Identifier les leviers les plus efficaces avant de lancer la production ;
Réaliser une analyse de sensibilités : Elle permet de comparer les impacts selon différents scénarios, par exemple l’impact d'une bouteille consignée selon son nombre de réutilisations (5, 10, 15 fois).
Se différencier sur son marché
Réaliser une ACV et communiquer de manière transparente sur l'impact environnemental de vos produits est un argument commercial différenciant :
Consommateurs : Les produits à faible impact environnemental sont privilégiés ;
Distributeurs : Les données ACV sont souvent demandées aux fournisseurs ;
Investisseurs : Les critères ESG sont intégrés dans les décisions de financement.
Quels sont les indicateurs environnementaux mesurés dans une ACV ?
Selon la méthodologie sélectionnée pour réaliser l’ACV, différents types d’indicateurs environnementaux peuvent être choisis. Voici un aperçu des indicateurs les plus courants :
Changement climatique : Émissions de gaz à effet de serre (kgCO₂e) ;
Appauvrissement de la couche d'ozone : kg CFC-11 équivalent ;
Acidification : Pluies acides, impacts sur les sols et les eaux (kg SO₂ eq) ;
Enrichissement excessif d’un milieu aquatique en nutriments (kg PO₄ eq), on parle aussi d'eutrophisation ;
Épuisement des ressources minérales et fossiles : kg Sb équivalent ;
Consommation d'eau : m³ d'eau prélevée ;
Utilisation des sols : m² occupés, dégradation des terres ;
Toxicité humaine : Impacts sur la santé (CTUh - Comparative Toxic Unit) ;
Écotoxicité : Impacts sur les écosystèmes aquatiques et terrestres (CTUe).
ACV et stratégie climat d'entreprise : comment les articuler ?
Complémentarité ACV et bilan carbone entreprise
Le bilan carbone mesure les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle de l’organisation, sur une période donnée (une année), tous produits et services confondus.
À l’inverse, l’ACV analyse de manière détaillée les impacts d’un produit ou d’un service sur l’ensemble de son cycle de vie.
Les deux approches peuvent être complémentaires et interviennent à des niveaux différents.
D’un côté, le bilan carbone s’appuie en partie sur des données issues d’ACV pour construire ses facteurs d’émission.
☝️ Exemple : Le facteur d'émission "plastique PET" dans la Base Empreinte® provient d'une ACV qui a mesuré les émissions de l'extraction du pétrole, de la transformation en PET, du transport, etc.
De l’autre, le bilan carbone peut servir de point de départ pour une ACV carbone : les données d’empreinte carbone déjà collectées (achats, énergie, transports…) peuvent être réutilisées et réallouées à l’échelle du produit ou du service étudié.
Lien avec la trajectoire de décarbonation
L'ACV est un outil clé pour définir et piloter votre trajectoire de décarbonation :
Fixer des objectifs produit par produit : Plutôt que de se limiter à un objectif global au niveau de l'organisation (par exemple : "réduire de 30% nos émissions d'ici 2030"), l'ACV permet de décliner des objectifs spécifiques pour chaque produit en fonction de son poids dans l'empreinte globale et de son potentiel de réduction.
Piloter les actions d'éco-conception : L'ACV carbone permet de suivre l'évolution de l'empreinte carbone au fil des itérations de design et de mesurer l'effet de chaque modification avant de la déployer à grande échelle.
Éviter les transferts d'impacts
L’un des risques majeurs d’une approche uniquement centrée sur le carbone est de générer des transferts d’impacts : une action qui réduit les émissions de gaz à effet de serre peut, dans le même temps, dégrader d’autres indicateurs environnementaux (consommation d’eau, ressources, biodiversité…).
Dans une stratégie climat d’entreprise, cela peut conduire à des décisions qui donnent l’impression d’améliorer la situation, sans réduire réellement l’empreinte environnementale globale.
C’est précisément là que l’ACV joue un rôle clé : en apportant une vision multicritère et cycle de vie, elle permet de sécuriser les choix de décarbonation et de s’assurer que les actions mises en place réduisent réellement l’empreinte environnementale globale.
Quelles sont les 4 étapes pour réaliser une ACV ?
La réalisation d'une ACV suit une méthodologie rigoureuse en 4 phases selon les normes ISO 14040 et ISO 14044 (Management Environnemental). Voici un aperçu de ces phases (nous allons rentrer dans le détail) :
Légende : méthodologie de l'analyse du cycle de vie, source wecount.io
📝 A noter : l’ACV a pour particularité d’être itérative. Chaque phase peut vous amener à revoir les précédentes (ex: des difficultés dans l'obtention de données pour l'inventaire peuvent amener à revoir les objectifs et le champ d'étude).
L’ensemble des étapes présentées ci-dessous s’appuie sur des outils dédiés comme SimaPro (payant) ou OpenLCA (open source). Ils nécessitent également l’accès à des bases de données environnementales (Ecoinvent, Base Empreinte®, Agribalyse…) ainsi qu’un certain niveau de maîtrise méthodologique.
Étape 1 : Définition des objectifs et du système
Cette première phase est fondamentale pour cadrer l'Analyse de Cycle de Vie (ACV).
Elle permet d'aligner la précision de l'étude avec son but final.
Les objectifs
Avant de commencer, il faut définir l'application prévue (diagnostic, déclaration environnementale…), l'audience ciblée (équipes, direction, clients, distributeurs…), la communication envisagée (interne, externe) et l’ambition de comparaison (comparer des alternatives, des scénarios).
Ces choix dictent le niveau de précision requis, qui se décline en deux approches très distinctes :
L'ACV screening (ou estimation rapide) : C’est une ACV destinée exclusivement à vos équipes en interne pour avoir une première idée des principales sources d'impacts.
Il est impératif de comprendre que les résultats sont réservés à un usage strictement interne et ne peuvent pas être communiqués à l'extérieur.
L’ACV complète : Si votre objectif est de communiquer vos résultats à une audience externe, vous devez réaliser une étude complète. Pour être rendue publique, cette étude doit par ailleurs être soumise à une revue critique par un panel d'experts externes et indépendants afin de valider sa conformité et sa crédibilité.
Le périmètre,les frontières du système
Une fois l'objectif fixé, il faut définir les limites physiques de ce que l'on va étudier.
Définir les frontières du système, c'est décider quelles étapes du cycle de vie et quels processus sont inclus ou exclus de l'analyse. Prend-on en compte l'extraction des matières premières, la fabrication, la distribution, la phase d'utilisation et la gestion de la fin de vie ?
Toute exclusion d'une étape ou d'un flux (par exemple, ignorer le recyclage de l'emballage) doit être clairement justifiée pour prouver qu'elle ne fausse pas les résultats finaux.
L'unité fonctionnelle : le point central de l'ACV
L’ACV n’évalue pas un produit en soi, mais le service rendu par ce produit. Lors de la phase de cadrage, il est donc essentiel de définir ce que l’on appelle “l'unité fonctionnelle”.
C’est l’unité de mesure de référence à laquelle on va se ramener pour étudier tous les flux d'énergie, de matière et de déchets. Cette unité doit être précise, mesurable et additive (si la quantité double, les impacts aussi).
Unité fonctionnelle = Fonction du produit + Performance quantifiée
Une unité fonctionnelle pertinente doit répondre à plusieurs critères :
Une action (un verbe pour préciser la fonction)
Un élément cible (sur quoi agit la fonction) ;
Une durée de vie ou quantité d’utilisation ;
Si nécessaire, une qualification complémentaire pour préciser un dimensionnement ou gamme de produit (taille, gabarit, marque…)
☝️Exemples d'unités fonctionnelles : “un lavage de cheveux en France en 2023” pour un shampoing, fournir entre 500 et 900 lumens pendant 1000h en Europe” pour une ampoule, Emballer 9000L de produit par an pour un sac de course.
L’unité fonctionnelle est indispensable puisqu’il est impossible de comparer deux alternatives qui ne rendent pas le même service.
Étape 2 : Inventaire du cycle de vie (ICV)
Maintenant que votre unité fonctionnelle est fixée et que vous savez précisément à quoi vous faites référence, il est temps de passer à la deuxième étape : l’Inventaire du Cycle de Vie (ICV).
Le but de l'inventaire est d'offrir une description quantitative exhaustive des flux qui “traversent” les frontières de votre système.
Plus concrètement, pour chaque étape du cycle de vie que vous avez choisi d'étudier (extraction des matières premières, fabrication, transport, utilisation, fin de vie), vous allez devoir effectuer un bilan précis des flux de matière et d’énergie qui entrent dans le système, mais également de tout ce qui en sort.
Inventaire du cycle de vie dans le cadre d'une ACV, source wecount.io
Réaliser un bilan matière-énergie
Il faut ainsi cartographier deux grandes catégories de flux :
Les flux entrants : Ce sont les éléments extérieurs puisés par le système pour fonctionner. On y retrouve l'ensemble des matières premières, des ressources naturelles et toutes les formes d'énergies nécessaires aux procédés (eau, électricité, gaz, etc.).
Les flux sortants : Ce sont les éléments rejetés par le système. Pour réaliser un bon inventaire, il ne suffit pas de lister les déchets, il faut impérativement identifier vers quel milieu naturel ces pollutions sont émises. On répertorie ainsi les rejets vers l'air (effluents atmosphériques) comme le CO2, les NOx ou le SO2, les rejets vers l'eau (effluents liquides), les rejets vers le sol (émissions terrestres, déchets solides) ou encore les coproduits.
Collecter les données
Savoir ce qui entre et ce qui sort est une chose, mais il faut maintenant réussir à quantifier chaque flux avec des chiffres précis (kg, kWh, km, litres…).
Pour réaliser cet inventaire, il est possible de s’appuyer sur :
Des données primaires (les plus précises, à privilégier) : Ce sont les données réelles et spécifiques issues de votre activité (mesures directes, relevés de consommation de vos machines, factures, informations de vos fournisseurs). Plus elles sont nombreuses, plus votre ACV sera représentative ;
Des données secondaires (par défaut) : Lorsqu'il est impossible de connaître la donnée réelle, on utilise des données génériques. Celles-ci proviennent de grandes bases de données environnementales reconnues pour leur fiabilité, comme la Base Empreinte® de l'ADEME, Ecoinvent (mondiale) ou encore Agribalyse pour l'agriculture.
Cette étape de collecte permet de rassembler l’ensemble des données nécessaires pour décrire les flux du système. Concrètement, il s’agit de s’assurer que toutes les entrées et sorties ont bien été identifiées (matières, énergies, émissions, déchets, coproduits), puis de les quantifier.
Dans la pratique, ces données sont intégrées dans un logiciel d’ACV, qui permet de structurer automatiquement l’inventaire et de consolider les flux entrants et sortants du système.
En langage d’expert, cet ensemble de données constitue ce que l’on appelle l’inventaire des flux élémentaires. Il sert de base à l’évaluation des impacts environnementaux dans l’étape suivante.
Étape 3 : Évaluation de l'impact du cycle de vie (EICV)
Cette phase consiste à convertir les données collectées lors de l’inventaire en indicateurs d’impacts environnementaux.
De l’inventaire aux impacts : le rôle central de la caractérisation
Les flux sont ensuite traduits en impacts environnementaux via la phase de caractérisation.
Concrètement, chaque flux (émissions, consommations de ressources…) est associé à une catégorie d’impact (changement climatique, acidification, eutrophisation, etc.), puis converti grâce à des facteurs scientifiques en une unité commune (par exemple en kg équivalent CO₂ pour le climat ou encore le kg d’équivalent SO₂ pour l’acidification).
On passe ainsi des données brutes à des indicateurs d’impact directement exploitables.
En pratique, cette étape est réalisée automatiquement par les logiciels d’ACV. Le choix de la méthode de caractérisation, comme ReCiPe, EF 3.0 ou TRACI, dépend du contexte géographique, des exigences réglementaires et des objectifs de l’étude.
Le résultat direct de cette conversion constitue le premier niveau de lecture de l’analyse : les indicateurs midpoints.
Les indicateurs midpoints : une lecture par catégorie d’impact
Les indicateurs midpoints (points intermédiaires) constituent le premier niveau de résultat de l’ACV.
Ils correspondent à un niveau intermédiaire d’évaluation des impacts selon des catégories spécifiques, comme :
Changement climatique (kg CO₂ eq)
Épuisement des ressources fossiles
Acidification (ex. pluies acides)
Eutrophisation (pollution de l’eau par nutriments)
Toxicité humaine
Pollution de l’air
Appauvrissement de la couche d’ozone…
Ce niveau d’analyse est le plus couramment utilisé pour une ACV.
Les résultats midpoints sont donc généralement considérés comme robustes et scientifiquement fiables. Ils permettent d’identifier précisément les postes les plus contributeurs et de guider les actions d’amélioration.
Les indicateurs endpoints : une lecture globale des dommages
Ces indicateurs traduisent les résultats midpoints en dommages finaux sur de grandes catégories : la santé humaine, la qualité des écosystèmes et l’épuisement des ressources naturelles.
Ils permettent de répondre à une question plus globale : quelles sont les conséquences finales de ces impacts sur l’environnement et la société ?
Par exemple, les émissions de gaz à effet de serre, après avoir été caractérisées en impact climatique (midpoint), peuvent être traduites en effets sur la santé humaine, exprimés en années de vie perdues ou altérées (via l'indicateur de référence DALY, pour Disability-Adjusted Life Years).
Les indicateurs endpoints présentent l’avantage d’être plus faciles à interpréter pour un public non expert, car ils synthétisent l’information. En revanche, ils introduisent davantage d’incertitudes que les indicateurs midpoints, en raison des étapes supplémentaires de modélisation.
Le score unique (ou single score)
Dans certains cas, il est possible d’aller encore plus loin en agrégeant l’ensemble des impacts en un score unique (single score). C’est une valeur globale agrégée qui résume tous les impacts environnementaux en un seul chiffre. C’est un peu comme la note finale d’un produit ou d’un scénario du point de vue de l’environnement.
Le score unique est obtenu en additionnant les différents impacts environnementaux, mais pas n’importe comment. Il y a deux étapes principales :
Normalisation : On exprime tous les impacts sur une même base de comparaison (ex. l’impact d’un Européen moyen par an), pour les rendre comparables entre eux.
Pondération : On attribue un poids relatif à chaque impact (climat, toxicité, ressources, etc.) en fonction de son importance perçue.
Ensuite, tous les scores pondérés sont additionnés pour obtenir un seul chiffre.
Étape 4 : Interprétation des résultats
Après la rigueur des calculs, place à l’analyse. L’objectif de cette dernière étape est d'interpréter les résultats pour identifier précisément les faiblesses de votre produit ou service et prioriser vos actions de réduction et d'éco-conception.
Identifier les composants à améliorer
L’analyse visuelle des résultats permet d'identifier rapidement les postes les plus impactants par étape du cycle de vie (matières premières, fabrication, transport, utilisation, fin de vie) et par indicateur environnemental (changement climatique, santé humaine, consommation d'eau, etc.).
Cette double lecture permet ainsi de voir quelles étapes pèsent le plus sur quel indicateur, d'identifier rapidement les postes les plus impactants et d’éviter les transferts de pollution.
☝️ Exemple : L’analyse peut révéler que la phase d’assemblage de votre produit a un impact très limité sur le réchauffement climatique, mais s'avère désastreuse pour la santé humaine (à cause de l'utilisation de solvants toxiques, par exemple).
À l’inverse, la phase d'utilisation peut avoir un impact négligeable sur la santé, mais peser lourd sur le climat (forte consommation électrique). Piloter sa stratégie avec cette vision multicritère empêche de régler un problème environnemental en en créant accidentellement un nouveau ailleurs.
Analyses de sensibilité
Lors de cette phase d’interprétation des résultats, il est nécessaire de réaliser des analyses de sensibilité afin d’évaluer la fiabilité des résultats et des conclusions au regard des hypothèses et des choix pris tout au long de l'ACV.
Elles consistent à faire varier une donnée et à étudier comment cela se répercute sur les résultats finaux.
☝️ Exemple : Vous modélisez les impacts d’une bouteille en verre consignée en formulant l'hypothèse qu'elle sera réutilisée 20 fois. L’analyse de sensibilité va consister à recalculer l'impact si elle n'est finalement réutilisée que 10 fois, ou 5 fois. Cela permet de vérifier à partir de quel seuil d'utilisation votre bouteille consignée cesse d'être plus écologique qu'une simple bouteille jetable.
Réaliser une ACV : par où commencer ?
Se lancer dans une Analyse de Cycle de Vie nécessite avant tout de clarifier son objectif et le niveau de précision attendu. Selon les cas, l’étude peut viser un diagnostic interne, une comparaison de scénarios, une démarche d’éco-conception ou encore une communication externe encadrée.
La réalisation d’une ACV repose ensuite sur l’utilisation d’outils spécialisés (comme SimaPro, GaBi ou OpenLCA), ainsi que sur l’accès à des bases de données environnementales (Ecoinvent, Base Empreinte®, Agribalyse…). Ces outils permettent de modéliser le cycle de vie, de structurer l’inventaire et d’appliquer les méthodes de caractérisation.
Au-delà des outils, la qualité de l’analyse dépend fortement des choix méthodologiques réalisés (périmètre, unité fonctionnelle, hypothèses, allocations…) ainsi que de la qualité des données collectées. C’est pourquoi il est souvent pertinent de se faire accompagner, en particulier pour une première étude ou pour des enjeux stratégiques.
WeCount accompagne les entreprises dans la réalisation d’ACV carbone (empreinte carbone produit), en combinant expertise méthodologique et plateforme de comptabilité carbone. L’objectif : structurer les analyses, fiabiliser les résultats et identifier des leviers d’action cohérents avec la stratégie de décarbonation.
Quelle est la différence entre ACV et empreinte carbone produit ?
L'ACV multicritère évalue différents impacts environnementaux (climat, eau, biodiversité, ressources, toxicité…) selon les normes ISO 14040/14044. L'empreinte carbone produit (ou ACV carbone / Product Carbon Footprint) est une ACV simplifiée qui se concentre uniquement sur les émissions de GES (CO₂e) selon la norme ISO 14067. L'ACV est plus complète mais plus coûteuse et longue.
L'ACV est-elle obligatoire pour les entreprises ?
Non, l'ACV n'est pas obligatoire en tant que telle. En revanche, l'affichage environnemental (basé sur une ACV simplifiée ou complète) est en cours de déploiement progressif pour certains secteurs (textile, agroalimentaire, cosmétique, ameublement). Certains écolabels et certifications exigent également une ACV.
Combien de temps faut-il pour réaliser une ACV ?
Cela dépend de la complexité du produit et du niveau de détail. Comptez au minimum 1 à 2 mois pour une ACV carbone simplifiée, 6 à 9 mois pour une ACV multicritère complète, et 9 à 12 mois si elle inclut une vérification tierce partie pour certification.
Peut-on réaliser une ACV en interne ?
Oui, si vous avez les compétences et les outils (logiciel d'ACV, bases de données). Cela nécessite une formation préalable et du temps. Pour une première ACV, il est souvent recommandé de se faire accompagner par un bureau d'études ou un consultant spécialisé pour garantir la rigueur méthodologique.
Quels sont les logiciels d'ACV les plus utilisés ?
Les logiciels les plus courants sont SimaPro (le plus utilisé), GaBi (très complet, orienté industrie) et OpenLCA (open source). Ils nécessitent tous une formation et l'accès à des bases de données d'inventaire (Ecoinvent, Base Empreinte®, Agribalyse). Il existe également des outils spécialisés pour une ACV carbone comme celui de Wecount.
L'ACV peut-elle être utilisée pour comparer deux produits ?
Oui, à condition que les deux produits remplissent la même fonction (même unité fonctionnelle) et soient évalués avec la même méthodologie et les mêmes hypothèses. Les normes ISO imposent une rigueur stricte pour garantir la comparabilité.