Le changement climatique est une réalité qui affecte déjà les entreprises françaises. Selon une étude de Bpifrance Le Lab publiée en décembre 2024, 1 dirigeant sur 3 déclare avoir déjà vu son entreprise affectée par un aléa climatique (sécheresse, inondation, canicule, tempête…).
Et pourtant, seuls 12% des chefs d'entreprise ont défini une stratégie et des plans d'actions en matière d'adaptation. Ce constat illustre une réalité de terrain : beaucoup d’organisations perçoivent désormais le risque, mais peinent encore à structurer une réponse adaptée.
En complément des démarches de décarbonation, l’adaptation consiste justement à préparer l’entreprise à continuer d’opérer dans un climat qui évolue, avec des impacts déjà visibles sur les sites, les équipes, les approvisionnements ou les coûts d’exploitation.
Dans cet article, nous vous expliquons pourquoi l’adaptation devient un sujet stratégique, comment construire votre démarche et sur quels outils vous appuyer pour passer à l’action.
A retenir
Des risques déjà visibles et en accélération : 1 dirigeant sur 3 a déjà vu son entreprise affectée par un aléa climatique. Les événements extrêmes (canicules, sécheresses, inondations…) s'intensifient en fréquence et en gravité, menaçant la continuité d'activité et la chaîne de valeur.
Un cadre réglementaire qui se durcit : Le 3ème volet du PNACC (Plan National d'Adaptation au Changement Climatique), la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) et la CSDDD (Corporate Sustainability Due Diligence Directive) imposent aux entreprises (grandes et PME via leurs donneurs d'ordres) d'évaluer et de piloter leurs risques climatiques.
L'adaptation est un levier de compétitivité : Anticiper les risques climatiques, c'est sécuriser ses approvisionnements, réduire ses pertes économiques, maintenir sa performance opérationnelle et renforcer sa crédibilité auprès de ses parties prenantes (clients, investisseurs, assureurs).
Adaptation et atténuation sont complémentaires : Réduire ses émissions (atténuation) ne suffit pas : même en visant la neutralité carbone, les impacts climatiques sont déjà engagés pour les décennies à venir. Une stratégie climat complète articule décarbonation ET adaptation.
Pourquoi élaborer une stratégie d'adaptation dès maintenant ?
L’adaptation au changement climatique consiste à préparer une entreprise à continuer d’opérer dans un climat qui évolue, afin de sécuriser son activité face à des impacts déjà visibles et appelés à s’intensifier.
À court terme, l'objectif est de limiter les pertes économiques ; à long terme, c'est la pérennité même de votre modèle qui est en jeu.
Concrètement, cela implique d’identifier les aléas climatiques susceptibles d’affecter votre activité (montée des eaux, vagues de chaleur, sécheresses) et d’évaluer le coût de l'inaction face aux risques qu'ils font peser sur votre organisation.
L’enjeu est de comprendre comment ces risques peuvent affecter l'ensemble de votre chaîne de valeur, afin de :
Identifier vos principales vulnérabilités : par exemple, une chaîne du froid particulièrement sensible aux fortes chaleurs ou une production fortement dépendante d’une ressource en eau sous tension ;
Cartographier vos sensibilités face aux aléas et vos niveaux d'exposition : que ce soit en amont chez vos fournisseurs stratégiques (ex: pénurie de matières premières), sur vos propres sites (ex: entrepôt en zone inondable), ou en aval (ex: ruptures logistiques) ;
Prioriser les actions à mettre en place : pour renforcer la résilience de votre modèle économique, adapter les infrastructures et revoir les plans de continuité d’activité.
Pour comprendre pourquoi l’adaptation devient aujourd’hui un prérequis stratégique, il faut d’abord s’intéresser à la nature si spécifique des risques climatiques auxquels les entreprises sont confrontées.
Les risques climatiques liés au changement climatique
Les risques climatiques présentent certaines spécificités qui les distinguent des autres risques auxquels les entreprises sont habituées.
La difficulté à prévoir leur évolution
L'étude des valeurs historiques est importante car elle permet auxentreprises de voir comment elles ont été déjà affectées par le changement climatique, mais pas suffisante pour anticiper l'évolution future des aléas climatiques.
Les modèles du passé ne permettent pas de prédire la fréquence et l'intensité des événements à venir. Dans l’idéal, il faut croiser d’une part les retours d’expérience, d’autre part les différentes projections, et accepter une logique de tolérance à l’incertitude.
L'irréversibilité et l'ampleur de leurs conséquences
Certains impacts du changement climatique sont irréversibles à l'échelle humaine : disparition d'îles et de territoires, perte de biodiversité, dégradation des sols, fonte des glaciers, acidification des océans.
Pour les entreprises, cela signifie que certaines transformations du climat peuvent modifier durablement les conditions d’exploitation d’un territoire ou d’une activité.
Deux grandes catégories de risques climatiques
L'adaptation vise à renforcer la résilience du modèle économique face à deux types de risques :
Les risques physiques : événements extrêmes (inondations, cyclones) ou évolutions chroniques (crues, vagues de chaleur) ;
Les risques de transition : changements réglementaires (renforcement des taxes carbone, interdiction des emballages à usage unique, zones de faibles émissions…), évolutions des marchés ou risques de réputation.
Ces risques peuvent se matérialiser à différents niveaux de l’activité d’une entreprise. Ils ne se limitent pas aux infrastructures ou aux sites de production et peuvent impacter l’ensemble de la chaîne de valeur.
Impacts du changement climatique sur la chaîne de valeur
La chaîne de valeur en amont : pénurie de matériaux, hausse des coûts d’approvisionnement, problèmes de transport et hausse du coût des transports… ;
Les opérations : hausse du coût des assurances, dommages sur sites et plateformes, hausse du coût de l’énergie et de l’eau, dégradation des conditions de travail, etc ;
La chaîne de valeur en aval : hausse du coût du transport, incapacité à produire ou à se fournir, réduction des marchés ciblés, etc.
Exemples concrets de ruptures de chaînes d’approvisionnements, source carbone4.com
Exemple : Les principaux risques pour le secteur agroalimentaire
Pour mieux vous projeter, voilà un exemple très concret avec un aperçu de quelques risques liés au changement climatique pour le secteur agroalimentaire :
Chute des rendements et volatilité : Les sécheresses, gels tardifs et vagues de chaleur impactent directement la quantité et la qualité des récoltes (céréales, fruits, légumes) ;
Santé du bétail : Le stress thermique réduit la production laitière et augmente la mortalité dans les élevages ;
Prix des intrants : Hausse du coût des matières premières agricoles, déstabilisant les marges des transformateurs ;
Tensions sur la ressource en eau (quantité et qualité) et conflits d'usage avec d'autres secteurs ;
Dépendance à l'eau : Les industries agro-alimentaires sont de très grosses consommatrices d'eau (nettoyage, process). Les restrictions préfectorales peuvent entraîner des arrêts de production ;
Besoins énergétiques (Froid) : L'augmentation des températures extérieures oblige les usines à surconsommer de l'énergie pour maintenir les zones de stockage et de transformation à la bonne température ;
Vulnérabilité des infrastructureset des systèmes de production : Risques d'inondations ou de tempêtes endommageant les sites de production ou les silos de stockage, investissements non prévus, arrêts d’activité ;
Changement de la demande vers des produits moins carbonés ou plus résistants à la chaleur (ex: baisse de consommation de certains produits gras/lourds en été, baisse de consommation des produits carnés, etc.) ;
Rupture de la chaîne du froid : Les épisodes de chaleur extrême mettent sous tension les camions frigorifiques et les linéaires en magasin, augmentant le risque de gaspillage alimentaire.
Face à ces risques croissants pour les activités économiques, les pouvoirs publics et les régulateurs encouragent progressivement les entreprises à mieux intégrer l’adaptation dans leur stratégie.
Un cadre réglementaire qui s’aligne peu à peu sur ces enjeux
L'adaptation au changement climatique n'est plus une démarche volontaire : elle devient progressivement obligatoire via plusieurs textes réglementaires.
Le PNACC (Plan National d'Adaptation au Changement Climatique) : Le 3ème PNACC, adopté en 2024, fixe la trajectoire de référence pour l'adaptation de la France au changement climatique. Il impose à certains secteurs d’activité et territoires de prendre en compte les risques climatiques dans leur stratégie. L’objectif est de préparer la France à un réchauffement de +2°C à +4°C d'ici 2100 et réduire la vulnérabilité des activités économiques. Pour creuser le sujet, découvrez notre article “PNACC : les mesures clés du nouveau plan national d’adaptation”.
La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) : La CSRD impose aux entreprises concernées de publier des informations détaillées sur leurs risques climatiques (physiques et de transition), leurs impacts financiers et les mesures d’adaptation mises en œuvre. Elle incite donc fortement à structurer une véritable stratégie d’adaptation.
L'adaptation comme levier de compétitivité et de résilience
Au-delà du cadre réglementaire, l'adaptation au changement climatique est aussi et surtout un levier stratégique pour renforcer la résilience et la compétitivité de votre entreprise.
À court terme :
Réduire les impacts des aléas climatiques ;
Sécuriser la production et les approvisionnements : Anticiper les ruptures, diversifier les sources, sécuriser les stocks critiques ;
Limiter les pertes économiques : Éviter les arrêts d'activité prolongés, réduire les coûts de réparation et de remplacement ;
Maintenir les conditions de travail : Protéger la santé et la sécurité des salariés (climatisation, aménagement des horaires, EPI adaptés)
À long terme :
Renforcer la résilience du modèle économique ;
Sécuriser les investissements : Éviter les actifs échoués (exemple : bâtiments en zone inondable, équipements inadaptés) ;
Maintenir la performance et la compétitivité : S'adapter plus vite que ses concurrents, capter de nouveaux marchés ;
Renforcer la crédibilité : Rassurer clients, investisseurs, assureurs, salariés sur la pérennité de l'entreprise ;
Accéder aux financements : De plus en plus de banques et fonds conditionnent leurs financements à la prise en compte des risques climatiques.
Les coûts de l'inaction sont supérieurs aux coûts de l'adaptation
Ne rien faire coûte beaucoup plus cher que d'agir.
Selon l'ADEME (novembre 2023), si les émissions de GES ne baissent pas suffisamment, les impacts du changement climatique pourraient conduire en France à une perte de richesse potentielle de 10 points de PIB.
À l’inverse, le rapport “Returns on Resilience” estime que pour 1 dollar investi dans l’adaptation climatique, cela génère plus de 10 dollars de bénéfices économiques.
Pour une entreprise, l'inaction se traduit par :
Pertes d'exploitation (arrêts de production, ruptures d'approvisionnement) ;
Hausse des coûts (assurance, énergie, eau, matières premières) ;
Perte de marchés (clients qui se tournent vers des concurrents plus résilients) ;
Risque de faillite (dans les cas extrêmes). Aux États-Unis, il y a par exemple eu en 2019 la faillite de Pacific Gas Electric (PGE), un géant de l’énergie. Le Wall Street Journal titrait d’ailleurs "C’est la première faillite liée au changement climatique, probablement pas la dernière".
Qu'est-ce qu'une stratégie d'adaptation au changement climatique ?
Une stratégie d'adaptation complète ne se limite pas à faire un état des lieux à l'instant T. Elle vise à projeter l'entreprise dans le futur pour anticiper ses vulnérabilités et planifier sa résilience.
Pour être efficace, cette démarche se divise généralement en deux grandes phases : l’analyse des risques puis le plan d'action.
Phase 1 : analyser les risques climatiques
Avant d’entrer dans le détail des différentes étapes, il est utile de comprendre la logique globale de l’analyse des risques climatiques.
La démarche consiste à partir des aléas climatiques, à identifier les processus essentiels au fonctionnement de l’entreprise, puis à évaluer leur niveau d’exposition, de sensibilité et de capacité d’adaptation.
Le schéma ci-dessous donne une vision d’ensemble de cette approche.
Étape 1 : identifier les processus vitaux pour le fonctionnement de l’entreprise
L’objectif n’est pas d’analyser chaque activité dans le détail, mais de concentrer l’attention sur les éléments indispensables à la continuité de l’activité.
La démarche consiste d’abord à identifier les sites ou activités à forts enjeux, puis à déterminer les processus vitaux, c’est-à-dire ceux dont dépend directement le fonctionnement de l’entreprise.
Un processus vital correspond à une activité, une ressource ou une relation dont l’interruption pourrait mettre en difficulté la production, la livraison ou la viabilité économique de l’organisation.
Pour structurer cette analyse, il est utile d’observer l’ensemble de la chaîne de valeur selon trois grands périmètres :
Scope A (périmètre direct) : bâtiments, équipements industriels, flottes de véhicules, infrastructures critiques ;
Scope B (relations directes) : fournisseurs de rang 1, accès à l’eau ou à l’électricité, réseaux télécoms, prestataires logistiques ;
Scope C (relations indirectes) : fournisseurs des fournisseurs, infrastructures globales de transport ou d’énergie, dépendances systémiques.
Pour chaque processus identifié, plusieurs questions clés permettent d’évaluer son caractère vital :
Impact financier : quelle part du chiffre d’affaires ou de la marge dépend de ce processus ou de ce fournisseur ?
Tolérance à l’interruption : combien de temps l’entreprise peut-elle fonctionner si ce processus s’arrête (quelques heures, plusieurs jours, plusieurs semaines) ?
Niveau minimal de fonctionnement : l’activité peut-elle se maintenir si ce processus fonctionne à capacité réduite ?
☝️ Exemple concret : une usine dépend d’un fournisseur unique livrant une matière première chaque semaine. Si une route est coupée pendant un mois à la suite d’un événement climatique, la production et la distribution du produit final peuvent être totalement interrompues. Ce fournisseur constitue donc un processus vital.
Cette étape nécessite une approche transversale. Elle implique généralement :
le ou la responsable RSE ou risques, pour coordonner l’analyse ;
la direction financière, pour évaluer les enjeux économiques ;
les achats et la logistique, pour comprendre les dépendances d’approvisionnement ;
les opérations ou directions de site, pour apprécier les contraintes concrètes de continuité d’activité.
Cette mise en perspective constitue la base de l’étape suivante : l’évaluation et la quantification du niveau de risque climatique
Étape 2 : quantifier le niveau de risque climatique
L’objectif est désormais d’obtenir une vision des risques réels auxquels l’entreprise pourrait être confrontée, aujourd’hui et demain.
Pour cela, il est possible de s’appuyer sur la méthode OCARA, développée par l’ADEME et Carbone 4, qui propose un cadre structuré pour analyser les risques climatiques.
La logique repose sur l’analyse de quatre composantes :
l’aléa climatique : phénomène susceptible de provoquer des dommages (sécheresse, inondation, incendie, tempête…) ;
l’exposition : présence d’activités ou d’infrastructures dans une zone soumise à cet aléa ;
la sensibilité opérationnelle : degré de fragilité naturelle de l’activité face à cet aléa ;
la capacité d’adaptation : aptitude de l’organisation à anticiper l’événement, à absorber ses effets et à reprendre rapidement son fonctionnement.
Comment quantifier un risque, source : wecount.io
L’association de l’aléa et de l’exposition permet d’identifier un risque brut, théorique. L’analyse de la sensibilité et de la capacité d’adaptation permet ensuite d’évaluer la vulnérabilité, et donc le risque résiduel pour l’entreprise.
Prenons un exemple.
Une entreprise située dans le sud de la France possède un entrepôt logistique représentant 80 % de son chiffre d’affaires.
Aléa : la zone est fortement exposée aux incendies de forêt ;
Exposition : l’entrepôt est implanté à proximité immédiate d’une zone boisée ;
Sensibilité : le bâtiment est construit en matériaux inflammables ;
Capacité d’adaptation : l’entreprise a-t-elle mis en place des dispositifs de protection (mur coupe-feu, plan de continuité, systèmes d’alerte) ?
L’analyse montre ici que la combinaison d’une forte exposition, d’une sensibilité élevée et de capacités d’adaptation limitées conduit à un niveau de risque important pour l’entreprise.
Une fois ce niveau de risque évalué, l’étape suivante consiste à analyser comment il pourrait évoluer dans le temps, en s’appuyant sur différents scénarios climatiques correspondant à des niveaux de réchauffement plus ou moins élevés.
Etape 3 : Projeter les risques selon les scénarios RCP
Comme évoqué juste au-dessus, il s’agit ici de voir comment votre entreprise pourra s’adapter aux différents scénarios appelés Representative Concentration Pathways (RCP).
Ces derniers qui ont vocation à permettre de mieux appréhender les futurs possibles en termes de dérive climatique ont été mis en lumière dans le 6ème rapport d’évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).
Voici un aperçu des 4 scénarios clés envisagés :
RCP 8.5 : On ne change rien. Les émissions de GES continuent d’augmenter au rythme actuel. C’est le scénario le plus pessimiste ;
RCP 6.0 : On stabilise les émissions avant la fin du XXIe siècle à un niveau moyen ;
RCP 4.5 : On stabilise les émissions avant la fin du XXIe siècle à un niveau faible ;
RCP 2.6 : Dans ce cas, les émissions de GES sont très faibles avec un point culminant avant 2050. C’est le scénario le plus optimiste.
Le résultat de cette étape prend la forme d’une matrice à date pour l’entreprise ainsi que de trois matrices selon les différents scénarios de projection.
📝 À noter : Dans les derniers rapports du GIEC, les scénarios RCP ont laissé place aux scénarios Shared Socio-economic Pathways (SSP). Ces derniers sont des narratifs, traduits en ensembles d'hypothèses socio-économiques (Population, Éducation, Urbanisation, PIB). Ils ont vocation à décrire des évolutions alternatives de la société future en l'absence de changement climatique ou de politique climatique. Ils peuvent également être utilisés pour évaluer les risques de transition.
Phase 2 : Construire le plan d’action
Une fois la cartographie des risques établie, il faut passer à l'action. C'est ici que l'analyse se transforme en véritable stratégie.
Etape 1 : Définir une trajectoire et des seuils de déclenchement
Les conséquences du changement climatique étant graduelles et incertaines, votre plan ne doit pas être figé. L'objectif est de construire une trajectoire d'adaptation incluant des seuils de déclenchement.
Par exemple, pour une perturbation faible (ex: une canicule de 3 jours tous les 5 ans), de simples ajustements techniques suffisent.
Mais si un seuil d'alerte est franchi (ex: une canicule d'un mois chaque année qui met en péril la santé des salariés ou les rendements d'une matière première), l'entreprise doit avoir prévu un plan d'action de rupture (ex: relocalisation des approvisionnements, changement de modèle d'affaires)
Etape 2 : Élaborer le plan d'action et la gouvernance
Le dernier pilier consiste à lister et prioriser les actions concrètes à déployer. Chaque action doit être évaluée selon : les bénéfices attendus, les investissements nécessaires (ROI) calculés par rapport aux coûts de l’inaction, le calendrier, et le collaborateur responsable.
✨Notre conseil : Il est indispensable d'instaurer une gouvernance interne : définir des indicateurs de suivi, un plan de financement, et prévoir une mise à jour régulière de l'étude des risques (tous les 2 à 3 ans) pour ajuster la stratégie aux nouvelles modélisations scientifiques.
Quelles sont les 4 principales erreurs à éviter dans votre stratégie d'adaptation ?
Voici quelques points de vigilance repérés par nos consultants :
Négliger le scope C (parties prenantes, relation indirecte à l’amont ou à l’aval) et la chaîne de valeur : Se concentrer uniquement sur ses sites en ignorant les risques en amont (fournisseurs) et en aval (clients, distribution) est une erreur majeure. Les ruptures d'approvisionnement et les évolutions de marché sont souvent plus critiques que les impacts directs sur le site.
Analysez toute la chaîne de valeur pour identifier les dépendances critiques et les vulnérabilités des fournisseurs clés.
Sous-estimer les délais et la complexité : L'adaptation ne se fait pas en quelques semaines, elle nécessite du temps pour collecter les données, analyser les risques, co-construire les solutions et mettre en œuvre les investissements.
Prévoyez un horizon réaliste : 3 à 6 mois pour le diagnostic, puis 1 à 3 ans pour déployer les premières actions structurantes.
Ne pas impliquer les parties prenantes internes et externes : Mener la démarche en silo (RSE ou Direction seule) sans embarquer les équipes opérationnelles conduit à l'échec : les actions ne seront ni comprises, ni acceptées, ni mises en œuvre efficacement.
Impliquez dès le départ la Direction, les Opérations, les Achats, les RH et les fournisseurs clés pour garantir l'adhésion et la co-construction.
Tomber dans la mal-adaptation : Certaines solutions aggravent le problème ou créent de nouveaux risques : climatisation massive (surconsommation énergétique, effet rebond), neige de culture (tensions sur l'eau), ou digues trop hautes (faux sentiment de sécurité). Privilégiez les solutions basées sur la nature (végétalisation, gestion naturelle de l'eau, diversification) plutôt que les solutions technologiques énergivores.
Stratégie d'adaptation et d'atténuation : deux piliers indissociables
Si l’adaptation permet de préparer l’entreprise aux impacts du changement climatique, elle ne peut pas être pensée isolément. Elle doit s’articuler avec une démarche d’atténuation visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Pourquoi adaptation et atténuation doivent être pensées ensemble
Atténuation et adaptation sont complémentaires, pas concurrentes :
L'atténuation seule ne suffit pas : Même si nous tendons vers la neutralité carbone demain, certains des impacts climatiques sont déjà là et certaines limites planétaires ont également été franchies. Il faut donc s'adapter.
L'adaptation seule ne suffit pas : Sans réduction massive des émissions de GES, le réchauffement continuera et les impacts deviendront ingérables et certaines activités ne pourront plus s'adapter.
Notons par ailleurs qu’une augmentation par exemple de +3°C à l’échelle mondiale induit des réchauffements plus importants à l’échelle régionale.
Une stratégie climat robuste doit donc réduire les émissions tout en renforçant la résilience des activités.
Les solutions basées sur la nature : un exemple de synergie
Les solutions basées sur la nature (SbN) sont des actions qui s'appuient sur les écosystèmes pour répondre aux enjeux climatiques.
Elles offrent un double bénéfice avec à la fois une adaptation (protection contre les aléas) mais aussi une atténuation (stockage de carbone, réduction des émissions, etc).
Exemples de SbN
Reforestation et haies :
Adaptation : Protection contre les vents, limitation de l'érosion, régulation thermique.
Atténuation : Stockage de carbone dans la biomasse et les sols.
Désimperméabilisation des sols :
Adaptation : Absorption des eaux de pluie, limitation des inondations, réduction des îlots de chaleur.
Atténuation : Stockage de carbone dans les sols, réduction des besoins en climatisation.
Restauration de zones humides :
Adaptation : Régulation des crues, filtration de l'eau, rafraîchissement.
Atténuation : Stockage de carbone dans les tourbières et les sols.
📝A noter : Les SbN génèrent également des co-bénéfices : biodiversité, bien-être des salariés, qualité de l'air, attractivité des sites.
Quels outils et méthodologies pour structurer votre démarche ?
Plusieurs méthodologies reconnues existent pour structurer une stratégie d'adaptation. Voici les principales, recommandées par l'ADEME.
La méthode OCARA : cartographier les risques climatiques
OCARA est l’abréviation d’Outil de Cartographie et d'Analyse des Risques Climatiques.
C’est une méthodologie développée par le cabinet Carbone 4 et l'ADEME pour diagnostiquer la vulnérabilité des entreprises aux risques climatiques. Elle consiste à identifier, évaluer et hiérarchiser les risques climatiques sur l'ensemble de la chaîne de valeur.
Démarche en 3 étapes :
Identifier les processus à fort enjeu : Cartographier les processus vitaux pour la continuité d'activité de l'entreprise (production, approvisionnement, logistique, RH, etc.).
Analyser et quantifier les risques bruts
Intégrer les scénarios Representative Concentration Pathways (RCP) : Projeter ces risques dans le futur (généralement à moyen terme vers 2030-2035 et à long terme vers 2050) en s'appuyant sur 3 scénarios climatiques contrastés issus des RCP du GIEC.
L'objectif est d'évaluer concrètement la part du chiffre d'affaires et des investissements (CAPEX) impactés selon l'évolution du climat.
La méthode ACT Adaptation : évaluer une trajectoire progressive
Si OCARA permet de poser le diagnostic, le framework ACT (Accelerate Climate Transition) Adaptation permet de passer à l'action.
Développé par l'ADEME et le Carbon Disclosure Project (CDP), il s'agit à l'origine d'un référentiel d'évaluation qui pousse les entreprises à structurer une véritable stratégie d'adaptation dotée de seuils de déclenchement, d'indicateurs de suivi et d'un plan d'actions opérationnel.
La Démarche se décline sur 3 aspects :
Gouvernance et stratégie : Le changement climatique est un enjeu complexe qui exige une prise de décision structurée.
Pour y répondre, l'entreprise doit instaurer une gouvernance claire : définir les processus et l'expertise interne, impliquer les parties prenantes, établir un plan de financement, et surtout définir une fréquence de mise à jour de l'étude de risques (le climat et la science évoluant en permanence)
Risques physiques et climatiques : Les aléas climatiques peuvent avoir un impact sur toute la chaîne de valeur d’une entreprise.
Il est essentiel d'analyser ces vulnérabilités à chaque étape (fournisseurs, opérations, clients) en s'appuyant sur l'analyse de scénarios pour évaluer la part du chiffre d'affaires et des investissements (CAPEX) réellement impactés.
Capacités et actions d’adaptation : Ces actions permettent à l’entreprise de gagner en résilience et d’en tirer un avantage compétitif.
Le framework aide à identifier et classer les actions selon des critères stricts : les bénéfices attendus, les investissements nécessaires (macro-chiffrage sur la base de ratios), le calendrier de déploiement et l'identification des personnes en charge.
Le DRIAS : les projections climatiques pour l'adaptation de nos sociétés
C’est un portail déployé par Météo-France en lien avec la communauté scientifique nationale du climat (IPSL, CERFACS, CNRM) qui a pour objectif de mettre à disposition les projections climatiques régionalisées de référence, pour l'adaptation en France.
Les informations climatiques sont délivrées sous différentes formes graphiques ou numériques et intègrent notamment la représentation selon la Trajectoire de Réchauffement de Référence pour l'Adaptation au Changement Climatique (TRACC).
Exemple de simulations climatiques pour la France métropolitaine.
Quels financements pour accompagner votre stratégie d'adaptation ?
Bonne nouvelle : plusieurs dispositifs de financement et de subventions existent pour accompagner les entreprises dans leur stratégie d'adaptation.
Le Diag Adaptation : c’est un dispositif lancé en juillet 2025 par Bpifrance et l'ADEME pour accompagner les PME et ETI dans leur stratégie d'adaptation.
Il a pour objectif de fournir aux entreprises un diagnostic de vulnérabilité et un plan d'actions concret, réalisé par un expert agréé. Il s’adresse aux entreprises de moins de 500 salariés (y compris les micro-entreprises) avec au moins un an d’activité (et quel que soit le secteur), pour un diagnostic sur un site physique (avec la possibilité d'en réaliser plusieurs).
Sont exclues en revanche les entreprises considérées comme « en difficulté » au sens de la réglementation européenne. Cette aide permet de financer 7 jours de prestation réparties sur 3 à 6 mois pour un coût de 6 000 € HT (avec 50% pris en charge).
Plus concrètement, le diagnostic a pour but de sensibiliser les équipes (avec uneformation aux enjeux de l'adaptation et aux risques physiques climatiques), de réaliser un diagnostic de vulnérabilité (avec une analyse pour évaluer les impacts potentiels du changement climatique sur la chaîne de valeur, à court, moyen et long terme donc horizons 2035 et 2055), et de créer un plan d'actions priorisé et chiffré.
Le Fonds Vert : C’est une aide au Financement de projets d'adaptation portés par les collectivités et les entreprises déployé par le Ministère de la Transition Écologique.
Le montant est variable selon les projets et peut être appliqué dans des cas variés (désimperméabilisation des sols, végétalisation urbaine, gestion des eaux pluviales, rafraîchissement des bâtiments, protection contre les inondations). Le dossier est à déposer auprès de la Préfecture ou de la Région.
Le Fonds Barnier : C’est un Fonds de Prévention des Risques Naturels Majeurs (FPRNM) pensé pour les collectivités et les entreprises en zone à risque avéré, déployé par le Ministère de la Transition Écologique.
Ce dernier a pour vocation de financer des études de risques, des travaux de protection (digues, renforcements), des délocalisations d'activités en zone à risque. Les dossiers sont à déposer auprès de la Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement.
Les aides sectorielles et régionales : De nombreuses régions proposent des aides spécifiques pour accompagner les entreprises dans leur adaptation climatique.
C’est le cas par exemple de l’Île-de-France, de l’Auvergne-Rhône-Alpes, de la Nouvelle-Aquitaine ou de l’Occitanie. Rapprochez-vous de votre Chambre de Commerce et d'Industrie (CCI) ou de votre conseiller régional pour connaître les dispositifs disponibles dans votre territoire.
Comment WeCount accompagne les entreprises dans leur stratégie d'adaptation ?
Le programme Adaptation : 4 mois pour structurer votre démarche
Chez WeCount, nous avons développé le programme Adaptation, un accompagnement collectif de 4 mois spécialement conçu pour les entreprises qui souhaitent structurer leur stratégie d'adaptation de manière opérationnelle et pérenne.
Ce programme combine temps collectifs entre entreprises, accompagnement individuel par un expert et outils méthodologiques, afin de vous permettre d’analyser vos risques climatiques et de construire une stratégie et un plan d’actions d’adaptation solides.
Concrètement, le programme vous permet de :
Identifier et analyser vos risques climatiques sur l’ensemble de votre chaîne de valeur grâce à la méthode OCARA ;
Évaluer leurs impacts, y compris financiers, selon différents scénarios de réchauffement ;
Prioriser vos actions d’adaptation et construire une trajectoire progressive avec le cadre ACT Adaptation ;
Structurer une gouvernance et des outils de pilotage pour inscrire la démarche dans la durée ;
Bénéficier de la dynamique collective, aux côtés d’autres entreprises confrontées aux mêmes enjeux.
Tout au long de ces 4 mois nos équipes vous accompagnent pour renforcer vos compétences internes, avec cet objectif : vous rendre autonomes et pérenniser la démarche.
👉 Vous souhaitez évaluer vos risques climatiques et structurer votre stratégie d’adaptation ? Échangez avec un expert WeCount pour en savoir plus.
FAQ : Stratégie d'adaptation au changement climatique
Quelle est la différence entre adaptation et atténuation ?
L'atténuation vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement climatique futur (bilan carbone, décarbonation).
L'adaptation vise à renforcer la résilience face aux impacts climatiques déjà engagés ou inévitables (diagnostic de vulnérabilité, plan d'adaptation). Les deux sont complémentaires et doivent être menées en parallèle.
Est-ce obligatoire pour les entreprises ?
La stratégie d'adaptation n'est pas encore obligatoire pour la plupart des PME, mais le cadre réglementaire se durcit : la CSRD et la CS3D imposent aux grandes entreprises (et indirectement à leurs fournisseurs) d'évaluer et de piloter leurs risques climatiques. De plus, 1 dirigeant sur 3 a déjà vu son entreprise affectée par un aléa climatique, cela devient donc une nécessité opérationnelle.
Quels sont les outils recommandés ?
Les principaux outils reconnus par l'ADEME sont : la méthode OCARA (diagnostic de vulnérabilité), la méthode d’évaluation ACT Adaptation (stratégie et trajectoire), et le Diag Adaptation (dispositif subventionné Bpifrance/ADEME pour les PME). Des scénarios climatiques RCP permettent de projeter les risques à horizons 2035 et 2055.
L'adaptation est-elle rentable pour mon entreprise ?
Oui. Le coût de l'inaction (pertes d'exploitation, destruction d'actifs, hausse des coûts) est presque toujours supérieur au coût de l'adaptation.
Selon l'ADEME, sans action, les impacts climatiques pourraient entraîner une perte de richesse potentielle de 10 points de PIB en France. Anticiper permet de sécuriser son activité, réduire ses coûts (assurance, énergie, eau), et renforcer sa compétitivité.
Quels liens avec la CSRD et le PNACC ?
La CSRD impose aux grandes entreprises de reporter leurs risques climatiques (physiques et de transition) et leurs mesures d'adaptation. Même si vous n'êtes pas directement soumis, vos clients vous demanderont bientôt ces informations.
Le PNACC (3ème Plan National d'Adaptation au Changement Climatique) fixe la trajectoire de référence pour l'adaptation de la France et encourage toutes les entreprises à s'engager.
Entre des budgets sous pression et des exigences réglementaires croissantes, la mission de convaincre et de mobiliser les métiers devient un défi quotidien de haute voltige.
Pour transformer cette résistance en une dynamique durable, il est essentiel de repenser nos méthodes d'engagement tout en préservant l'énergie des équipes de terrain.
Dans ce contexte, comment continuer à embarquer sans s’essouffler ?
Avec les interventions de
🎙️Cyril Dion : Auteur, réalisateur et militant écologiste reconnu, Cyril Dion apporte un regard à la fois lucide et mobilisateur sur les enjeux de transition. Il partagera sa vision de comment continuer à agir et embarquer même lorsque le contexte semble se durcir.
🎙️Pierre-Alix Lloret-Bavai, co-fondateur de 2tonnes : Acteur clé de la sensibilisation climat en France, 2tonnes accompagne des centaines d’organisations dans la mobilisation de leurs équipes. Il partagera ses convictions et des retours sur ce qui fonctionne sur le terrain pour créer des dynamiques durables.
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Identifier des leviers concrets et collectifs pour préserver l'engagement des collaborateurs et des directions malgré un contexte géopolitique et financier de plus en plus exigeant.
Un webinaire pensé pour celles et ceux qui, au quotidien, cherchent à donner envie d’agir, clarifier les enjeux et créer un alignement stratégique durable !
💡 À noter : ce webinaire sera tout aussi utile pour consolider un soutien déjà existant, anticiper l’évolution de la gouvernance, renforcer sa posture, ou simplement apprendre de pairs pour enrichir sa pratique.
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👋 À propos des webinaires Pépites de WeCount
Les Pépites de WeCount mettent en lumière celles et ceux qui font avancer la décarbonation dans leurs organisations. Un rdv trimestriel, des formats courts, inspirants et concrets pour passer de la réflexion à l’action.
Autre constat tiré de cette même étude, 75% des responsables RSE sont peu ou non impliqués dans les choix liés au déploiement de ces outils. Résultat : des décisions sont prises pour accélérer l'innovation sans toujours considérer leur impact environnemental. Pourtant, l'IA n'est pas immatérielle, elle repose sur des infrastructures énergivores, des data centers et des chaînes d'approvisionnement complexes.
À mesure que ses usages se multiplient, cela peut peser lourd sur votre Bilan carbone® entreprise. Alors, quelle est réellement l'empreinte carbone de l'intelligence artificielle ? Comment la mesurer ? Quels leviers pour la réduire ? Et surtout, comment intégrer cet enjeu dans votre stratégie RSE ?
Dans cet article, nous décortiquons l'empreinte carbone de l'IA.rdres de grandeur, bonnes pratiques, réglementations, et outils pour agir dès maintenant au sein de votre entreprise !
Un enjeu stratégique croissant pour les entreprises : Selon un rapport de l’UNEP, le nombre de data centers est passé de 500 000 en 2012 à 8 millions en 2025, consommant 415 TWh d'électricité en 2024 (ADEME). Pourtant, 97% des entreprises n'ont pas encore pris en compte l'impact environnemental de leur IA (Fondation Thomson Reuters), s'exposant à des risques de non-conformité réglementaire et de contradiction avec leurs objectifs ESG.
Des leviers d'action concrets existent : Optimiser les modèles, choisir des infrastructures sobres, limiter les usages non essentiels (génération d'image/vidéo), privilégier les modèles "frugaux". La sobriété numérique s'applique aussi à l'IA ;
Une obligation de transparence qui se renforce : La CSRD impose désormais de mesurer et déclarer l'impact carbone du numérique, dont l'IA.
Quelle est l'empreinte carbone de l'IA ?
L’impact environnemental des systèmes d'IA
L'empreinte carbone de l'intelligence artificielle regroupe l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre générées tout au long du cycle de vie d'un système d'IA.
Elle se décompose en quatre grands éléments :
L'entraînement des modèles
C'est la phase où le modèle "apprend" à partir de millions (voire milliards) de données.
Cette étape est très énergivore car elle mobilise des milliers de GPU (processeurs graphiques) pendant des jours, voire des semaines.
Plus le modèle est complexe (comme GPT-4, Claude, ou les modèles d'IA générative d'images), plus cette phase consomme d'énergie.
L'inférence et l'usage quotidien
C'est la phase d'utilisation.
Chaque fois qu'un utilisateur pose une question à ChatGPT, génère une image avec Midjourney ou analyse un document avec une IA, le modèle “infère” une réponse.
L’usage quotidien dépasse rapidement l’empreinte initiale de l’entraînement.
Selon une étude publiée en 2024 par l’Association for Computing Machinery (ACM), il faudrait 200 à 600M de requêtes pour que l'énergie dépensée par l’usage soit supérieure à celle utilisée pour l'entraînement, pour des modèles allant de 560M à 7 milliards de paramètres.
Avec plusieurs millions d’utilisateurs par jour, ce seuil peut être franchi en quelques semaines seulement. À titre d’exemple, lors de la conférence OpenAI DevDay en octobre 2025, Sam Altman (fondateur de l’entreprise), revendiquait environ 800M d'utilisateurs quotidiens.
Plus largement, une analyse du modèle BLOOM (176 milliards de paramètres) montre que, sur l’ensemble de son cycle de vie, la phase d’inférence peut représenter entre 70 et 80 % des émissions totales lorsque le modèle est massivement utilisé.
environ 50 % correspond à l’infrastructure nécessaire au fonctionnement des data centers (refroidissement, réseau, serveurs en veille, stockage).
Ces ordres de grandeur rappellent un point essentiel : l’enjeu ne se situe pas seulement dans la conception des modèles, mais aussi dans les arbitrages d’usage au quotidien.
C’est justement ce que rappelait Mujahed Darwaza, Consultant climat et expert numérique chez Carbone 4 lors de notre webinaire IA : mode d’emploi pour les responsables RSE avec Marine Fouquet, CTO et Responsable Climat de WeCount et Guilhem Isaac Georges, VP Sustainability de Contentsquare,
"L'IA est un outil. C'est nous qui décidons ce dont on a envie d'en faire. Il y a des questions critiques à se poser comme “est-ce que le temps que je gagne est significatif ?”; “suis-je conscient des biais et des erreurs potentielles du modèle que j’utilise ?”, “L’impact de l’usage de l’IA est-il inférieur au problème que je cherche à résoudre ?”.”
Le matériel et son cycle de vie
La fabrication des serveurs, GPU, et autres équipements nécessaires à l'IA génère également des émissions. À cela s'ajoute leur fin de vie (recyclage, destruction).
Sources : Analyses Carbone 4, Estimating the Carbon Footprint of BLOOM, S. Lucionin et al., 2023
📝A noter : Notons ici que l’impact de l’IA va bien au-delà du carbone. En effet, pour fonctionner, l’IA nécessite également l’usage de ressources abiotiques (minerais) et de l'eau. Il faut par exemple environ 200 kg de minerais pour fabriquer un simple ordinateur. L’entraînement de GPT-3 (la version en usage jusqu’à mars 2023 du robot conversationnel d’OpenAI) aurait consommé 700 000 litres d’eau dans les centres de données de Microsoft basés aux États-Unis.
Lien entre IA et l'empreinte carbone numérique
L'IA s'inscrit dans un enjeu plus large : l'empreinte carbone du numérique.
En 2024, selon les données partagées par L’ADEME et l’Autorité de Régulation des Communications (ARCEP), le numérique représente déjà environ 4,4% des émissions de GES de la France.
L'IA vient amplifier cet impact :
Elle nécessite plus de puissance de calcul que les usages numériques traditionnels ;
Elle accélère la construction de nouveaux data centers ultra-énergivores (certains peuvent consommer l'équivalent de 2 millions de foyers, selon l'International Energy Agency) ;
Elle pousse à renouveler plus fréquemment le matériel pour suivre les exigences de performance.
Ordres de grandeur : combien émet vraiment l'IA ?
La consommation énergétique de l’IA et sa répartition
Selon une analyse de Carbone 4, plus de 85% des émissions carbone d'une IA générative proviennent de la consommation électrique des data centers, répartie entre :
L'entraînement des modèles : impact ponctuel mais très élevé ;
L'utilisation (inférence) : comme nous l’avons vu précédemment, cela correspond ici à l’impact continu qui s’accentue avec le nombre d'utilisateurs.
☝️ Exemple : L'entraînement initial de GPT-3 aurait généré environ 500 tonnes de CO₂e. Mais une fois le modèle déployé et utilisé par des millions de personnes quotidiennement, l'usage cumulé dépasse très largement l'impact de l'entraînement.
📝A noter : Plus un modèle est adopté, plus son impact bascule vers l'usage quotidien. C'est là que réside l'effet rebond. Chaque nouvelle fonctionnalité IA adoptée par une entreprise multiplie l'impact.
Empreinte carbone de l’IA : comparaison des principaux usages
Pour mieux comprendre l'impact de l'IA, voici quelques ordres de grandeur :
Requête texte (ChatGPT, Claude, etc.) : environ 2 à 15gCO2e ;
Génération d'image (Midjourney, DALL-E, etc.) : environ 100 à 500gCO2e, soit 60 fois plus qu'une requête texte ;
Pour découvrir d’autres données, n’hésitez pas à faire un tour sur le site impactco2.fr
Variabilité selon modèles, localisation, infrastructure
L'empreinte carbone d'une requête IA varie énormément selon :
Le modèle utilisé : On distingue les modèles "légers" (comme GPT-3.5) et les modèles “lourds” (comme GPT-4 ou Claude Opus). Le modèle léger compte quelques millions à quelques centaines de millions de paramètres, avec une architecture simplifiée. La taille du fichier est souvent réduite (quelques Mo à quelques centaines de Mo).
À l’inverse, un modèle lourd comprend plusieurs milliards à plusieurs centaines de milliards de paramètres, avec une architecture complexe et profonde. La taille du fichier est généralement conséquente (plusieurs Go à plusieurs centaines de Go).
Critère
Modèle léger
Modèle lourd
Paramètres
Millions
Milliards
Taille du fichier permettant d’utiliser le modèle
Mo
Go
Performance
Tâches simples/spécifiques
Tâches complexes/variées
Matériel requis
Standard (CPU/GPU modeste)
Puissant (GPU/TPU multiples)
Consommation
Faible
Très élevée
Empreinte carbone
g à kg CO₂e
Tonnes CO₂e
Déploiement
Local (edge, mobile)
Cloud (data centers)
Coût
Faible
Élevé
La localisation des data centers : Un data center alimenté par une électricité bas-carbone (nucléaire, renouvelable) émet beaucoup moins qu'un data center alimenté au charbon ou au gaz.
L'architecture technique : Les modèles hébergés sur des infrastructures optimisées (processeur (CPU) vs carte graphique (GPU), refroidissement efficace, virtualisation) consomment moins que des architectures anciennes ou mal dimensionnées.
✨Notre conseil : Si vous choisissez un fournisseur d'IA, interrogez-le sur la localisation de ses data centers et le mix énergétique utilisé.
Le problème de la transparence : peu de données fiables sur l'impact de l'IA
L'industrie de l'IA reste en 2025 encore très opaque, rendant difficile toute évaluation précise de son impact environnemental.
À part Mistral IA, qui a réalisé la 1ère ACV d’un modèle IA (nous y reviendrons plus bas), aucun autre acteur du marché n’a encore enclenché le pas. Cela pose la question d’une éventuelle réglementation qui viserait à obliger ces dernières à réaliser une ACV. Voici cependant une donnée que l’on voit souvent.
"Une requête ChatGPT = 10 recherches Google".
Voilà un chiffre qui circule partout depuis 2023 et apparaît dans la grande majorité des articles sur l'empreinte carbone de l'IA. Le problème est que, comme le souligne le média Bonpote, il repose sur des bases fragiles.
Une publication scientifique récente a retracé l'origine de cette statistique : elle provient d'une remarque faite à la volée par John Hennessy (président d'Alphabet) lors d'une interview Reuters en 2023, où il estimait qu'une interaction avec une IA "coûtait probablement 10 fois plus" qu'une recherche Google classique.
Trois faiblesses majeures :
John Hennessy n'a aucun lien avec OpenAI ou Microsoft (qui fournit l'infrastructure de ChatGPT) : son commentaire repose sur des informations de seconde main.
Le chiffre de référence de Google date de 2009 (0,3 Wh par recherche)
Aucune donnée vérifiable : les géants de l'IA (OpenAI, Microsoft, Google) ne communiquent quasiment aucune donnée fiable sur la consommation réelle de leurs modèles.
Pourquoi l'empreinte carbone de l'IA devient un enjeu stratégique pour les entreprises ?
Explosion des usages IA dans les organisations
Maintenant, parlons des répercussions concrètes pour les entreprises.
Selon notre dernière étude WeCount menée auprès de plus de 500 professionnels RSE, 63% des entreprises ont déjà déployé des outils d'IA, et seulement 8% affirment ne pas vouloir s'y engager.
Cette adoption massive s'accompagne d'une multiplication des usages :
Génération d'images et de vidéos (marketing, communication) ;
Analyse de données (reporting, aide à la décision) ;
Automatisation de processus (RH, finance, logistique).
Si l’usage de l’IA devient la norme, le cadrage du sujet laisse quant à lui souvent à désirer.
Selon l’étude “IA & RSE : où en sont les organisations en 2026”, 75 % des responsables RSE ne sont pas ou peu impliqués dans les choix liés au déploiement de ces outils. Pire, 64% souhaitent mesurer l'impact carbone de l'IA… Mais ne savent pas comment procéder. Cette difficulté s'explique par le manque de standards méthodologiques et l'opacité des fournisseurs de modèles sur leurs données d'entraînement et d'infrastructure.
Et cela crée un risque majeur : le déploiement d'outils énergivores sans garde-fous environnementaux ou éthiques. Cette mise à l'écart empêche d'intégrer les critères de sobriété dès la conception, reléguant la RSE à un rôle de "pompier" qui doit gérer les impacts a posteriori.
✨Notre conseil : Lors de notre webinaire “IA : mode d’emploi pour les responsables RSE”, nous vous parlions d’ailleurs du cas inspirant de l’entreprise Content Square. Cette dernière a ainsi choisi d’intégrer un disclaimer dans chacune de leur présentation autour de l’IA. Une bonne pratique simple et efficace pour sensibiliser les équipes aux enjeux de l’IA.
Risque réputationnel : greenwashing vs greenhushing
L'IA crée un dilemme de communication pour les entreprises engagées :
Scénario 1 (le greenwashing involontaire) : Une entreprise communique sur ses engagements climat, mais déploie massivement l'IA sans mesurer son impact. Elle peut alors se faire attaquer sur l'incohérence entre son discours RSE et ses pratiques numériques.
Scénario 2 (le greenhushing par peur) : Une entreprise utilise l'IA de manière sobre (par exemple, pour automatiser de la traduction ou du sous-titrage, avec un impact carbone très faible), mais choisit de ne pas en parler par peur d'être critiquée. Dans ce cas, elle se prive d'un levier de transparence et de pédagogie.
✨Notre conseil : Mesurer, documenter, communiquer. Expliquez pourquoi vous utilisez l'IA, pour quels usages, avec quel impact, et quelles mesures de sobriété vous avez mises en place.
La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) impose aux entreprises de mesurer et déclarer l'impact carbone de leur numérique, dont l'IA.
Concrètement, cela signifie :
Intégrer l'IA dans votre bilan carbone ;
Documenter vos usages et leur impact ;
Expliquer votre stratégie de réduction.
Les entreprises qui ne mesurent pas l'empreinte carbone de leur IA s'exposent à :
Des audits défavorables ;
Une perte de crédibilité auprès des investisseurs ESG ;
Un désavantage concurrentiel face aux entreprises transparentes.
Coûts énergétiques et performance opérationnelle
Au-delà de l'impact climatique, l'IA a un coût énergétique qui pèse directement sur la rentabilité :
Factures en hausse : Plus vous utilisez l'IA, plus vos coûts d'infrastructure augmentent. Par ailleurs, les grandes plateformes d'IA (OpenAI, Google, Microsoft) facturent à l'usage. Une utilisation non maîtrisée peut faire exploser les budgets ;
Effet rebond : Le gain de productivité promis par l'IA peut être annulé par une surconsommation d'usages non essentiels.
✨Notre conseil : Avant de déployer une IA, challengez le besoin réel. Est-ce vraiment nécessaire ? Une automatisation classique ne suffirait-elle pas ? Ensuite, posez des questions à votre DSI ou aux personnes qui travaillent sur les sujets de déploiement. Ils vous aideront à choisir un modèle et une architecture optimisée.
Comment réduire l’empreinte carbone de l’IA ?
Sobriété numérique et IA : 8 bonnes pratiques à retenir
Pour réduire l'empreinte carbone liée à l’usage de l’IA au sein de votre entreprise, notre équipe a compilé 8 pistes alliant sobriété à la source et sobriété d’usage, mesure et gouvernance technique, réallocation du temps humain :
Questionner l'utilité réelle : Avant tout déploiement, demandez-vous si l'IA est strictement nécessaire ou si le besoin peut être résolu par une automatisation classique ou une interaction humaine.
Être radical sur les usages non essentiels : Découragez fortement la génération d'images et de vidéos pour les équipes dont ce n'est pas le cœur de métier, car leur coût énergétique est 100 à 10 000 fois supérieur à celui d'une requête de texte. Mettez leur par exemple une banque d'images et de vidéos à disposition.
Mettre en place des garde-fous : Intégrez des "disclaimers" dans les outils pour sensibiliser les collaborateurs au coût carbone de chaque requête au moment où ils l'utilisent.
C’est par exemple ce que fait Contentsquare (comme nous l’évoquions plus haut) avec son AI Disclaimer intégré à chaque présentation interne pour donner des ordres de grandeur concrets sur les impacts de l’IA, par exemple en comparant la consommation électrique de certains data centers à celle de millions de foyers. Cette action a suscité une prise de conscience collective et des collaborateurs ont ainsi pris l’initiative de développer un agent interne Dust “Small AI Tasks”, basé sur Gemini Flash Lite, conçu pour répondre aux petites requêtes du quotidien avec une consommation énergétique minimale. Il fait aujourd’hui partie des outils les plus utilisés en interne.
Utiliser des calculateurs tiers : Recourez à des outils comme EcoLogits ou Vittascience pour estimer l'impact carbone et privilégier les modèles dits "frugaux". Vous pouvez également utiliser le site comparia.beta.gouv qui permet de découvrir en direct l’impact environnemental de vos discussions selon le modèle d’IA utilisé.
Évaluer le ROI environnemental : Ne mesurez pas seulement le gain de temps, comparez-le systématiquement à l'impact carbone généré, en restant vigilant à l’effet rebond.
Optimiser l'architecture : Dialoguez avec les équipes techniques pour choisir des modèles paramétrables et des centres de données situés dans des pays avec un mix électrique bas-carbone (comme la France par exemple).
Préserver l'autonomie intellectuelle : Assurez-vous que l'entreprise ne devienne pas dépendante d'une "boîte noire". Il est impératif de garder la main sur la méthodologie et de pouvoir effectuer les tâches sans IA si nécessaire pour éviter toute perte de compétence.
Automatiser pour libérer : Utilisez l'IA pour les tâches chronophages à faible valeur ajoutée (collecte de données, pré-rédaction de rapports, notes de réunions, etc) afin de réinvestir le temps gagné dans la conduite du changement et la stratégie, là où l'intelligence humaine est irremplaçable.
L’objectif à terme, c’est d’inverser cette pyramide et d’avoir ainsi plus de temps pour le déploiement de votre plan d’actions.
Côté collecte et reporting, vous garderez une expertise et vos travaux seront également plus fiables et solides pour construire votre plan de transition. Il s’agit donc de vous permettre d’avoir plus de temps sur le terrain avec les équipes, et moins dans les bureaux en train de faire du reporting.
C’est d’ailleurs également vrai pour vos parties prenantes : vous pourrez moins les solliciter pour de la collecte de données ou du reporting mais la mise en oeuvre d’actions concrètes et de collaboration
4 étapes pour cadrer un projet IA de manière responsable
Voici la méthode en 4 étapes recommandée par WeCount pour auditer tout nouveau projet IA avant son déploiement :
Étape 1 : Challenger le besoin (Sobriété à la source)
Avant de parler technologie, questionnez l'utilité réelle du projet.
Questions clés à poser :
A-t-on vraiment besoin d'IA générative pour répondre à ce besoin ?
Une automatisation classique ne suffirait-elle pas ?
Le gain attendu justifie-t-il l'impact carbone ?
L'IA ne doit être déployée que si elle est strictement nécessaire. Beaucoup de besoins peuvent être résolus par des solutions plus sobres (automatisation simple, FAQ documentée, processus optimisé).
Étape 2 : Viser la juste mesure (Sobriété d'usage)
Si l'IA est justifiée, construisez des architectures hybrides où l'IA n'est sollicitée que pour les tâches complexes, et non par défaut pour l'intégralité du processus.
Exemples d'architectures hybrides :
Utiliser une recherche classique pour les requêtes simples, et l'IA uniquement pour les cas complexes ;
Limiter l'IA générative aux étapes où elle apporte une vraie valeur ajoutée ;
Combiner automatisation classique + IA ponctuelle.
Étape 3 : Évaluer le ROI environnemental
Ne regardez pas uniquement le gain de temps ou de productivité. Comparez-le à l'impact carbone, sans oublier les risques d'effets rebonds.
Comment évaluer le ROI environnemental ?
Utilisez des calculateurs tiers comme EcoLogits ou Vittascience pour estimer l'impact ;
Comparez le coût carbone à l'alternative (faire la tâche manuellement, utiliser un outil classique) ;
Évaluez le risque d'effet rebond : le temps gagné sera-t-il réinvesti utilement ou générera-t-il de nouveaux usages énergivores ?
Sortez du flou. Mesurez avant de déployer, même avec des ordres de grandeur.
Étape 4 : Optimiser l'architecture (Dialogue avec la DSI)
Si le projet est validé, il doit être éco-conçu. Interrogez vos équipes techniques sur les choix d'architecture et de modèles.
Questions à poser à votre DSI ou aux personnes en charge du déploiement :
À quel point a-t-on la main sur les modèles ?
Où les capacités sont-elles allouées (pays et mix électrique) ?
Les modèles sont-ils paramétrables ?
De quelle performance avons-nous réellement besoin ?
Quelle est l'évaluation du coût de l'entraînement ?
Peut-on utiliser des modèles plus légers (quantization, pruning) ?
Challenger les choix techniques pour s'assurer que l'architecture est la plus sobre possible tout en répondant au besoin.
Cette méthode en 4 étapes permet aux responsables RSE de reprendre la main sur les projets IA et de s'assurer qu'ils sont alignés avec la stratégie climat de l'entreprise. Ne subissez plus l'IA, pilotez-la !
Où intégrer l’IA dans un bilan carbone ?
La majorité des entreprises utilisent des solutions IA via des services cloud (OpenAI, Microsoft, Google, etc.). Dans ce cas, c’est le scope 3 qui entre en jeu puisque les émissions associées relèvent des “achats de services” ou des “services numériques externalisés”.
Si l’entreprise exploite ses propres infrastructures, cela rentre alors plutôt dans le scope 2, dans la partie “consommation électrique des serveurs internes” ou dans des cas plus rares au scope 1 en lien avec les “émissions directes liées à l’énergie si des installations spécifiques sont opérées”.
Le véritable enjeu n’est pas le classement technique dans un scope, mais la capacité à :
Identifier ces émissions ;
Documenter les hypothèses de calcul ;
Les intégrer dans une trajectoire de réduction des émissions.
Qu’entend-on par IA responsable et quels enjeux ?
Nous l’avons vu, l'IA n'est pas écologique pour une raison simple : chaque requête, chaque entraînement de modèle, chaque génération d'image mobilise des infrastructures énergivores qui consomment électricité, eau et métaux rares à grande échelle.
Heureusement, il est possible de tendre vers un modèle plus sobre. Explications.
Zoom sur la notion d'IA responsable
L'IA responsable ne se limite pas à l'éthique ou à la transparence algorithmique. Elle intègre aussi la sobriété environnementale.
Une IA responsable, c'est :
Une IA utile : elle répond à un besoin réel, pas à un effet de mode ;
Une IA sobre : elle utilise le modèle le plus léger possible pour le besoin ;
Une IA transparente : l'entreprise mesure et communique son impact ;
Une IA durable : elle s'inscrit dans une stratégie climat à long terme.
Rôle des éditeurs, hyperscalers et entreprises
La responsabilité est partagée.
Les éditeurs d'IA (OpenAI, Google, Anthropic, etc.) doivent :
Optimiser leurs infrastructures ;
Proposer des modèles sobres en option ;
Publier l'empreinte carbone de leurs modèles (Mistral AI l’a fait comme vous pouvez le voir sur le visuel ainsi que l’étude réalisée avec Carbone 4).
Les hyperscalers (Microsoft, AWS, Google Cloud), donc les datacenters à grande échelle spécialisés dans la fourniture de grandes quantités de puissance de calcul et de capacité de stockage aux organisations et aux individus du monde entier, doivent :
Utiliser des énergies renouvelables ;
Optimiser le refroidissement et la consommation ;
Offrir de la transparence sur le mix énergétique.
Nous l’avons évoqué dans une partie précédente, pour tendre vers une IA plus durable, les entreprises utilisatrices doivent :
Adopter une stratégie de "Sobriété à la source" ;
Intégrer une gouvernance RSE dès la conception :
Pratiquer la "Sobriété d'usage" au quotidien ;
Responsabiliser et Mesurer l'impact ;
Inverser la pyramide du temps humain.
Vers des standards et référentiels
Plusieurs initiatives émergent pour standardiser la mesure de l'empreinte carbone de l'IA :
ISO 14001 : Intégration progressive de l'IA dans les normes environnementales
Calculateurs tiers : EcoLogits, Vittascience, Carbon Tracker, etc.
AI Act européen : Impose des obligations de transparence sur l'impact environnemental des IA à haut risque
Ce que dit la réglementation au sujet de l’empreinte carbone IA
La Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) n’impose pas explicitement de publier “l’empreinte carbone de l’IA” en tant que telle. En revanche, elle oblige les entreprises soumises à déclarer l’ensemble de leurs émissions significatives de gaz à effet de serre, dans le cadre des normes ESRS, notamment ESRS E1 (liée changement climatique).
Or, les usages numériques, y compris l’IA, entrent pleinement dans ce périmètre lorsqu’ils représentent un poste d’émission matériel. Concrètement, cela signifie que :
Les émissions liées aux services cloud et aux outils IA utilisés par l’entreprise doivent être intégrées dans le bilan carbone (généralement en scope 3) ;
Si l’entreprise développe ou héberge ses propres modèles, les consommations électriques associées relèvent des scopes 1 et 2 ;
Dans une logique de double matérialité, l’entreprise doit évaluer si ses usages numériques constituent un enjeu matériel du point de vue climat.
L’IA ne fait donc pas l’objet d’une obligation spécifique. L’analyse de son impact doit en revanche être intégrée dans le reporting lié à la CSRD.
Comment WeCount peut vous aider dans la mesure de votre empreinte carbone IA ?
Chez WeCount, nous accompagnons les entreprises dans la mesure et la réduction de leur empreinte carbone, y compris celle liée à l'IA.
Notre approche combine :
Le programme Promotion Climat : cet accompagnement se déroule sur 4 mois et combine accompagnement individuel par un expert, formation des équipes et ateliers collectifs réunissant plusieurs entreprises. Ce format permet de structurer la démarche en interne en définissant une trajectoire de réduction crédible et ambitieuse, tout en bénéficiant des retours d’expérience et de la dynamique d’un groupe confronté aux mêmes enjeux.
Une plateforme de reporting carbone intuitive : cette dernière vous permet de faire gagner du temps à vos équipes RSE dans la collecte de données et le reporting, le passage à l’action et le pilotage de votre stratégie climat. La plateforme dispose par exemple de modules de recommandation automatique des facteurs d’émission selon les données importées, de complétion automatique des données CSRD/VSME via vos documents (ex : DPEF) mais aussi et surtout de suggestions d’actions de réduction adaptées à vos enjeux.
Quelle est l'empreinte carbone de l'intelligence artificielle ?
L'empreinte carbone de l'IA regroupe les émissions générées tout au long de son cycle de vie : entraînement des modèles, usage quotidien (inférence), consommation des data centers et fabrication du matériel. Selon une étude Carbone 4, plus de 85% des émissions proviennent de la consommation électrique des data centers.
Quelle est l'empreinte carbone de ChatGPT ?
Selon le site de la Délégation Régionale Académique au Numérique Éducatif, une requête d’environ 400 tokens sur ChatGPT / GPT-4o mini (modèle à 35 milliards de paramètres) consomme environ 2 Wh d’électricité (ou 2 g de CO2 rejeté), soit plus de 6 fois la consommation d’une recherche Google classique estimée à 0,3 Wh. Pour ce qui est de l’impact global de l’outil ChatGPT, aucun rapport n’a été publié à ce jour par l’entreprise.
Comment intégrer l'IA dans un bilan carbone entreprise ?
Plusieurs pistes. Il est possible de cartographier et quantifier les usages de l'IA par typologie et par équipe. Ensuite, pour chaque usage, l’enjeu est d’indiquer le type de modèle utilisé et la localisation des serveurs où le modèle tourne. Enfin, il s’agit d’associer à chaque usage identifié un facteur d'émission.
Quels leviers pour réduire l'impact carbone de l'IA ?
Quelques exemples de bonnes pratiques pour réduire l'empreinte carbone de vos projets IA : questionnez l'utilité de l'IA avant tout déploiement, limitez les usages non essentiels (images/vidéos), mesurez le ROI environnemental, utilisez un doc disclaimer en interne, optimisez l'architecture technique (modèles frugaux, data centers bas-carbone).
L'IA est-elle compatible avec une stratégie climat ambitieuse ?
Si l'IA s'impose massivement, la fonction RSE reste encore trop souvent spectatrice : 75 % des responsables ne sont pas impliqués ou peu consultés dans les choix (étude WeCount). Pourtant, sans leur expertise, l'entreprise risque la « boîte noire » environnementale et l'effet rebond. Votre rôle est de transformer cette contrainte technologique en levier de transition.
Consommation d’eau de l’IA, un impact méconnu ?
Selon une étude de Cell Press, l'empreinte hydrique des systèmes d'intelligence artificielle pourrait représenter entre 312,5 et 764,6 milliards de litres d'eau pour l'année 2025. C’est plus que la consommation mondiale annuelle d’eau en bouteille. Un poids considérable qui souligne l’importance de la prise en compte de l’ensemble des impacts de l’IA sur la planète.
Quelle est l’empreinte carbone d’une image générée par IA ?
Selon une récente étude, elle serait d’environ 100 à 500gCO2e, soit 60 fois plus qu'une requête texte.
Ce chiffre reste un minimum : la publication n’étant pas systématique, le nombre réel d’organisations engagées est probablement plus élevé.
La fiabilité d’un bilan carbone repose toutefois sur un élément déterminant : la qualité des facteurs d’émission utilisés. Ce sont eux qui permettent de convertir des données d’activité (kWh, kilomètres, euros, tonnes…) en émissions de gaz à effet de serre. Des facteurs imprécis, obsolètes ou mal adaptés peuvent conduire à des résultats biaisés et à des décisions mal orientées.
C’est précisément pour répondre à ce besoin que la Base Empreinte® s’est imposée comme la base de données de référence en France pour le calcul des émissions de gaz à effet de serre. Alors que contient-elle réellement ? À quoi sert-elle concrètement ? Comment l’utiliser dans un bilan carbone ou un reporting climat ? Et quelles sont ses limites ? On vous partage tous nos conseils.
A retenir
Une base de données officielle de référence : La Base Empreinte® (fusion Base Carbone® + Base Impacts®) regroupe plus de 3 000 facteurs d'émission gratuits, fournis par l'ADEME. Elle repose sur 6 principes : multi-réglementaire, vision élargie, consistance, transparence, ouverture et gouvernance partagée.
Un levier stratégique pour les entreprises : Elle constitue un référentiel sur lequel s’appuyer pour sécuriser ses démarches climat (réalisation d’un BEGES, reporting CSRD), fiabiliser son Bilan Carbone, piloter sa décarbonation, renforcer sa crédibilité et accéder à certains dispositifs de financements.
Un fonctionnement simple et pratique : Les facteurs d'émission convertissent des données d'activité (kWh, km, kg) en émissions CO₂ équivalent. Deux types : facteurs basés sur des données physiques (précis) et monétaires (dernier recours). Organisation par catégories d’émissions (énergie, transport, achats…) avec fiches techniques détaillées (méthodologie, sources, niveau d’incertitude).
Des limites à compenser : Facteurs génériques (moyennes nationales), incertitudes variables, données parfois datées ou manquantes. À compléter avec d'autres bases sectorielles (INIES, Agribalyse, Ecoinvent) pour plus de précision.
Des bonnes pratiques indispensables : Choisir les facteurs les plus spécifiques, mettre à jour régulièrement, analyser les incertitudes, comprendre la méthodologie et utiliser des plateformes intégrées pour automatiser l'accès et garantir la traçabilité.
Qu’est-ce que la Base Empreinte® ?
Une fusion entre la Base Carbone® et la Base Impact®
La Base Empreinte® est une base de données publique française qui regroupe des facteurs d'émissions et des jeux de données d'inventaire nécessaires à l'évaluation de l'empreinte carbone de produits, services et activités. Cette base regroupe les données de deux bases existantes : la Base Carbone® et la Base Impact®.
Voilà un aperçu de la page d'accueil de la base Empreinte®
L’objectif de la Base Empreinte®
L'objectif de cette base gérée et mise à disposition par l’ADEME est simple : démocratiser l'accès à des données environnementales fiables et officielles pour permettre à tous les acteurs, entreprises, collectivités, associations, bureaux d'études de mesurer leur impact environnemental de manière rigoureuse et harmonisée.
La plateforme qui référence les facteurs d’émission
Les facteurs d’émission permettent de convertir directement des données d’activité (kWh consommés, kilomètres parcourus, tonnes de matériaux, euros dépensés…) en émissions de CO₂ équivalent (CO₂e).
Mise à disposition par l’ADEME, cette base est un référentiel national pour les entreprises, collectivités, bureaux d’études et consultants, garantissant cohérence méthodologique et socle commun de données dans les démarches de comptabilité carbone.
Un référentiel ouvert et accessible
Concrètement, la Base Empreinte® fonctionne comme un référentiel ouvert et accessible où chaque facteur d'émission est documenté avec précision. Pour chaque élément, plusieurs données sont partagées :
La méthodologie de calcul utilisée ;
Les sources et la documentation technique ;
La valeur du facteur d'émission (exprimée en kg CO2 équivalent).
Le niveau d'incertitude associé (chaque mesure scientifique est accompagnée d’une part d’incertitude. Il s’agit d’en tenir compte et d’essayer de cerner à quel point on est potentiellement éloigné de la réalité ou non);
☝️Exemple : si vous recherchez "raquette de tennis", la base fournit un facteur d'émission moyen de 20,22 kg CO2e/unité. Au-delà de cette info, vous trouverez également une panoplie d’éléments concernant la méthodologie utilisée pour parvenir à ce résultat. Cela vous permet ainsi de comprendre cette donnée et de l'utiliser correctement dans vos calculs.
L'interface permet de télécharger l'ensemble des données en format Excel ou de consulter directement en ligne les fiches détaillées de chaque facteur d'émission, avec accès à la documentation complète expliquant les périmètres et hypothèses de calcul.
📝A noter : vous pouvez également télécharger directement toutes les données référencées sur la Base Empreinte®. Cela peut être pratique notamment si vous voulez intégrer les informations directement dans vos outils ou fichiers.
Les 6 grands principes de la Base Empreinte®
La Base Empreinte® repose sur 6 grands principes qui garantissent sa fiabilité, sa transparence et son accessibilité :
Multi-réglementaire : La Base Empreinte® s’inscrit dans le cadre des réglementations françaises liées à la comptabilité carbone, notamment le BEGES (article L229-25 du Code de l’environnement) et l’information CO₂ dans le secteur du transport (article L1431-3). Sans être obligatoire, elle constitue le référentiel de données recommandé par l’ADEME pour réaliser des calculs d’émissions cohérents et transparents
Vision élargie : La Base Empreinte® met à disposition deux types de données. Elle propose des facteurs d’émission GES, correspondant à un jeu de données monocritère dédié au calcul de l’empreinte carbone, ainsi que des jeux de données multicritères couvrant d’autres impacts environnementaux (épuisement des ressources, acidification, eutrophisation, pollution de l’air ou de l’eau, etc.). Ces données permettent d’élargir l’analyse au-delà du seul climat. Elles peuvent être utilisées comme données d’entrée dans des démarches d’Analyse de Cycle de Vie (ACV), mais la Base Empreinte® ne constitue pas en elle-même un outil permettant de réaliser une ACV complète conforme aux normes ISO 14040 et 14044.
Consistance : Tous les facteurs d'émission sont calculés selon une méthodologie uniforme et cohérente. Cela permet ainsi de garantir la comparabilité des données entre secteurs et produits. Cette harmonisation évite les biais méthodologiques et assure la fiabilité des bilans carbone.
Transparence : Chaque donnée de la Base Empreinte® est sourcée (études, bases de données internationales, déclarations sectorielles), documentée (méthodologie de calcul, périmètre, hypothèses et incertitudes clairement explicités) et surtout mise à jour aussi régulièrement que possible. Cette exigence de transparence permet aux utilisateurs (par exemple les consultants WeCount) de comprendre et justifier les données utilisées dans leurs calculs.
Ouverture : La Base Empreinte® est conçue dans une logique d'accessibilité. Autrement dit ? La consultation de la base est 100% gratuite. Tout est accessible via la plateforme en ligne de l'ADEME. La contribution est par ailleurs ouverte. Cela veut dire que les acteurs économiques et institutionnels peuvent proposer de nouveaux facteurs d'émission. La base est ainsi co-construite et enrichie grâce à l’aide de tous. Une façon simple de démocratiser le bilan carbone et l'appropriation collective des enjeux climatiques. Et forcément, chez WeCount on valide !
Gouvernance partagée : La Base Empreinte® est gérée de manière collaborative entre L'ADEME (qui pilote et administre la base), les comités techniques sectoriels (composés d'experts métiers qui valident et affinent les données par filière) et le comité "Utilisateurs et Contributeurs”. Ce dernier rassemble les utilisateurs de la base pour recueillir leurs retours, besoins et suggestions d'amélioration. Cette gouvernance garantit que la base reste pertinente, à jour et adaptée aux réalités terrain des entreprises et organisations.
Quels sont les modes d’accès à la Base Empreinte® ?
La Base Empreinte® est accessible via deux supports :
Accès public en ligne (gratuit) : La plateforme web officielle de l'ADEME permet de consulter gratuitement l'ensemble des facteurs d'émission après création d'un compte. C'est l'accès le plus simple et direct pour rechercher des données ponctuellement.
API pour un accès automatisé (gratuit) : L'API de la Base Empreinte® est disponible sur le portail open data de l'ADEME. Elle permet d'interroger automatiquement les données et de les intégrer dans des outils tiers (logiciels de calcul carbone, plateformes de reporting). Cela évite la duplication manuelle des données et garantit une mise à jour en temps réel.
Quelles ressources pour exploiter au mieux la Base Empreinte® ?
Documentation technique (gratuite) : Accessible en ligne avec un compte, la documentation détaille la méthodologie de construction de chaque facteur d'émission. Indispensable pour comprendre les hypothèses, les sources, les périmètres couverts et les limites de chaque donnée. Chaque facteur et chaque famille de facteurs dispose de sa propre fiche explicative.
Modèle Excel (gratuit) : Disponible via l'achat d'une licence lors d'une formation Bilan Carbone, ce tableur Excel intègre directement la Base Empreinte® dans ses onglets de calcul. Longtemps utilisé comme outil principal pour réaliser les bilans carbone, il reste apprécié pour sa flexibilité et son fonctionnement hors ligne.
💡Bon à savoir : Pour un usage ponctuel, la consultation en ligne peut suffire. En revanche, pour des calculs récurrents ou un pilotage dans la durée, l’intégration via API ou l’utilisation d’une plateforme carbone permet d’automatiser les mises à jour et de fiabiliser les données. C’est notamment le cas de la plateforme WeCount, qui s’appuie sur l’API de la Base Empreinte® pour garantir l’accès à des facteurs d’émission à jour et assurer leur traçabilité dans le temps.
Quels cas d’usage pour la Base Empreinte® ?
La Base Empreinte® étant très généraliste, elle est utilisée dans de nombreux cas d’usage liés à la mesure et au pilotage des émissions :
Analyses préliminaires d’ACV simplifiées via le Bilan Produit® ;
Réalisation de bilans carbone d’entreprise ;
Production d’indicateurs d’émissions pour vos reportings règlementaires (CSRD, GHG Protocol, BEGES, Bilan Carbone®, SBTi, CDP...) ;
Aide à la décision pour les stratégies de réduction.
C’est un socle transversal pour l’ensemble des démarches climat en France. Elle est donc particulièrement utile aux entreprises, aux organisations et aux collectivités territoriales.
📝A noter : Dans la pratique, l’utilisation de la Base Empreinte® nécessite de comprendre les hypothèses méthodologiques et de sélectionner les facteurs d’émission les plus pertinents.
Chez WeCount, nous accompagnons les entreprises pour structurer leur bilan carbone entreprise, maîtriser l’utilisation de la Base Empreinte® et monter en compétences en interne. Notre approche repose sur un programme collectif de 4 mois, combinant plateforme carbone, accompagnement expert et formation, afin de vous rendre autonome et capable de piloter votre stratégie climat dans la durée.
Peut-on réaliser une ACV complète avec la Base Empreinte® ?
Pour rappel, une Analyse de Cycle de Vie (ACV) évalue les impacts environnementaux d’un produit ou service sur l’ensemble de son cycle de vie (matières premières, fabrication, transport, usage et fin de vie) et selon plusieurs indicateurs.
La Base Empreinte® permet de réaliser des évaluations environnementales simplifiées, mais elle ne constitue pas un outil pour mener une Analyse de Cycle de Vie (ACV) complète conforme aux normes ISO 14040 et 14044 ou destinée à un affichage environnemental réglementaire.
Les outils associés de l’ADEME, comme Bilan Produit®, ont avant tout un objectif pédagogique : ils permettent d’estimer des ordres de grandeur, d’identifier les principaux postes d’impact et d’initier une démarche d’éco-conception.
Les résultats reposent sur les principes de l’ACV (approche cycle de vie et multicritère), mais les données restent génériques et limitées à certains secteurs. La réalisation d’une ACV complète nécessite l’utilisation d’un logiciel spécialisé et une expertise dédiée.
Quels sont les avantages de la Base Empreinte® ?
La Base Empreinte® présente cinq atouts majeurs :
Référence officielle : Elle est reconnue par les institutions françaises ;
Cohérence nationale : Elle permet de comparer les résultats entre acteurs ;
Large couverture sectorielle : De nombreux secteurs et activités sont couverts ;
Accessibilité : Elle est facilement accessible pour les entreprises et consultants ;
Crédibilité : Elle renforce la robustesse méthodologique des démarches climat.
Quelles sont les limites de la Base Empreinte® ?
Malgré ses qualités, la Base Empreinte® a aussi certaines limites :
Facteurs génériques : De nombreux facteurs sont des moyennes nationales ou sectorielles. Pour une analyse internationale ou des données spécifiques, il faudra ainsi compléter avec d’autres bases et ressources (par exemple : Ecoinvent, Agribalyse, INIES…)
Incertitudes : Nous l’avons vu plus haut, tous les facteurs ne présentent pas le même niveau de précision. Privilégiez ceux étant classés les plus fiables.
Données parfois datées : Certains facteurs ne reflètent pas les évolutions récentes.
Données parfois manquantes : Chaque facteur d'émission provient d'une Analyse de Cycle de Vie (uniquement carbone dans certains cas), un processus long et coûteux. C'est la raison pour laquelle la base propose souvent des moyennes plutôt que des valeurs ultra-précises pour chaque produit de chaque marque. Par exemple, vous trouverez un facteur pour "raquette de tennis moyenne", mais pas pour "raquette de tennis Marque Y modèle X".
Risque de sur-simplification : Utiliser uniquement des facteurs génériques peut masquer des écarts importants. Il peut être nécessaire d’analyser les choses plus en détail.
Pourquoi la Base Empreinte® est-elle utile aux entreprises ?
La Base Empreinte® n'est pas qu'un simple référentiel de données. C'est un outil stratégique indispensable pour toute entreprise engagée dans une démarche environnementale. Elle est devenue incontournable pour plusieurs raisons :
Répondre aux obligations réglementaires
De nombreuses réglementations françaises et européennes imposent aux entreprises de mesurer et déclarer leur impact carbone. Voici un petit rappel :
Le Bilan BEGES Règlementaire (article L229-25 du Code de l'Environnement) : réaliser un bilan carbone est obligatoire pour certaines organisations (notamment les entreprises de plus de 500 salariés,250 en Outre-mer, aux collectivités de plus de 50 000 habitants ou aux établissements publics de grandes tailles ).
La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) : c’est un reporting extra-financier obligatoire pour les entreprises dépassant 1000 salariés et 450 M€ de CA (suite à l’adoption de la loi Omnibus en décembre 2025)
L'affichage environnemental : ce dispositif impulsé par la loi Agec de 2020 et la loi Climat et Résilience de 2021 impose peu à peu aux entreprises de certaines filières (textile, l’agroalimentaire et l’hôtellerie) d’informer les consommateurs sur l'impact des produits et services tout au long de son cycle de vie, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la fin de vie. En pratique, cela se traduit par un score, une étiquette ou un pictogramme apposé sur le produit ou sur sa fiche en ligne.
La loi Climat et Résilience : qui encadre les communications sur les engagements environnementaux.
La Base Empreinte® fournit les données officielles reconnues par les autorités françaises pour réaliser ces déclarations en toute conformité.
Fiabiliser son Bilan Carbone
Réaliser un Bilan Carbone précis nécessite d’avoir accès à des facteurs d'émission fiables et à jour. La Base Empreinte® permet d’accéder à plus de 3 000 facteurs d'émission couvrant l'énergie, les transports, les matériaux, l'alimentation, les services, etc.
Ces derniers sont calculés à partir de données validées scientifiquement par l'ADEME et des comités d'experts sectoriels. En s'appuyant sur cette base, les entreprises évitent les approximations et disposent d'un référentiel commun pour comparer leurs performances dans le temps et face à leurs pairs.
💡Bon à savoir : Chez WeCount, notre plateforme carbone intègre la Base Empreinte® et permet d’accéder directement à des facteurs d’émission à jour, avec leur traçabilité méthodologique. Elle vous aide à centraliser vos données, fiabiliser vos calculs, piloter votre bilan carbone dans la durée et structurer votre stratégie climat et votre reporting CSRD.
C'est un véritable tableau de bord stratégique pour piloter sa transition bas-carbone de manière éclairée.
Gagner en crédibilité et éviter le greenwashing
À l'heure où les consommateurs, investisseurs et régulateurs scrutent les engagements environnementaux des entreprises, la transparence est essentielle.
Utiliser la Base Empreinte®, c'est s'appuyer sur des données officielles, sourcées et auditables. Cela renforce la crédibilité de la démarche vis-à-vis des parties prenantes de l’entreprise (clients, investisseurs, salariés, etc).
Anticiper les exigences de la chaîne de valeur
Les grandes entreprises demandent de plus en plus à leurs fournisseurs de mesurer et réduire leur empreinte carbone. Cette pression se diffuse progressivement dans l’ensemble de la chaîne de valeur.
Dans ce contexte, de nombreuses PME sont amenées à produire des données environnementales structurées, notamment dans le cadre du standard volontaire VSME (Voluntary Sustainability Reporting Standard for SMEs), conçu pour répondre aux demandes de leurs clients et partenaires.
S’appuyer sur la Base Empreinte® permet de produire des calculs cohérents et transparents, facilitant la réponse à ces sollicitations et sécurisant l’accès aux marchés.
Accéder à des financements et aides publiques
De nombreux dispositifs de financement publics ou privés soutiennent les entreprises engagées dans la transition bas-carbone (Diag Décarbon’Action, aides de l’ADEME, financements de Bpifrance, prêts ou crédits à impact, etc.).
Dans ce contexte, disposer d’un bilan carbone structuré et documenté constitue souvent un prérequis ou un élément clé d’instruction des dossiers. S’appuyer sur la Base Empreinte® permet de produire des calculs transparents et cohérents, renforçant la crédibilité de votre démarche auprès des financeurs.
La Base Empreinte® est bien plus qu'une base de données. C'est un levier stratégique qui permet aux entreprises de se conformer à la réglementation, de piloter leur décarbonation, de renforcer leur crédibilité et d'accéder à de nouvelles opportunités commerciales et financières. Ne pas l'utiliser, c'est prendre le risque de se retrouver en décalage avec les attentes du marché et de la réglementation.
Quelles alternatives et compléments à la Base Empreinte® ?
Selon les besoins, sachez qu’il existe une quinzaine d’autres bases de données spécialisées qui complètent l'écosystème français et international. Aperçu de quelque unes d’entre elles :
Base INIES : données environnementales et sanitaires dans le bâtiment
Agribalyse : données environnementale sur des produits agricoles et alimentaires
Ces bases sectorielles offrent généralement une granularité plus fine que la Base Empreinte sur leur domaine de spécialité. Par exemple, Agribalyse propose des facteurs d'émission très détaillés pour différents types de yaourts, selon les modes de production agricole, etc.
💡Bon à savoir :La plupart des plateformes professionnelles de comptabilité carbone, comme WeCount, intègrent automatiquement ces différentes bases, permettant aux utilisateurs d'accéder à l'ensemble de ces ressources depuis une interface unique
Comment fonctionne la Base Empreinte® ?
La Base Empreinte® met à disposition des jeux de données permettant de convertir des données d’activité (kWh, kilomètres, tonnes, euros…) en émissions de gaz à effet de serre ou en indicateurs environnementaux.
Son utilisation repose sur deux étapes clés : rechercher la donnée adaptée, puis en comprendre les caractéristiques et les limites.
Rechercher une donnée
La recherche dans la Base Empreinte® peut se faire de plusieurs manières :
Par mots-clés : pour trouver rapidement un facteur d’émission (ex. : "raquette de tennis", "transport frigorifique de marchandises", "réseau de chaleur"...).
Par catégorie : cette navigation s'appuie sur une structure alignée avec la méthodologie réglementaire BEGES (version 5). Les jeux de données sont ainsi regroupés en six grandes catégories d’émissions (émissions directes de GES, liées à l'énergie, au transport, aux produits achetés, aux produits vendus et autres émissions indirectes.)
Par filtre réglementaire : pour certains usages spécifiques (par exemple l’information GES transport).
Cette organisation permet d’identifier progressivement la donnée la plus proche de votre activité ou de votre produit.
Comprendre le contenu d’une fiche
Chaque résultat correspond à un jeu de données documenté.
Une fiche fournit plusieurs informations essentielles :
L’unité (kg CO₂e par kWh, par km, par unité, etc.) ;
La zone géographique de représentativité ;
La source et le fournisseur de la donnée ;
La version et la date de validité ;
Le niveau d’incertitude ;
Le statut de validation.
Depuis 2025, trois statuts principaux existent :
Valide générique : validé par l'ADEME, applicable à un large périmètre ;
Valide spécifique : validé par l'ADEME pour un cas ou secteur particulier ;
En discussion : proposé par un contributeur, en cours de révision par l'ADEME ;
Refusé : facteur non validé par l'ADEME ;
Archivé : ancien facteur obsolète.
💡Bon à savoir : Le niveau d’incertitude indiqué sur chaque fiche permet d’évaluer la robustesse du facteur. Il est recommandé de privilégier les données validées et les plus représentatives de votre contexte.
Flux GES : décomposition des émissions par étape du cycle de vie (lorsqu’elle existe) ;
Conseils d’usage : recommandations pour les applications (BEGES, affichage, ACV…).
Cette documentation permet de comprendre ce que couvre réellement la donnée et d’éviter les erreurs d’interprétation.
Utiliser la donnée dans un calcul
Une fois le facteur d’émission identifié, son utilisation repose sur un principe simple : convertir une donnée d’activité en émissions de gaz à effet de serre. Cela se passe donc en trois étapes :
Collecter la donnée d’activité la plus précise possible, par exemple une consommation d’électricité en kWh, une distance parcourue en kilomètres ou un volume d’achats.
Sélectionner, dans la Base Empreinte®, le jeu de données le plus représentatif du contexte étudié (zone géographique, technologie, usage).
Effectuer le calcul en multipliant la donnée d’activité par le facteur d’émission correspondant : Donnée d’activité × facteur d’émission = émissions (kg CO₂e)
Ce principe s’applique à l’ensemble des postes d’un bilan carbone, qu’il s’agisse des consommations d’énergie, des déplacements, des achats, des immobilisations ou plus largement des émissions indirectes liées à la chaîne de valeur.
La Base Empreinte® est-elle alignée avec la réglementation en France ?
La Base Empreinte® est pleinement intégrée dans le cadre réglementaire français et européen. Comme évoqué un peu plus haut, elle est encadrée par deux lois (L229-25 et L1431-3). Ce qu’il faut retenir :
BEGES (Bilan d’Émissions de Gaz à Effet de Serre) : Pour les entreprises soumises à l’obligation BEGES, l’utilisation de la Base Empreinte® permet de répondre aux attentes méthodologiques, de sécuriser les hypothèses et enfin de faciliter les contrôles
CSRD : Dans le cadre de la CSRD, les entreprises doivent produire des indicateurs climat fiables, auditables et traçables. La Base Empreinte® constitue un référentiel reconnu, un socle crédible pour les auditeurs, un élément de standardisation
ADEME et autorités : l’utilisation de la Base Empreinte® est souvent perçue comme une bonne pratique, voire une référence implicite.
5 bonnes pratiques pour utiliser la Base Empreinte®
Quelques conseils pour tirer le meilleur parti de la Base Empreinte® :
Choisir les facteurs les plus spécifiques possibles : Privilégiez toujours le facteur le plus précis et contextualisé disponible (ex : "électricité - mix français" s’il s’agit d’un site en France plutôt que "mix européen"). Plus le facteur est spécifique, plus votre Bilan Carbone reflète fidèlement la réalité de vos activités et moins l'incertitude est élevée.
Mettre à jour régulièrement vos calculs : Vérifiez les mises à jour des facteurs d'émission dans l’idéal une fois par an et recalculez votre bilan avec les données les plus récentes.
Analyser les incertitudes : Identifiez les postes à forte incertitude dans votre bilan (indiquée dans chaque fiche technique) et priorisez vos efforts de collecte de données sur ces zones. Communiquez de manière transparente sur les limites de vos résultats.
Investissez du temps dans la compréhension méthodologique : N’allez pas trop vite. Consultez la documentation technique, formez-vous pour comprendre les hypothèses de calcul et les périmètres couverts, comprendre pourquoi tous les facteurs d’émissions très spécifiques n’existent pas encore. Cela permet d’éviter l'effet "boîte noire" et vous permet de communiquer en toute transparence sur votre méthodologie.
Utilisez les plateformes intégrées comme WeCount : privilégiez les outils qui automatisent l'accès aux bases de données tout en maintenant la traçabilité méthodologique.
Comment WeCount vous accompagne dans la réalisation de votre bilan carbone ?
Chez WeCount, nous vous accompagnons dans la réalisation de votre bilan carbone, en combinant plateforme dédiée, accompagnement expert et formation des équipes.
Notre plateforme intègre la Base Empreinte® afin de centraliser vos données, sélectionner les facteurs d’émission les plus pertinents et garantir la traçabilité de vos calculs dans la durée.
À travers notre programme collectif Promotion Climat, vous avancez pendant 4 mois aux côtés d’une dizaine d’entreprises confrontées aux mêmes enjeux. Ce format vous permet de bénéficier de l’énergie du groupe, de partager vos retours d’expérience et d’échanger avec des homologues de votre secteur, tout en profitant d’un accompagnement individualisé par un consultant à chaque étape : cadrage du périmètre, collecte des données, calcul des émissions et analyse des résultats.
Notre approche : vous rendre autonome dans le pilotage de votre stratégie climat, pour disposer en interne des compétences et des outils nécessaires sur le long terme.
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FAQ : la Base Empreinte®
Qu’est-ce qu’un facteur d’émission dans la Base Empreinte® ?
Un facteur d’émission est un coefficient permettant de convertir une donnée d’activité (kWh, km, €, tonnes, etc.) en émissions de gaz à effet de serre exprimées en kgCO₂e.
L’utilisation de la Base Empreinte® est-elle obligatoire ?
Elle n’est pas légalement obligatoire, mais elle constitue une référence fortement recommandée en France, notamment dans le cadre des BEGES, des bilans carbone et du reporting CSRD.
Peut-on utiliser la Base Empreinte® pour une ACV produit complète ?
La Base Empreinte® permet de réaliser des évaluations environnementales simplifiées, notamment via l’outil Bilan Produit®, mais elle ne permet pas de mener une ACV complète conforme aux normes ISO 14040/44. Une ACV normée nécessite l’utilisation d’un logiciel spécialisé.
À quelle fréquence la Base Empreinte® est-elle mise à jour ?
La base est régulièrement enrichie et mise à jour, mais certains facteurs peuvent rester inchangés plusieurs années. Il est donc important de vérifier la date et la source de chaque facteur.
Peut-on utiliser ses propres facteurs d’émission à la place ?
Oui, et c’est même recommandé lorsque vous disposez de données primaires fiables (fournisseurs, mesures internes, ACV spécifiques). La Base Empreinte® sert alors de référence ou de solution par défaut.